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• Les grandes créatrices du jazz - chapitre 2 : Lil Hardin Armstrong, pianiste déchaînée

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Déployant avec brio un large éventail de talents, dotée d'une forte personnalité qui l'amena à faire bouger les lignes quant à la place des femmes dans le jazz, il n'a probablement manqué à Lil Hardin qu'une once de génie ou, à défaut, une griffe immédiatement identifiable pour s'inscrire durablement dans la postérité. En aucun cas, cependant, elle ne méritait le semi-oubli dans lequel elle est le plus souvent reléguée.

Il existe dans la peinture une catégorie médiane, celle dite des "petits maîtres" qui, sans égaler les géants de leur temps, ont parfois su créer des œuvres remarquables. Lil Hardin Armstrong, dans ses compositions, relèverait sans doute de cette catégorie. Dans laquelle pourraient d'ailleurs également prendre place nombre d'homologues masculins à la réputation pourtant plus solidement établie.

Dans les années 20, le jazz connaît peu la mixité. Lorsqu'un orchestre composé d'hommes faisait appel à une femme, celle-ci était nécessairement ou pianiste ou chanteuse. Seuls des orchestres exclusivement féminins emploient tous types d'instrumentistes, dont certaines se distingueront par l'excellence de leur jeu, sans que pour autant l'histoire jazzistique se crût tenue de les mettre à l'honneur.

Lil Hardin bouleversera singulièrement la donne, en dirigeant des orchestres masculins. Une configuration à l'époque audacieuse, qui sans pour autant se généraliser, ne gagne en fréquence que depuis deux décennies. On a beaucoup glosé sur son jeu pianistique, très inspiré nous dit-on du ragtime (ne fut-elle pas formée par l'inventeur de cette musique, qui précéda le jazz, Jerry Roll Morton en personne), et jouant un rôle essentiellement percussif. Une assertion que dément une écoute attentive ; au cours de sa longue carrière, le style hardinien a évolué, jusqu'à atteindre une belle fluidité mélodique. Lil Hardin chanteuse, quant à elle, fait montre d'un talent certain.

Alors qu'elle œuvre au sein de l'orchestre de King Oliver, un nouveau trompettiste débarque, dont elle pressent d'office le génie. Un certain Louis Armstrong. Dès lors, Lili se mettra quelque peu entre parenthèses, consacrant toute son énergie à le hisser vers les sommets.

Sa nouvelle activité de manager ne connait aucun répit, du relooking de Satchmo à l'organisation des séances de répétition et d'enregistrement des Hot Five, en passant par l'assise harmonique des morceaux. Elle participe en outre à l'aventure, non seulement en tant que pianiste, mais également comme compositrice. Plusieurs chansons d'Armstrong sont de son crû. Elle finit par épouser le grand homme, dont elle se séparera sept ans plus tard, lassée par ses perpétuelles infidélités, avant de divorcer.

La voici de nouveau accompagnatrice, puis soliste. Mais, pour des raisons obscures, elle se tourne successivement vers la création de vêtements, la restauration, puis l'enseignement, tout en continuant à créer et enregistrer de manière occasionnelle. Elle ne revient que tardivement sur le devant de la scène. C'est d'ailleurs devant son piano qu'elle décédera, à l'âge de 71 ans, laissant derrière elle une poignée de disque qu'il serait bon de remettre à l'honneur.

Pascal Perrot, texte.
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans polyphonies, hommages !

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• Les grandes créatrices du jazz - chapitre 1 : L'énigmatique Carla Bley

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Une injustice peut en cacher une autre. Quand on cherche sur le Net les femmes compositrices dans le jazz, on apprend que le sexe dit faible y fut souvent cantonné au chant et que nombre de grandes instrumentistes (batterie, saxophone…) furent délibérément passées à la trappe de l'histoire. Non seulement au sein des orchestres féminins, mais également celles qui se mesurèrent à leurs confrères masculins. Pourtant, en matière de composition, n'est citée que la seule Carla Bley. Référence absolue certes, car immense est et fut celle que l'on surnomma "La sorcière du jazz" en raison d'un look pour le moins explosif.

Mais l'histoire des compositrices de jazz ne saurait s'y résumer. Un nombre croissant de formations mixtes ont à leur tête une femme, et certaines d'entre elles composent. Mais hors de cette relativement récente émergence (récente en termes historiques, toutes n'ont pas percé dans les six derniers mois, ni dans les six dernières semaines), l'histoire de la musique de jazz s'est également écrite au féminin. Géantes souvent ignorées du grand public, mais connues et reconnues par les amateurs de jazz.

