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25 articles avec sur grand ecran

• Les dragées au poivre de Sushi Typhoon - Chapitre 1 : la genèse

Publié le par brouillons-de-culture.fr

L'image que nous possédons, entre tradition et modernité, de l'Empire du Soleil Levant, et principalement de sa culture, peut agacer ou séduire.

Il en est de même pour son autre face, qui flirte volontiers avec l'outrance, sait jouer avec les extrêmes comme avec le mauvais goût, où l'humour trash et le comique troupier se déclinent avec la même intransigeance, sur le même plan, sans système de valeurs.

Tel est le Japon de Sushi Typhoon, dont un coffret nous restitue les fulgurantes pépites. Ce cinéma-là décourage nos plus savantes étiquettes. Sommes-nous en présence d'un chef-d'œuvre bunuélo-lyncho-cronenbergien ou d'une bisserie assumée ? Dans bien des cas, il est impossible de trancher. Probablement un peu des deux.

L'aventure de la création du label commence par un film matriciel, "Machine Girl" (2008), présent dans ce coffret. Aux commandes, un cinéaste qui deviendra les piliers de Sushi Typhoon : l'indispensable Noboru Iguchi. Indispensable parce qu'impensable, osant tout, sans restrictions d'aucune sorte, et surtout pas celles de la bienséance. Sur le fond "Machine Girl" s'articule autour d'une classique histoire de vengeance. Mais sa forme le classe définitivement parmi les objets filmiques non identifiés.

L'héroïne, amputée d'un bras, s'y fera greffer une mitrailleuse à cinq canons. Fusion de la chair et du métal. Jambes tronçonneuses, soutien-gorge d'aciers qui recèlent des surprises, un délire créatif qui semble sans fin. Chaque combat, sublimement chorégraphié, s'achève dans des geysers de sang, parfois filmés au ralenti. Voire l'héroïne, au look de lycéenne affronter à elle seule des armées de yakusas, de ninjas, de femmes guerrières, possède quelque chose de profondément réjouissant. S'il ne fait pas d'emblée un carton au box-office, "Machine Girl" traumatise chacun des festivals dans lequel il est programmé et devient rapidement un film culte. Un nouveau film, tout aussi frappadingue, voit le jour "Tokyo Gore Police". Signé Yoshiro Nishimura, précédemment responsable des effets spéciaux de "Machine Girl".

S'il est un cran au-dessus de ce dernier en terme d'inventions délirantes, il pèche en revanche par son scénario, lequel s'essouffle aux deux tiers, débouchant sur une fin quasi-incompréhensible. Mais entretemps, l'amateur en aura pris plein les mirettes. Aussi gore que l'indique son titre, "Tokyo Gore Police" ne vaut pourtant pas que par ses excès graphiques.  L'histoire met en scène la lutte contre des mutants capables de transformer chaque partie de leur corps en arme, ce qui nous vaut un festival d'hallucinantes mutations, toutes plus inventives les unes que les autres.

Le succès immédiat de cette œuvre mauvais genre signera l'acte de naissance du label Sushi Typhoon. Label qui vient à point nommé pour jouer les trouble-fêtes. En ces temps-là, le cinéma bis japonais s'est refait une virginité pour le public occidental. La tendance est au fantastique soft, et si le talent est au rendez-vous, l'irrévérence n'y est guère de mise. Les œuvres d'Hideo Nakata (Ring, Dark Water) et de Takashi Shimizu (The Grudge) font un carton sous nos contrées. Sushi Typhoon sonne le retour des sales gosses. C'est un pied de nez, un bras d'honneur majeur à une bienséance obligée.

Un septième art de l'excès, énergique et décalé. Le cahier des charges est simple : de très petits budgets, en compensation desquels les cinéastes ont totalement les mains libres, sans censure et sans limite. Les deux piliers majeurs du label seront Noburoi Iguchi et Yoshihiro Nishimura. À eux seuls ils réaliseront deux tiers des films estampillés Sushi Typhoon. Dont quelques œuvres majeures, même si infréquentables par l'intelligentsia.

