• Les thrillers addictifs de Serge Brussolo
Depuis plus d'un quart de siècle, je suis un drogué notoire. Accro irrémédiable aux œuvres de Serge Brussolo. Avec plus d'une centaine de livres à son actif, ce magicien me fournit régulièrement
ma dose. Avant de passer aux drogues dures, j'ai
commencé par celles que l'on dit douces : ses deux recueils de nouvelles "Plus lourd que le vent" et "Vue en coupe d'une ville malade". Du fantastique, de la SF, mais comme on n'en avait
jusqu'alors jamais lus, portés par une imagination sans limites.
Chaque nouvelle comporte, au minimum, une idée novatrice par page. Et les inventions les plus "délirantes" trouvent rapidement crédit à nos yeux, par la grâce d'une plume qui peut, en quelques traits, poser les fondations d'un personnage ou d'un paysage. Quand les lieux et les êtres sonnent vrais, qu'on peut en respirer l'odeur et la couleur, peut s'établir en nous la vérité des faits qui nous sont livrés. Brussolo romancier ? Fi donc ! Comment aurait-il pu, sur 250 pages -et plus si affinités- reproduire le miracle de ses textes courts ?
Circonspect, j'entrepris la lecture du "Syndrome du
scaphandrier"… pour ne le lâcher qu'à la dernière page. L'histoire ? Celle d'un homme qui, chaque nuit, vit une existence parallèle dans le
monde des rêves. Des voyages dont il ramène le sujet de ses sculptures et quelquefois des objets d'une troublante réalité. Mais tout se complique lorsqu'il envisage d'habiter définitivement le
monde du rêve … On peut raconter le sujet central d'un livre de Serge Brussolo sans rien déflorer de l'histoire. Tant celle-ci est riche en rebondissements, en coups de théâtre, en trouvailles de
génie qui la relancent dans les directions les plus inattendues.
Dans ses romans, tout peut arriver : une planète s'avère n'être qu'un alien endormi, comme dans "Territoire de fièvre". Les tatouages peuvent devenir vivants comme dans "Les semeurs d'abîme". Un ensemble de ruines se révéler être le squelette d'un monstre géant. Les livres devenir vivants. On y raconte des histoires aux morts dans leur tombe pour éviter qu'ils ne s'éveillent. Et des animaux empaillés reprennent brusquement vie.
La force de conviction de cet homme est immense et son don pour vous terrifier avec les fantasmagories les plus abracadabrantes proprement stupéfiant. Quelques dizaines de titres n'ont pas suffi à apaiser ma faim, tant chaque ouvrage diffère du précédent. D'autant plus étonnant qu'on ne compte pas moins de quatre à cinq romans dans ses années les moins fécondes.
Quand Brussolo passa en mode thriller,
j'eus derechef des réticences. Son talent de conteur ne prenait-il pas le risque de manquer d'envergure confronté à notre monde réel ? "Le chien de minuit" vint me remettre les pendules à
l'heure. Quelque domaine qu'il aborde, Brussolo est définitivement l'un des plus grands créateurs de fiction à l'heure actuelle. Un ancien surfeur dans la dèche trouve refuge sur les toits,
plutôt que dans la rue. Là vit une tribu de hobos dans laquelle il parvient à se faire admettre. Ils escaladent les immeubles comme des alpinistes urbains. Leur rêve : arriver à planter un
drapeau sur "Le chien de minuit", un immense bâtiment gardé par un vigile armé, qui n'hésite pas à traquer (jusqu'à la mort dit-on) ceux qui pénètrent dans son domaine.
Atmosphère et péripéties, action trépidante et légendes urbaines créent l'envoûtement parfait. Distillant tour à tour angoisse et coups de sang, Brussolo n'a pas son pareil pour faire monter l'adrénaline.