À tout seigneur tout honneur, nous commencerons toutefois par la plus emblématique des jazzwomen compositrices: l'énigmatique Carla Bley. Une chevelure qui parait coiffée à la dynamite, un regard imprégné d'une "inquiétante étrangeté": il serait vain de nier que de tels éléments aient contribué à la reconnaissance de l'artiste, tant l'apparence joue un rôle fondamental sur la route étroite du succès. Ils ne sauraient en revanche expliquer son statut de légende vivante ni son inaltérable longévité artistique. Si les talents, célébrés ou oubliés, y sont légion, le jazz, à l'instar de la plupart des formes musicales, compte dans ses rangs un nombre plus rare de défricheurs, d'explorateurs, réinventant le son, resculptant les contours et limites de leur art, bref offrant une musique qui sonne résolument neuf à l'oreille. Et parmi ces alchimistes de la note, beaucoup écrivent leur musique pour le futur. Peu parviennent à réaliser cette synthèse, cet oxymore que l'on pourrait considérer comme la pierre philosophale de tout art : l'inconnu familier. Un territoire vierge et que vous savez tel, mais que vous avez l'impression de connaître depuis toujours.

Le jazz est une musique qui puise toute sa force, et sa capacité constante à se régénérer, d'un perpétuel métissage, se nourrissant constamment d'éléments hétérogènes, dont les greffes viennent enrichir le tronc principal. Il n'hésite pas à s'accoupler aux sons venus d'ailleurs, pas davantage qu'à la musique classique, à laquelle il impose souvent un traitement de choc. Ces dernières décennies, jusqu'à il y a peu, les jazzmen se sont essentiellement tournés, dans le répertoire pré-jazzistique vers les sacro-saints Bach et Satie. Carla Bley préfère tenter des mutations, des fusions inédites et s'écarter des sentiers balisés. Quitte à tenter des greffons à priori improbables auxquels seule elle parvient à conférer une homogénéité.

Rejetant la voie de la facilité, c'est vers les peu mainstream dodécaphonistes viennois (Berg, Webern, Schoenberg) que s'oriente son regard. En un sens, l'inverse du lounge. À cette source d'inspiration peu commune, elle adjoint son amour des boîtes à musique, leurs notes égrenées lentement, entre angoisse et fascination (ce n'est certes pas un hasard si nombre de films d'horreur y ont recours). Ainsi que son admiration pour Kurt Weil, le compositeur de "L'Opéra de Quatre Sous".

Avec le même appétit, la "sorcière du jazz", réinvente le classique big band, lui ajoutant cette touche singulière qui est la sienne sans toutefois en pervertir la structure; rend hommage aux maîtres de Vienne avec l'éblouissant "End of Vienna", innove, dépoussière, amène le jazz vers des territoires inattendus et dangereux. Là où une touche de free - dont elle use aussi parfois sans excès- constituait le nec plus ultra en matière de modernité, elle offre et crée un surprenant éventail de signatures contemporaines, une multitude de voies possibles au futur de cette musique. Quand l'un des styles (dans chacun, elle demeure pourtant parfaitement identifiable) bleyiens se décline tout au long d'un album, on est heureusement surpris. Mais lorsque tous cohabitent au sein d'un même CD, voire d'un même morceau, sans jamais perdre l'unité de l'ensemble, impossible de ne pas être bluffé.

Les premiers opus de son abondante discographie remontent au milieu des années 70; pourtant, comme beaucoup d'amateurs non exclusifs de l'hexagone, c'est dans les années 80 que je découvris Carla Bley, grâce au film "Mortelle randonnée". La bande son était constituée, pour l'essentiel, d'un recyclage d'œuvres de l'album "Musiques mécaniques". Énorme claque. Ça ne ressemblait à rien de connu. Pourtant, j'avais la bizarre impression d'avoir connu cette musique-là depuis toujours.

 

Carla Bley est probablement la seule femme de l'histoire du jazz dont le talent ait relégué celui de son (ex) mari au second plan. Si Paul Bley est loin d'être un artiste mineur, les voies qu'ils emprunte sont bien moins innovantes et décapantes que les siennes. Unique également le fait que nombre de ses compositions soient devenues des standards, repris par des légendes masculines du jazz, telles Gary Burton, Art Farmer, Jan Garbarek, Tony Williams, Phil Woods, Jaco Pastorius, John Mac Laughlin et j'en passe… Un tracklisting impressionnant qui dit à lui seul le pouvoir de fascination qu'exerce la créativité sans bornes de cette géante du jazz.

Pascal Perrot, texte.
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans polyphonies

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• Les garçons sauvages : un grand cinéaste est né

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Au palmarès de notre filmothèque intérieure figurent du bon, du très bon, de l'excellent et quelques films inavouables. Parfois aussi, plus rarement, de ces œuvres pour lesquelles d'emblée, on a envie de crier "au génie !" Avec la prégnante et durable impression de se trouver face à un cinéaste d'importance.
On redoute pourtant que ce cri ne puisse être perçu. Que cette flamme nouvelle ne soit étouffée par un silence assourdissant, tant tout artiste qui innove, défriche, ouvre des voies inédites à la création s'expose trop souvent à une route plus longue vers la reconnaissance. Un coup de chance, l'imprévisible magie du bouche à oreille parviennent quelquefois à détourner l'oracle… On se prend presque à espérer la naissance d'un malentendu, que le film soit aimé pour de mauvaises raisons.