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

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• Toni Erdmann, tonique et généreux

Publié le par brouillons-de-culture.fr

"Toni Erdmann" est sans conteste ce qu'on appelle une bonne surprise. On n'avait guère vu un mélange si homogène d'humour et d'émotion, dans les productions d'outre-Rhin, depuis au moins "Goodbye, Lénin !". Du moins parmi celles qui sont parvenues jusques à nos rétines. C'est dire que cela remonte pratiquement à l'époque des dinosaures.

J'ai ri, me suis esclaffé même. Et ai été touché, souvent. Est-ce à dire qu'on se trouve ici confronté à un chef d'œuvre, ce précieux qualificatif que nombre de critiques trop enthousiastes n'ont pas craint d'utiliser ? Cannes a-t-il commis une grave injustice en l'excluant du palmarès ? Que non ! Il s'en faut de beaucoup, même s'il serait également coupable de minimiser le talent certain de Maren Ade.

Car "Toni Erdmann" est bien davantage que la simple pochade que ses détracteurs se sont attachés à voir, et signe fort probablement l'émergence d'une cinéaste d'importance. Parce que non, ce film n'est pas, même s'ils sont tous prodigieux jusque dans les plus petits rôles, uniquement un film d'acteurs. "Toni Erdmann" regorge de scènes d'anthologie qui doivent beaucoup à leur écriture.

Partir d'un thème usé jusqu'à la corde, propice à la grosse comédie lourdingue ou au mélo larmoyant, pour aboutir à une œuvre originale et corsée n'est pas une tâche à la portée du premier filmeur lambda. Un père blagueur (souvent niveau fin de banquet) confronté à une fille trop sérieuse, totalement investie dans son travail et les rapports complexes qui s'ensuivent : c'est une histoire que l'on a déjà vue mille fois, sur grand comme sur petit écran. Mais rarement racontée comme ici.

Parce que "Toni Erdmann", sur ce chemin balisé, se permet toutes les audaces. Non seulement Maren Ade donne à voir les plaisanteries un peu bourrines du père, au risque de se faire qualifier telle, mais n'hésite pas à plonger les mains dans le mauvais goût et l'humour un peu trash, qui désamorce le côté sucré façon romcom de son sujet. La scène des petits fours ou celle de l'anniversaire par exemple resteront dans les mémoires.

Du coup, à l'instar de l’héroïne face à son géniteur, nous sommes souvent partagés entre l'envie de rire et un certain malaise. Une sensation à laquelle contribue le jeu formidable des acteurs, Sandra Hüller (que "L'amour et rien d'autre" fit connaître aux spectateurs hexagonaux) et Peter Simonischek, qui n'est pas sans rappeler, dans sa maladresse bourrue, l'acteur belge Bouli Lanners, en tête.

Alors, bien sûr, "Toni Erdmann" est trop long mais dès que l'attention commence à se relâcher, une scène renversante nous cloue au fauteuil. Comme dans les premiers Despleschins. Il y a aussi quelques moments un peu limite et par moments le film est un joyeux bordel, qui part un peu dans tous les sens. Comme les premiers opus d'Almodovar. On peut rêver pires références.

• Toni Erdmann, tonique et généreux

Si les petits cochons ne la mangent pas, comme autrefois son compatriote Percy Adlon (pourtant auteur du succès critique "Céleste" et public "Bagdad Café") nul doute que Maren Ade ira loin.


Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

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• L'art délicat de la provocation

Publié le par brouillons-de-culture.fr

• L'art délicat de la provocation

Provocation et transgression sont les mamelles de l'homme libre. Pourtant rarement ces deux mots auront-ils engendré autant de confusion qu'à l'époque qui est la nôtre. Beaucoup s'en revendiquent, dans une posture qui confine à l'imposture. Un peu comme la poésie en fait, mais ceci est une autre histoire.