Dans "L'héritier des abîmes", l'héroïne doit rédiger la biographie de Morton Savannah. Cet auteur d'une série d'aventures fantastiques est devenu une sorte de demi-dieu pour ses fans, qui croient percevoir dans ses livres des messages venus de l'avenir. Une confusion entretenue par l'auteur "gouroutisé", qui se dit en contact avec un prêtre atlante et reproduit dans chaque livre des messages rédigés en une langue inconnue. L'héroïne devra passer plusieurs jours dans son domaine, une étrange communauté, isolée du monde extérieur, et qui possède ses propres lois. Mais auparavant survivre à son armée de fans, dont certains sont organisés comme des polices parallèles, et prêts à tout pour protéger leur idole.
"Ceux qui dorment en ces murs" se passe quelque part en Amérique du Sud. Une ville idéale devenue villégiature de retraite pour vieillards très fortunés. Autour, les bidonvilles. Derrière,
la jungle ; menaçante. Les accidents fatals se multiplient soudain face à une police impuissante. Qui refuse de croire à la réalité de ceux que les Indigènes nomment "Le Maître d'École", celui
qui, toujours à la même période de l'année, distribue les mauvais points pour ceux qui se sont mal comportés. Sous forme de mutilations, voire de mises à mort en cas de fautes graves ou de
récidives.
Les points de départ chez Brussolo sont toujours extrêmement excitants. Les bifurcations brutales. Et le dénouement souvent imprévisible. Et ce, même quand on en a, comme moi, dévoré des dizaines.
Petit détail amusant : dans les trois-quarts de ses romans fantastiques et de ses thrillers contemporains, l'auteur prénomme ses héros David ou Nathan, et ses héroïnes Sarah. Comme si son imagination, entièrement focalisée sur le récit lui-même, ne pouvait s'encombrer d'autres détails.
L'homme maîtrise également à merveille un genre "déviant" auquel il a donné plus d'un chef d'œuvre : le thriller historique. de l'Ancienne Égypte à la Rome Antique, des pèlerins du Moyen Âge aux Vikings, sa plume nous fait voyager au cœur d'un passé tumultueux.
Qu'il s'agisse de récupérer un trésor dans une pyramide truffée de pièges et de faux-semblant, qui plus est enfouie dans les sables mouvants ; de percer à jour le secret d'un chevalier qui ne quitte jamais son armure sans céder aux superstitions locales ; de déjouer le mystère d'un faux pèlerinage et de puissances "démoniaques"… Brussolo ne lâche jamais son lecteur qu'il tient en haleine d'un bout à l'autre. "Pèlerins des ténèbres", "Le labyrinthe de Pharaon", "La Captive de l'hiver" : autant de titres qui semblent avoir été écrits pour des insomniaques chroniques.
Impossible ici d'évoquer chacun des fleurons d'une production pléthorique, dans laquelle la qualité est toujours au rendez-vous. Il existe cependant des Brussolo "mineurs", des Brusssolo paresseux, dans lesquels l'intrigue se déroule sans accrocs, sans surprises. Mais même ceux-là témoignent d'un tel savoir-faire qu'ils dépassent de plusieurs coudées la plupart des thrillers basiques : on y décèle malgré tout la griffe inimitable du maître.
Les thrillers de Brussolo, qu'ils fussent historiques ou contemporains, peuvent selon moi, se diviser en deux catégories :
ceux dont l'intrigue rebondit
pratiquement à chaque page ("Le labyrinthe de pharaon", "La main froide", "La fille de la nuit" par exemple) et ceux où l'atmosphère prévaut. Souvent oppressante, anxiogène. Si l'action finit
quand même par avoir le dernier mot, les réflexions et hypothèses des héros et des héroïnes, leurs découvertes progressives y sont prédominantes. Là, Brussolo peut donner totalement libre cours à
son imaginaire débridé. C'est le cas de "Armés et dangereux", "Le murmure des loups" ou plus récemment de "Dortoir interdit".
Des romans fascinants à plus d'un titre, qui suscitent chez leurs lecteurs une irrémédiable addiction.
Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme
Salman Rushdie et son oeuvre ne se résument
pas à la fatwa lancée à son encontre par les intégristes islamiques depuis la parution des "Versets Sataniques". Cette menace de mort, plusieurs fois réactualisée, est l'arbre maléfique qui
cache la forêt.
Si "Luka et le feu de la vie"
repose sur une fausse bonne idée, celle-ci n'en aboutit pas moins, au final, à un livre superbe. La fausse bonne idée de Salman Rushdie : introduire dans son conte l'univers des jeux vidéos de
son fils. Elle se révèle à l'usage, un peu à côté de la plaque. Tout simplement parce que l'imaginaire de l'auteur est souvent cent coudées au-dessus de celui de la plupart des concepteurs.
Après un long détour par le jeu vidéo, Benoît Sokal a
retrouvé les chemins du neuvième art.
Et le Sokal moins connu, tel qu'il
apparut un jour aux lecteurs de Métal Hurlant. Qui revit le jour avec "Sanguine". Dont chaque planche est une œuvre d'art.
Au XIXème siècle, Rimbaud affirmait qu'il fallait être
"résolument moderne". En dépit d'une quasi homonymie, mode et modernité s'opposent bien souvent. Certains poètes du temps jadis demeurent aujourd'hui même d'une modernité renversante. Qu'ils
n'eussent pu conserver s'ils s'étaient contentés de suivre la lubie du moment. Bien des contemporains s'essoufflent à suivre le "mot d'ordre" rimbaldien. Mais répondent aux sirènes de la mode
plus volontiers qu'ils n'empruntent la voie étroite de la modernité.
parviennent à surmonter la difficulté. Extraire la part d'universel de la vie de nos contemporains. Parallèlement, savoir en isoler le caractère unique. Parler d'un aujourd'hui fluctuant
sans pour autant se laisser enfermer dans cet objectif. Tel est sans doute aujourd'hui "être résolument moderne". Cela exige une justesse du regard et du langage. Pouvoir voir dans et au-delà, en
un même mouvement.
Erreur ! La poésie de Ravalec n'a rien
d'un hiéroglyphique laboratoire des mots. Elle prend au cœur et aux tripes, s'insinue dans nos neurones avec une belle insolence. On y retrouve certaines des obsessions du Ravalec romancier, mais
portées à la puissance dix, à l'état brut, quasiment dépouillées des oripeaux du récit. Une orange roulant sur un parking, un SDF se mettant à chanter peuvent y prendre une dimension
métaphysique et purement poétique.
Le basculement du quotidien le plus banal vers les hauts vertiges
de l'inconnaissable : un fil conducteur de nombre des romans de l'auteur, mais dont il imprègne ici chaque page, avec une verve intarissable. Long poème qui s'élance vers le plus haut de l'homme,
sans pourtant jamais zapper ce réel où nous vivons. Qu'il prend à bras le corps pour l'emmener ailleurs. Alternant prose, vers libres et passages rimés, Ravalec impose sa propre règle du jeu, que
le lecteur acceptera sans réticences.
Le succès de "Huit fois debout", son premier
long, a quelque peu éclipsé la révélation que fut, pour certains "État des lieux". Recycleur de génie, Xabi Molia se nourrit de ces infra-langages par lesquels se formule notre vie quotidienne :
prose journalistique, modes d'emplois, jargon informatique et discours politiques. Pour mieux les filtrer au tamis de sa prose poétique, riche en humour et en métaphores.
surinformation qui noie l'essentiel sous un amas de futilités, de la difficulté d'oser. Subversif, corrosif, il n'hésite pas à se placer, dans certains textes, du point
de vue de l'oppresseur :
La rage de Xabi Molia est cependant rarement
ostentatoire. Elle garde une forme de pudeur, comme pour mieux s'ériger contre l'obscénité de l'époque, où tout s'étale et se dit jusqu'au trop plein, au-delà de la satiété.