"Les garçons sauvages" de Bertrand Mandico appartient à cette espèce-là, si indispensable, si fragile pourtant.
Qu'un premier film, qui plus est made in France, frôle si souvent l'excellence et l'éblouissement relève tout simplement du miracle.
Feu d'artifices créatif qui explose dans tous les sens sans jamais, paradoxalement, perdre de vue son axe.

Chaque image, chaque sentier emprunté par l'intrigue, chaque développement des personnages recèle son lot de surprises et d'ébahissements. Chaque scène comporte son lot d'imprévisible.
Et l'on se prend à penser que c'est précisément ce caractère d'imprévisibilité qui manque au cinéma français. Cette liberté de filmer, dans une ample respiration, au gré des chemins buissonniers. Cette liberté que l'on retrouve parfois dans le cinéma asiatique, et qui était au cœur même des films d'un Bunuel, d'un Tarkovsky, et dans ses plus grands moments de Zulawski.

Le film de Bertrand Mandico n'en est pas pour autant parfait. Quelques longueurs malvenues, une interprétation un peu en dents de scie (mais même les actrices et acteurs les moins convaincants y possèdent leurs instants de grâce) sont quelques unes des scories de l'œuvre.
De même, l'auteur, comme beaucoup de créateurs d'envergure, y donne tout à la fois les raisons de se faire tout à la fois adorer et haïr : une symbolique crypto-gay (et plus si affinités) qui n'a que faire des convenances, une outrance qui quelquefois s'approche dangereusement du kitsch…

Les fameux "garçons sauvages" sont interprétés par des comédiennes, choix qui ne remportera sans doute pas l'unanimité.
Et non, il ne s'agit pas d'une adaptation du "roman" homonyme de William Burroughs, de toutes façons inadaptable à l'écran, mais plutôt d'une transcription visuelle de son univers.

Comme si Mandico nous livrait, enfin, l'équivalent de l'écriture cut sur grand écran, retrouvant, par l'image le souffle et le chaos organisé de la beat generation.

Ces faiblesses n'altèrent en rien la splendeur définitive de l'œuvre, tant chaque séquence comporte un nombre conséquent de moments d'anthologies, sans jamais toutefois se résumer à un alignement jubilatoire mais un peu vain de scènes cultes.

Bertrand Mandico jamais n'oublie le fil de l'histoire, et la consistance de ses personnages, qui prennent au fil du métrage une réelle densité.

Osez vous aventurer dans ce conte fantastique filmé dans un noir et blanc éblouissant (on n'en avait pas vu de si renversant depuis au minimum "Les ailes du désir"', c'est dire…),  quelquefois ponctué de taches de couleur (une expérience que n'avait, en France, osé que Bertrand Blier) à l'inventivité constante, tant dans l'image que dans le scénario, qui ose ce que peu de cinéastes osent.
Un film qui en aucun cas ne saurait laisser indifférent, et tiraille le spectateur entre des sensations extrêmes.

Pascal Perrot, texte.
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans sur grand écran

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• Strokar : quand l'art multi-médias devient une évidence

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Il était une fois un grand photographe ayant sillonné plus de dix ans des pays au bord de la crise de nerfs, vivant parfois dans une misère extrême : Afrique de l'Ouest, Libéria, Nigéria, Congo. Doté d'une conscience professionnelle exigeante et, chose plus rare, d'un sens éthique au delà de tout soupçon, il ne pouvait se résoudre à présenter ses photos brut de décoffrage, redoutant que l'on n'y perçoive ce qu'il n'avait voulu y mettre : voyeurisme et misérabilisme.

• Strokar : quand l'art multi-médias devient une évidence

C'est alors que, dans son cerveau, fulgurante l'idée surgit : inviter une quarantaine de street artistes à se servir, dans une totale liberté créative, de ses images comme support. De cette réinterprétation des clichés de Fred Atax, l'Art avec un grand A sortira grand vainqueur. De même qu'ici les talents ne s'additionnent pas mais se multiplient l'un par l'autre, les créations ne se juxtaposent pas entre elles mais semblent fusionner en une œuvre commune. À tel point qu'il se révèle parfois difficile de déterminer où s'achève la photo et où commence sa transfiguration.