Provoquer, c'est aussi inciter au duel. On ne provoquait guère en duel quelqu'un dont les idées étaient aux antipodes de celles que vous professiez. Ces dernières fussent-elles délirantes. Mais bien parce qu'il tentait de ridiculiser les vôtres, et était, la plupart du temps, à deux doigts d'y parvenir.

Faute d'une grille de lecture appropriée, un certain nombre de personnes en viennent à penser que Desproges, Coluche et Dieudonné sont bel et bien de la même famille. Ou qu'Alain Soral est un penseur libre, indépendant, non formaté.

Provoquer, c'est inciter à sortir de sa zone de confort intellectuel, déclencher un processus de réflexion en s'attaquant aux tabous et idées reçues d'une époque. Métier noble s'il en est. Ce n'est aucunement prêcher des convaincus et révulser les autres. Desproges, Coluche étaient provocateurs, Dieudonné et Soral ne sont que des pamphlétaires de bas étage.

Les fast-foods de la simili-provoc fleurissent d'ailleurs un peu dans tous les arts. Un signe qui trompe rarement : une tendance prononcée à l'auto-proclamation permanente. "Je suis un provocateur moi monsieur, un rebelle" avec bien entendu à la clé nombre de références ronflantes, de citations de ceux qui vous ont précédé (selon le domaine artistique, Bunuel, le surréalisme, Gainsbourg, Bukowski et j'en passe).

• L'art délicat de la provocation

Un exemple parmi tant d'autres : le relativement récent "Deadpool". À en croire ses promoteurs, nous serions en présence d'un film incorrect, impoli, grinçant, qui déboulonne le mythe des super-héros. Une déclaration à l'emporte-pièces qui semble ne pas prendre en compte les multiples tentatives (très souvent réussies) dans le neuvième art de décapage, accomplies depuis quelques décennies.

• L'art délicat de la provocation

Des travaux de Frank Miller sur Batman, qui en fit le psychopathe que nous connaissons à présent à la série "Preacher", en passant par le culte "Judge Dredd" à l'humour ubuesque. Soyons bons princes : sans doute ne se réfère-t-on ici qu'au versant cinématographique, où les tentatives sont plus rares.

L'ennui, c'est que la réalité est toute autre : Deadpool est un gros film bourrin (par ailleurs plutôt regardable en tant que tel) qui tente de se faire passer pour un film politiquement incorrect, en épiçant de ci de là son propos de jurons bien sentis et d'allusions salaces.

Des transgressions somme toutes très gentillettes, bien en deçà du tonitruant effet d'annonce. Bien moins dérangeant en fait que "Kick Ass"' ou même "Hancock", grinçants sans pour autant s'annoncer révolutionnaires.

• L'art délicat de la provocation

Verhoeven, Cronenberg, les films les plus réussis de la Sushi Typhoon ou de Troma Films demeurent autrement plus provocateurs.

"Deadpool", c'est un peu comme quand Michel Houellbecq tente de se faire passer pour Céline quand, dans la littérature qui dérange et gratte là où ça fait mal, il n'est, en dépit d'un talent certain mais souvent mal utilisé, même pas au niveau d'un Dantec ou d'un Ravalec.

Un vrai provocateur s'énonce rarement tel ; il ne l'est que parce qu'il tente des chemins peu explorés avant lui, et que certaines des voies qu'il prend dérangent. Il peut agir dans l'ombre comme dans la lumière, mais ne recherche pas nécessairement les sunlights. Son œuvre nait d'un besoin et non d'un plan carrière soigneusement orchestré.

Provoquer est un art qui ne s'improvise pas et supporte difficilement l'à-peu-près.

