• Jean-Pierre Como : le jazz-hero du boléro
Sensuel, charnel, infiniment gouleyant, "Boléro" de Jean-Pierre Como est un album qui se savoure sans retenue. Sixun, dont il fut le claviériste attitré, avait démontré qu'on pouvait s'aventurer très loin dans la fusion et dans l'expérimental tout en séduisant un large public. Ne pas forcer l'oreille de l'auditeur, mais l'amener, par paliers progressifs, à découvrir et apprécier d'autres types de sonorités, au sein d'une structure mélodique rassurante. Une ligne de conduite que Jean-Pierre Como semble avoir, pour notre plus grand bonheur, définitivement faite sienne. Même au sein de musiques d'autres compositeurs, Como apporte son indéfinissable touche. Notamment dans l'époustouflant "Répertoire".
"Boléro", son neuvième album solo, ne déroge pas à la règle. Composé aux deux-tiers de morceaux de Jean-Pierre Como himself, il parait s'articuler autour d'un triple défi : s'ancrer dans la modernité la plus immédiate, offrir un son intemporel et
explorer de nouveaux territoires. "Cahier des charges" apparemment impossible à tenir, dont il s'acquitte pourtant avec brio.
Si le jazz se greffa souvent aux musiques d'Amérique Latine, d'Afrique ou d'Orient pour accoucher parfois de chef-d'œuvres imparables, l'Europe méditéranéenne, en revanche, fut quelque peu laissée délaissée par la fusion. Or, les musiques espagnoles (le Boléro) et italiennes sont sur ce CD en première ligne. Sans jamais sombrer dans l'exotisme de pacotille ni dans de mièvres affèteries, sans exercer pour autant la moindre condescendance envers les musiques populaires dont il s'inspire, Jean-Pierre Como se révèle maître dans l'art de la césure et de l'articulation. Ensemble fluide, sans la moindre suture. Impossible de distinguer la limite entre jazz et danses méditéranéennes, tant ils semblent ici indissociables.
Dans "Boléro", chaque instrument a son rôle à jouer dans le dénivellement des frontières. Les saxophones soprano et naryton de Javier Girotto. La basse électrique et la contrebasse de Dario Deidda. Les batterie et percussions de Minino Garay. Une formation sans fausse note que l'on pourra retrouver in vivo ce lundi sur la scène du Café de la Danse. Un concert qui s'annonce riche en émotion.
Jean-Pierre COMO
Lundi 30 septembre à 20h30
au Café de la Danse
5 Passage Louis Philippe
75011 Paris
Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme
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Doux plaisirs de la procrastination… Différer ad libitum l'exploration d'une œuvre, d'un auteur. Soit parce qu'on s'en promet des plaisirs inouis. Soit, à l'inverse, parce qu'on en redoute quelque déception amère. Tel fut pour moi le cas de Françoise Sagan. De son vivant, le personnage qu'elle s'était inventée pour le petit écran provoquait en moi un mélange d'attirance et de répulsion. Entre la poupée déglinguée échappée de quelque fête de la jet-set et la bohême ahurie sortie d'une autre planète. Quelque chose de trop fabriqué dans l'image pour correspondre à une vraie personne. Il y avait aussi ces rumeurs persistantes d'une "nothombisation" avant la lettre (cette tendance à remplir de la page au détriment de la qualité) qui me faisaient remettre à plus tard son approche.
Et l'on conçoit que, de ce coup d'éclat précoce, faire une carrière ne fut pas de tout repos. Car ce seul ouvrage eût suffi à lui assurer une postérité.