• Strokar : quand l'art multi-médias devient une évidence

Comme à son habitude, le Centre Wallonie Bruxelles a su faire preuve, pour cette exposition, qui vient de s'achever, d'une belle générosité, sachant utiliser chaque recoin de l'espace, sans jamais nuire à la lisibilité. La diversité des travaux présentés force ici l'admiration. Simples touches de couleur ajoutées ici et là, tags somptueux dont la présence suffit à modifier notre regard ou restructuration complète de l'image, allant de la colorisation baroque à l'ajout de personnages et d'objets insolites. L'ensemble atteint ainsi une sorte de réalité augmentée, ajoutant un supplément de vie et de densité à des images émotionnellement chargées. Et cette joie dans la douleur, cette truculence bariolée qui parcourt le continent africain comme un frisson sur l'échine, s'affirment avec une force accrue, comme la lecture en filigrane d'une réalité complexe.

• Strokar : quand l'art multi-médias devient une évidence
• Strokar : quand l'art multi-médias devient une évidence
• Strokar : quand l'art multi-médias devient une évidence
• Strokar : quand l'art multi-médias devient une évidence
• Strokar : quand l'art multi-médias devient une évidence
• Strokar : quand l'art multi-médias devient une évidence
• Strokar : quand l'art multi-médias devient une évidence

Pascal Perrot, texte.
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans plein la vue

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• Yekta ou la subversion subreptice

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Le premier choc des mots eut lieu dans une réunion de poètes internationaux. Chacun possédait sans conteste un sens des mots et de la métaphore et pourtant rien ne se produisait en moi de ce déclic urticant que j'attends de l'art poétique. Trop propre, trop sage, pas assez organique à mon goût.

Puis Yekta vint, verbe haut et force tranquille, distillant avec art une leçon de ténèbres qui modifiait l'espace, paraissant en changer jusqu'à la structure moléculaire. De nouveaux univers émergeaient, des mondes parallèles qui ressemblaient au nôtre et pourtant s'en différenciaient par une perception plus aigüe, affinée. Ici, dans ce salon coté, je respirais plus large et plus vrai. Yekta, à moins de quarante ans, renouvelait ce miracle que suscite en moi la poésie, comme on dit la haute mer, osant s'aventurer là où nul n'a plus pied.

Je me procurai sans tarder son recueil "Registre des ombres", histoire de voir si la magie, hors du sortilège de la voix, continuait à fonctionner. Je fus vite assuré qu'elle opérait ici dans toute sa plénitude. Yekta n'est pas de la famille de ceux qui veulent à tout prix dynamiter le langage, tordre les mots et la syntaxe jusqu'à les rendre hermétiques. Plutôt de celle qui démonte calmement l'horlogerie de l'intérieur, y glisse des questionnements qui grippent le mouvement des heures.

 

L'écrivain Jack London, après des années de misère, fut invité, devenu célèbre, à un club de milliardaires afin d'y tenir une conférence. Loin de décliner l'invitation, il l'accepta et à ces magnats, qui en suffoquaient, il se lança dans une diatribe incendiaire, clamant que les pauvres allaient tout leur prendre et leur expliquant pourquoi. L'auteur de "Martin Eden" appelait ce procédé "La subversion subreptice". L'écriture de Yekta est de cette étoffe-là, puisant dans chaque forme ce qui nourrit son style sans s'inféoder à aucune.

tu viens d'un ventre ouvert aux quatre vents tu viens d'une volière de voyelles tu viens d'une plage ou la nuit les épaves parlent en rêvant tu viens d'une maison vide où résonnent les cent pas de la pluie

tu viens des lèvres de l'ignare dans le miracle de la langue tu viens du babil des syllabes du bredouillage des vieillards des soliloques de l'ivrogne

Plus loin encore :

un petit point d'interrogation te picore les entrailles un signe en quête de son inconnue creuse sa question quotidienne promesse de porte dérobée ponctuation des cassures à venir majuscule du vide

l'écart est un devoir alors arme-toi d'espace en dansant petit bout d'âme retrouve la transe des tournoiements pour abolir les distances

Sans doute trop classique pour les ultra-contemporains et trop ultra-contemporain pour les classiques, Yekta ouvre une voie royale aux aventuriers des mots, à ceux qui ne craignent pas de s'avancer vers des zones inexplorées, là où scintillent de ténébreux diamants. Ceux qui aiment la phrase qui claque et cogne, même lorsque celle-ci surgit d'un gouffre dont on ne perçoit pas le fond. Optant pour la déponctuation et les rythmes syncopés qu'elle implique, à l'instar de beaucoup de poètes avant-gardistes, Yekta n'en a pas moins recours au paragraphe, ciselant la respiration du lecteur. De même, "Registre des ombres" s'articule en chants, comme jadis Homère ou Lautréamont.

Résolument moderne sans pour autant sombrer dans l'hermétisme, riche en secousses telluriques, en inspirations frénétiques, toute en poigne et en souffle, cette poésie inclassable creuse profondément en  nous dans la multiplicité des sens. Un alcool fort à avaler d'un trait, sans la moindre hésitation.