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

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• The Assassin : beau et vain à la fois

Publié le par brouillons-de-culture.fr

• The Assassin : beau et vain à la fois

Confier à Hou Hsiao Hsien les commandes d'un film de sabre (wu xia pian en vo, chambara pour les Japonais) c'est un peu comme si Jean-Luc Godard était seul maître à bord d'un James Bond. Intrigant à priori, voire excitant pour les plus téméraires, mais pas nécessairement probant quant au résultat final.

• The Assassin : beau et vain à la fois

Car ne nous y trompons pas : si quelques cinéastes ont su lui donner des lettres de noblesse, le wu xia pian, à la base, à l'instar de son homologue le chambara, est un "mauvais genre", issu de la série B. Les faiblesses du budget, de la direction d'acteurs, du scénario y sont souvent compensées par une folle énergie et une inventivité visuelle et chorégraphique dignes d'éloges.

Semer dans une œuvre de distraction un soupçon de cérébralité n'est pas en soi une mauvaise idée. Tant en littérature qu'au cinéma, ce métissage a créé des chef-d'œuvres. Encore faut-il savoir faire preuve d'un sens viscéral du récit pour prendre l'action à bras le corps lorsque le moment est venu.

Hou Hsia Hsien s'est imposé dans la catégorie films plombants encensés par Télérama (entre autres "Millenium Mambo"). Cela suffit-il à en faire un digne héritier de Chang Cheh et de King Hu ? Visiblement, loin s'en faut.

• The Assassin : beau et vain à la fois

Des cinéastes relativement introspectifs comme Ang Lee (avec "Tigre et Dragon") ou Zhang Yimou ("Le secret des poignards volants" "Hero") avaient su conjuguer humilité (en respectant leur cahier des charges) et ambition (en ne reniant guère ce qui faisait la force de leurs œuvres précédentes). Hou Hsia Hsien réalise une sorte de film intello, dans lequel le wu xia pian n'est qu'un vague bruit de fond. De telle manière que ni les amateurs de l'un comme de l'autre n'y trouvent au final leur compte.

Une photo parfois sublime, avec une ouverture en noir et blanc éblouissante, une actrice charismatique (l'étonnante Shu Qi ) ne suffisent pas à sauver "The Assassin" du naufrage.

• The Assassin : beau et vain à la fois

Ça cause à n'en plus finir, comme dans le pire des films français, pour nous expliquer des enjeux que nous peinons pourtant bien souvent à comprendre. Cette logorrhée indigeste, que n'habillent même pas de brillantes répliques, et qui n'est interrompue que par de longs silences contemplatifs, pourrait être à la limite supportable si elle était agrémentée de scènes d'action virevoltante. Las ! Les scènes d'action, totalement elliptiques, sont brusquement interrompues pour des raisons énigmatiques.

Comme si l'auteur éprouvait quelque honte à condescendre à une chose aussi triviale : satisfaire l'amateur de wu xia pian.

• The Assassin : beau et vain à la fois

Les combats sont d'une telle brièveté que c'en serait presque comique, si le spectateur à ce stade n'était déjà plombé par un pesant ennui. Il y a dans "The Assassin" un côté hors-sujet qui, bien exploité, pourrait nous le rendre sympathique mais qui, en l’occurrence, s'apparente presque ici à de la malhonnêteté intellectuelle.

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

• The Assassin : beau et vain à la fois

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• Youth, un film en état de grâce

Publié le par brouillons-de-culture.fr

• Youth, un film en état de grâce

En perpétuelle expansion dans les années 70, le cercle des cinéastes italiens à succès s'est progressivement réduit comme peau de chagrin. Dans la dernière décennie, on compte sur les doigts d'une main les élus à y avoir pénétré. Encore plus rares dans ce top 5 ceux qui dépassent le statut de "one hit maker".

• Youth, un film en état de grâce

Tel est le cas de Paolo Sorrentino. Plutôt que de s'en éjouir, une bonne part de la critique française semble bien décidée à crier haro sur le baudet. Sorrentino divise la presse hexagonale, ce qui est plutôt bon signe, tant le consensus mou semble y être devenu une règle d'or journalistique.