Julien Beneyton peint vrai. Sans se laisser happer par les
sirènes de l'hyperréalisme qui, passé l'effet de surprise - est-ce une photo ou un tableau ? - se révèlerait rapidement un brillant mais vain exercice de style. Sans sacrifier aux dieux de
l'abstraction, terre d'exploration qui s'avère limitée quand on ne possède pas le génie d'un Delaunay ou d'un Kandinsky.
Beneyton. Le trait est précis, incisif,
ancré dans une contemporanéité qui relève de l'évidence. Mais on le sait, tout ce qui semble couler de source découle d'un travail, d'une réflexion.
En un mot précipitez-vous à l'expo qui lui est consacrée à
la Maison des Arts de Malakoff. Le cadre est agréable. Le choix d'espacer les tableaux, de les laisser "respirer" permet de prendre son temps pour entrer dans l'univers de l'artiste. Le nombre
d'œuvres exposé peut nous laisser sur notre faim, mais il permet également de prendre le temps de voir chacun des éléments qui composent les toiles. Ce qui n'est pas à négliger, une seule vision
ne saurait tous les embrasser…

Je hais la musique. La musique que j'aime tant. Devoir subir ce bruit de fond que devient la musique, quand elle n'est pas écoutée. D'espace en espace, la même poursuite infernale, seul le rythme change. Harcèlement permanent que ce fond sonore.
plat- diffusent clips ou films. Des images défilent sans texte, sans voix, puisque la musique s'acharne en parallèle. Cinéma muet façon XXI° siècle. Ni radio, ni télévision, mais des engins à fabriquer du bruit, des formes. Partout, sans relâche. Je hais la musique. Rejet épidermique qui me submerge de violence.
Il faut lire ou relire "Mon oncle Benjamin" de
Claude Tillier (Le Serpent à plumes).
La rétrospective Hitchcock continue
jusqu'au 28 février. Où ça ? À la Cinémathèque. Voir le programme 
Largo est un jeune homme turbulent, un peu
voyou, un peu anar, don quichotte des justes causes, plus homme d'action que businessmaker. S'il accepte de relever le défi, c'est davantage par jeu que par goût du lucre. Son style, franc et
direct ne plaît pas à tout le monde…
Van Hamme avec la série Largo Winch surmonte un certain nombre d'obstacles. En
premier lieu, faire un succès d'une série de romans de son crû qui n'a pas caracolé en tête des ventes. En second lieu, initier ses lecteurs à la haute finance (et ses explications sont claires,
sans pour autant plomber le récit). En troisième lieu faire d'un milliardaire jouant sur la mondialisation, sans pitié ou presque pour ses adversaires, usant et abusant des paradis fiscaux, un
personnage sympathique.
toujours aussi virevoltant et insaisissable, lançant une nouvelle série "Lady S" (6 épisodes parus depuis 2004). Le dernier Largo Winch "Mer Noire" (le 17ème) est paru il y a peu. De
même que sa seconde excursion dans les mondes de E.P. Jacobs.
des grands feuilletonnistes du siècle dernier. Il évoque une sorte de petit-fils caché de Gaston Leroux. Même sens du rebondissement et du coup de théâtre. Même manière d'abandonner
ses héros dans une situation dramatique, voire apparemment insoluble, en fin d'épisode, pour y offrir une issue inattendue lors du chapitre suivant.
Une tendance qui s'affirmera de plus en plus dans Thorgal, mais
qui est, dès le premier épisode, au cœur de la série XIII.
Ces questions hanteront les 18 albums de XIII, tenant en haleine des millions de
lecteurs à travers le monde. Car rien n'est stable ni évident en ce qui concerne son identité, chaque indice tendant à l'égarer sur une fausse piste. Rien n'est plus facile à manipuler qu'un
homme d'action amnésique. Sinon fabriquer des preuves.
trépidant certes mais
ne donnant aucune nouvelle information sur l'identité de XIII. Mais ce n'est que pour mieux nous éblouir à l'épisode suivant.