Pascal Perrot, texte.
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans peau&cie

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• La République du Catch : coup de foudre à retardement

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Un petit homme falot, si effacé, si banal qu'il en devient monstrueux ; un manchot (l'animal) qui joue merveilleusement du piano, et qui est son unique ami ; une ville aux mains de catcheurs corrompus, menés de main de maître par un bébé d'une intelligence hors-normes ; des mutants improbables, nés de ce que la ville a rejeté, et dont la faiblesse est une force… de ce cocktail dédié à l'ange du bizarre, beaucoup d'auteurs du neuvième art auraient fait un grand délire kitsch et baroque.
Cette matière-là, Nicolas de Crécy la modèle en hymne à la différence, à la complémentarité et à la fraternité. Beau retournement de situation dans une BD fertile en émotions, et qui sait avec doigté toucher le cœur et l'intelligence du lecteur.

• La République du Catch : coup de foudre à retardement

Il serait toutefois exagéré de dire que "La République du Catch" exerça sur moi une séduction immédiate. Et pourtant, dès que le charme commença à opérer, son empreinte en moi fut irréversible, comme un coup de foudre à retardement.

Depuis un certain temps déjà, j'entendais parler de Nicolas de Crécy comme une révélation du neuvième art. À priori, je n'accrochais pas vraiment au dessin à l'origine. Ces personnages aux traits étranges, qui semblaient taillés à la serpe, ces longues pages sans dialogue. En dépit de cette réticence première, c'est avec volupté  que je m'immergeai au cœur du récit.

Soudain  m'apparut évident ce qui au début m'avait échappé : la totale adéquation du texte et de l'image. À tel point qu'il m'était désormais impossible d'envisager l'un sans l'autre, de penser une autre représentation de chacun des protagonistes. Chaque dessin désormais m'apparaissait dans toute sa force et dans toute sa beauté.

Sensation rare que je n'avais que peu éprouvée jusqu'alors. Aux côtés de deux géants. Antérieurement avec Christophe Blain, et sa série "Isaac le Pirate". Et bien longtemps avant avec Comès, l'immortel auteur de "Silence" et de "La Belette". Nicolas de Crécy rejoignait dans mon esprit ce duo magique. Ce qui n'est pas un mince hommage…

Œuvre phénomène, "La République du Catch" l'est à plus d'un titre. En amont de sa création, la commande d'un éditeur japonais, et non des moindres, puisqu'il présida à la publication du grand Taniguchi. Qu'une maison du Soleil Levant fasse appel à un bédéaste français pour réaliser un manga était jusqu'alors inédit.

Nicolas de Crécy connaît le Japon. Il y fut en résidence. Dès lors commence un travail d'arrache-pied. Pas moins de 25 pages par mois. Un rythme d'enfer pour lequel les mangakas s'entourent généralement d'une flopée de collaborateurs. Mais le créateur préféra demeurer seul maître à bord. Détourner les codes du manga en leur infusant une sensibilité purement européenne, en bref hybrider deux cultures qu'apparemment tout oppose ne fut sans doute pas tâche de tout repos. Le résultat est à la hauteur -et plus si affinités- du défi que représentait ce fascinant métissage.

Pascal Perrot, texte.
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans avec ou sans bulles

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• Le monde selon Roland Topor

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Un pays, un continent, une planète, une galaxie … Difficile de trouver le mot approprié pour décrire la polymorphie du génie de Roland Topor, présent dans tous les arts ou presque, et pour chacun d'entre eux livrant des œuvres d'une intensité et d'une originalité telles qu'on peine à en trouver l'équivalent. Vingt ans après sa brusque disparition, à l'âge de 61 ans, il était temps de rendre un hommage conséquent à cet authentique créateur d'univers.

Il est courant, dans l'hexagone, de déconsidérer les artistes multi-médias, de les traiter avec un  rien de condescendance, les envisageant davantage comme des touche-à-tout velléitaires, incapables de se fixer dans un art ou l'autre, et pour cette raison n'exprimant pas pleinement leur identité que comme des créateurs aux multiples talents. Les exemples les plus flagrants : Jean Cocteau et Boris Vian, qui, malgré les décennies, sont loin d'être reconnus à leur juste valeur.

Or, non seulement Roland Topor décourage toute manie de l'étiquetage, mais il complique encore la tâche de toute reconnaissance posthume en se situant délibérément hors des chemins balisés. Peu soucieux de devenir un artiste maudit, notre homme choisit d'emblée les domaines, peu propices à la postérité, du dessin d'humour et de presse ainsi que de l'illustration des livres de grands auteurs. Pour avoir opté pour ces voies, on minimisera longtemps l'importance d'artistes aussi différents que Gustave Doré, Honoré Daumier ou Dubout. On attend encore la célébration de Robida ou Gus Bofa.

Romancier, Topor passera par toutes les nuances de l'écriture. Il inspirera Polanski pour le film "Le locataire". Passera de l'humour absurde drôlatique à l'absurde angoissant dans "Portrait en pied de Suzanne.  Déclinera toutes les nuances de la force dans le phénoménal "Mémoires d'un vieux con". Novelliste, il déclinera toute la gamme de couleurs -du rose au noir, du non-sensique au rire en demi-teintes- en une série éblouissantes de contes drôlatiques. Cet aspect est évidemment le moins représenté à la BNF -difficile d'imager des mots-, mais il demeure très présent dans la librairie de la dite.

Homme de télé, il révolutionnera les usages de celle-ci, y introduisant un ton décalé qui n'existait pas auparavant. "Merci Bernard" et "Palace", avec la complicité de son ami Jean-Michel Ribes, puis "Téléchat" révolutionneront les mœurs de notre petit écran. Sans lui, ni "Les Nuls", ni "Les Inconnus" ni "Groland" n'auraient pu voir le jour. Des postes avec écouteurs permettent de mesurer l'impact de telles émissions.

Quand il s'attaque au grand écran, ce sera le choc du dessin animé "La planète sauvage" et le cultissime film d'animation "Marquis", dont des extraits sont projetés. Et puis, il y a le reste, tout le reste, plusieurs centaines de dessins, souvent en noir et blanc, d'une prodigieuse inventivité. Les corps se mélangent, se transforment, s'emboîtent comme des poupées russes, les objets les plus familiers sont marqués du sceau d'une "inquiétante étrangeté". Topor cependant manie le terrifiant, l'insidieux et les cohortes des prodiges de manière toujours ludique, avec un appétit de vie phénoménal, et, en fin de compte, c'est lui qui domine toute son œuvre. Qu'il soit affichiste, illustrateur ou dessinateur d'humour,  Roland Topor a toujours plié le support à son univers plutôt que l'inverse.

Ce créateur sans limites ni frontières semble avoir toujours pris cependant un malin plaisir à se faire passer pour un amuseur. L'exposition vient à point pour dissiper un malentendu tenace : Roland Topor est le versant moderne d'un Odilon Redon, d'un Félix Vallotton ou d'un Félicien Rops. Il y apporte l'ingrédient inédit d'un rire qui n'appartenait qu'à lui.

Le Monde selon Topor
Du 28 mars 2017 au 16 juillet 2017
Bibliothèque nationale de France François-Mitterrand - Paris

Pascal Perrot, texte.
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

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• Les dragées au poivre de Sushi Typhoon - Chapitre 2 : l'apothéose

Publié le par brouillons-de-culture.fr

2010 voit la naissance officielle du label Sushi Typhoon. Comme une guerre à la bienséance et au politiquement correct. En deux ans, les films les plus insensés s'enchaineront à un rythme d'autant plus frénétique, que la plupart seront réalisés deux cinéastes seulement : Noboru Iguchi et Yoshihiro Nishimura.

Un sens aigu du rythme et de l'ellipse, une direction photo souvent irréprochable, une direction d'acteurs qui renforce la crédibilité d'histoires souvent insensées, les œuvres qui portent la marque du label ressemblent davantage à des excroissances trash et dégénérées de "Helzappoppin" ou des films de Terry Gilliam que du brouillon hâtif façon Ed Wood.

Il est étrange de constater les directions parallèles suivies par les trajectoires de Yoshiro Nishimura et de Noboru Iguchi, les deux principaux piliers de Sushi Typhoon. Si le premier persiste résolument dans la veine du "gros rouge qui tâche", de son film pré-Sushi "Vampire Girl vs Frankeinstein Girl" au film qui signe la naissance du label, le souvent éblouissant "Helldriver", le second, sans jamais renier son réjouissant jusqu'au-boutisme, délaissera rapidement la voie de l'hémoglobine, adoptant un mode de subversion plus perverse et plus sournoise. Nishimura rate toujours de très peu le chef d'œuvre imparable, pour cause de fin bâclée, quand Niguchi atteint à plusieurs reprises les plus hautes marches du trône. Dérangeants, malsains, inconfortables : ses films méritent sans nul doute ces étiquettes. Ainsi furent en leur temps jugées les œuvres de Bunuel, de Lynch, de Friedkin ou de Cronenberg.

Sur un terrain aussi balisé et prévisible que le film de zombies, Yoshihiro Nishimura innove, surprend à chaque image. C'est drôle, effrayant, rejoignant par des voies rocambolesques l'univers des cartoons. Qui n'a jamais vu une voiture dont le corps et les roues sont formées par des zombies enchevêtrés ne peut pas comprendre.
De multiples péripéties guettent l'héroïne avant sa grande rencontre avec la reine des zombies, au look quasi inégalé.

On trouve dans ce film les qualités et défauts inhérents à Nishimura : une générosité visuelle de chaque instant, jusqu'à l'excès le plus total un humour très décalé, mais également des lacunes scénaristiques importantes dans la toute dernière partie.
Responsable des effets spéciaux sur tous les films Sushi Typhoon, Nishimura ne saurait manifester de génie partout, même si en tant que cinéaste, il fait montre d'un talent certain.

Tout autre est Noboru Iguchi, non seulement moins brouillon mais également attaché à se déjouer des étiquettes, y compris celles qu'il a lui même créées. Ainsi avec le sublimement kitsch Karaté-Robo Zaborgar, hommage aux super-héros de son enfance, notamment à la série homonyme. Teinté d'émotions douces amères, mais aussi de méchants ricanants, d'union robot-humain, et de transformations toutes plus délirantes que les autres, l'œuvre est totalement inclassable. Drôle, inventive, mais avec ce je-ne-sais-quoi qui vous prend parfois à la gorge.

Iguchi enchainera deux films la même année, tout aussi imprévisibles. En premier lieu, il s'attaque à la franchise des "Tomie". Laquelle comprend déjà huit volets. La série s'articule autour d'une thématique commune ; toutefois aucune œuvre n'est directement la suite de la précédente.
Le personnage homonyme : une créature perverse et manipulatrice, qui rend fou de désir les hommes au point de les pousser à s'entretuer. Ce qui finit souvent par se retourner contre elle. Mais sa mort n'est jamais une fin, puisqu'elle peut créer une autre Tomie à partir d'une seule partie de son corps.

Si, en ses prémices, "Tomie Unlimited" semble épouser une forme classique, le film ne tarde pas à dériver vers les territoires de la subversion et de l'image surréalisante. Flirtant avec le tabou de l'inceste et faisant exploser la cellule familiale, multipliant les transformations les plus exubérantes et les plus insensées (dont une magnifique "araignée humaine") "Tomie unlimited" repousse toujours plus loin les limites, tant du point de vue moral que visuel.

• Les dragées au poivre de Sushi Typhoon - Chapitre 2 : l'apothéose

Ceux qui croient avoir tout vu ne s'attendent certes pas au choc frontal de "Zombie Ass" ni au non-sensique et cartoonesque "Dead Sushi", deux chef d'œuvres du cinéma "autre".

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans sur grand écran

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• Les dragées au poivre de Sushi Typhoon - Chapitre 1 : la genèse

Publié le par brouillons-de-culture.fr

L'image que nous possédons, entre tradition et modernité, de l'Empire du Soleil Levant, et principalement de sa culture, peut agacer ou séduire.

Il en est de même pour son autre face, qui flirte volontiers avec l'outrance, sait jouer avec les extrêmes comme avec le mauvais goût, où l'humour trash et le comique troupier se déclinent avec la même intransigeance, sur le même plan, sans système de valeurs.

Tel est le Japon de Sushi Typhoon, dont un coffret nous restitue les fulgurantes pépites. Ce cinéma-là décourage nos plus savantes étiquettes. Sommes-nous en présence d'un chef-d'œuvre bunuélo-lyncho-cronenbergien ou d'une bisserie assumée ? Dans bien des cas, il est impossible de trancher. Probablement un peu des deux.

L'aventure de la création du label commence par un film matriciel, "Machine Girl" (2008), présent dans ce coffret. Aux commandes, un cinéaste qui deviendra les piliers de Sushi Typhoon : l'indispensable Noboru Iguchi. Indispensable parce qu'impensable, osant tout, sans restrictions d'aucune sorte, et surtout pas celles de la bienséance. Sur le fond "Machine Girl" s'articule autour d'une classique histoire de vengeance. Mais sa forme le classe définitivement parmi les objets filmiques non identifiés.

L'héroïne, amputée d'un bras, s'y fera greffer une mitrailleuse à cinq canons. Fusion de la chair et du métal. Jambes tronçonneuses, soutien-gorge d'aciers qui recèlent des surprises, un délire créatif qui semble sans fin. Chaque combat, sublimement chorégraphié, s'achève dans des geysers de sang, parfois filmés au ralenti. Voire l'héroïne, au look de lycéenne affronter à elle seule des armées de yakusas, de ninjas, de femmes guerrières, possède quelque chose de profondément réjouissant. S'il ne fait pas d'emblée un carton au box-office, "Machine Girl" traumatise chacun des festivals dans lequel il est programmé et devient rapidement un film culte. Un nouveau film, tout aussi frappadingue, voit le jour "Tokyo Gore Police". Signé Yoshiro Nishimura, précédemment responsable des effets spéciaux de "Machine Girl".

S'il est un cran au-dessus de ce dernier en terme d'inventions délirantes, il pèche en revanche par son scénario, lequel s'essouffle aux deux tiers, débouchant sur une fin quasi-incompréhensible. Mais entretemps, l'amateur en aura pris plein les mirettes. Aussi gore que l'indique son titre, "Tokyo Gore Police" ne vaut pourtant pas que par ses excès graphiques.  L'histoire met en scène la lutte contre des mutants capables de transformer chaque partie de leur corps en arme, ce qui nous vaut un festival d'hallucinantes mutations, toutes plus inventives les unes que les autres.

Le succès immédiat de cette œuvre mauvais genre signera l'acte de naissance du label Sushi Typhoon. Label qui vient à point nommé pour jouer les trouble-fêtes. En ces temps-là, le cinéma bis japonais s'est refait une virginité pour le public occidental. La tendance est au fantastique soft, et si le talent est au rendez-vous, l'irrévérence n'y est guère de mise. Les œuvres d'Hideo Nakata (Ring, Dark Water) et de Takashi Shimizu (The Grudge) font un carton sous nos contrées. Sushi Typhoon sonne le retour des sales gosses. C'est un pied de nez, un bras d'honneur majeur à une bienséance obligée.

Un septième art de l'excès, énergique et décalé. Le cahier des charges est simple : de très petits budgets, en compensation desquels les cinéastes ont totalement les mains libres, sans censure et sans limite. Les deux piliers majeurs du label seront Noburoi Iguchi et Yoshihiro Nishimura. À eux seuls ils réaliseront deux tiers des films estampillés Sushi Typhoon. Dont quelques œuvres majeures, même si infréquentables par l'intelligentsia.

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

Publié dans sur grand écran

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• Street Génération(s) : des couleurs plein les yeux

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Quand une expo parvient à contourner, avec beaucoup d'intelligence et une classe folle, les pièges de son intitulé, il convient de saluer l'exploit chapeau bas. C'est le cas de "Street Génération(s), quarante ans d'art urbain", à Roubaix, qui s'ouvre sur le futur sans couper ses racines. Vaste projet dont l'ampleur même en eût découragé plus d'un.

Passons sur les lacunes et oublis regrettables auxquels risquait de s'exposer une telle entreprise ; un musée plus conséquent, tant par la taille que les moyens, n'eût pas manqué d'y verser. Demeurait un risque majeur : comment témoigner, sur une période aussi large, d'un art majoritairement voué par la rue, autrement que par une collection de belles photos glacées, susceptible d'en éradiquer toute vitalité et toute rage ? Tout est question de doigté, de dosage, auxquels viennent s'ajouter quelques choix audacieux, qui font toute la différence.

• Street Génération(s) : des couleurs plein les yeux

L'histoire d'un mouvement qui allait modifier en profondeur nos codes visuels, se réapproprier tous les courants de l'art moderne pour mieux leur impulser de nouvelles directions est bien là, en filigrane. Des panneaux nous en rappellent toutes les circonvolutions. En témoignent également photos, mais également de magnifiques sérigraphies, des objets graphés, des tableaux réalisés par des pointures du street-art. Ce n'est point là pourtant que se situe l'œil du cyclone, ce vortex d'émotions visuelles qui dès l'entrée nous submerge.

• Street Génération(s) : des couleurs plein les yeux

La première idée phare qui sous-tend "Génération street art" est de donner carte blanche à des artistes actuels, toutes générations et tous pays confondus, pour s'approprier le lieu de la Condition Publique. Et là, c'est un éblouissement visuel, un généreux festin de formes et de couleurs. Tableau en relief (Jeff Aérosol), boîte à lettre ou extincteur détournés de leurs fonctions premières (C215), fresques murales et tags à même les murs. Être scotché par les fresques sur panneau de bois d'Yz, s'émerveiller des immenses visages noirs et blancs de Vhils, s'immerger dans les belles abstractions de Futura, redécouvrir le punch subversif de Bansky, les monumentales fresques d'Obey…

Les occasions de s'extasier ne manquent guère, dans une diversité de styles, de matériaux, de supports, qui font toute la richesse de cette exposition.

La seconde idée forte de "Génération Street Art", c'est d'avoir investi les espaces extérieurs. La cour, en premier lieu, principalement dédiée à la scène locale, dont vous n'oublierez pas de sitôt les majestueuses installations. Le toit, sur lequel Jeff Aérosol déploie tout son talent. La façade externe, avec le fabuleux oiseau de Ludo, qui fait polémique. Certains habitants du quartier jugent cette fresque agressive et souhaiteraient la voir retirer. Preuve s'il en est que même "avalisé" le street peut encore se révéler subversif. Les rues avoisinantes, enfin, où les artistes de l'expo ont pu donner libre cours à toute leur créativité.

Bien sûr, l'observateur tatillon relèvera quelques inévitables omissions : le peu de présence de certains pays européens, la quasi-absence du continent africain, le zapping de grands précurseurs comme Ernest Pignon Ernest ou de figures actuelles comme MIssTic ou Inti.

Mais nous savons qu'en l'occurrence toute exhaustivité s'avérait impossible. Aussi ne boudons pas notre plaisir : tel quel "Génération street Art" est une grande et belle expo, à laquelle tout homme et toute femme de goût se rendra séance tenante.

Jusqu'au 16 juin à la Condition publique
14, Place Faidherbe, Roubaix
Ouvert du mercredi au dimanche de 13h à 19h

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

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