• Youth, un film en état de grâce

"La grande belezza", au succès inattendu, avait déjà subi de telles attaques en règle."Youth", son nouveau film, n'y échappe guère, écopant même de vains procès d'intentions. Que Sorrentino soit ou non à la hauteur des modèles qu'il revendique me semble parfaitement anecdotique. On peut ne pas être Welles ou Fellini sans pour autant n'être rien. De fait "Youth" est probablement l'un des objets cinématographiques les plus excitants du moment. Parce qu'on y sent, d'un bout à l'autre, un cinéaste au travail. Une volonté. Un regard. Une vision. Qu'on la partage ou non n'est que question de point de vue.

• Youth, un film en état de grâce

En contrepied d'un certain cinéma hollywoodien trop souvent gangréné par le jeunisme, Sorrentino prend pour "héros" deux seniors charismatiques parvenus à l'heure du bilan. Lorsque les papys en question sont interprétés, incarnés par d'aussi prodigieux monstres sacrés qu'Harvey Keitel et Michael Caine, nous serions mal avisés de faire la fine bouche. Si le premier, cinéaste déterminé à boucler son film-testament, livre une magistrale performance d'acteur, le second compositeur post-moderne estimé dans le monde entier qui a volontairement renoncé à écrire, stupéfie par son jeu tout en finesse et en retenue et se révèle plus bouleversant que jamais.

Paolo Sorrentino transforme ce qui n'eût pu, au bout du compte être qu'une méditation esthétisante un peu vaine sur la vieillesse et la mort, en un véritable feu d'artifices émotionnel. On y parle de transmission, de la notion relative de "réussir sa vie", de la création, des passions dévoratrices qui oblitèrent une part du réel, d'amitié et de rendez-vous manqués. Dialogues vifs et brillants, qui contiennent de véritables pépites, dans cette comédie douce-amère qui conjugue brillamment lenteur et densité.

• Youth, un film en état de grâce

Il serait tentant d'évoquer le spectre des comédies seventies transalpines évoquées plus haut. Fantôme après lequel courent nombre de cinéastes, à l'instar de celui de Frank Capra. Mais, en dépit des apparences, Sorrentino n'a rien d'un nostalgique passéiste. Loin de laisser reposer le film sur un scénario sans temps mort et des acteurs en état de grâce, il a l'intelligence de le penser également en images ; Youth regorge d'idées visuelles étonnantes et abouties. Qu'elles soient purement esthétisantes (ces vieillards torses nus filmés comme un autre "Bal des sirènes") ou de l'ordre du slapstick (Michael Caine "orchestrant" le meuglement des vaches et le bruit de leurs clochettes).

• Youth, un film en état de grâce

À ce festin déjà copieux, le cinéaste ajoute quelques douceurs, sans jamais être indigeste. Comme ces rôles secondaires toujours éblouissants et toujours habités. Rachel Weiz est renversante et son "explication" sur une table de massage avec Michael Caine -son père dans le film- est un des moments forts du film. Quand à Paul Dano, qu'en dire, sinon qu'il est probablement l'un des plus grands acteurs de sa génération, d'une intensité presque dérangeante ?

• Youth, un film en état de grâce

En marge de ses rôles déjà consistants, de multiples apparitions crèvent l'écran, parfois le temps d'une scène. De ces enfants dont le rôle se révèlera crucial à Jane Fonda en guest-star magnétique. Film en constant équilibre et comme sur le fil du rasoir, qu'un rien pourrait faire chuter, "Youth" est littéralement porté par un cinéaste qui en rend chaque minute éblouissante.

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

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• Réalité : l'imagination au pouvoir

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Éternel trublion du septième art français, Quentin Dupieux accouche au forceps de films qui ne ressemblent à pratiquement rien de connu. C'est là leur atout et leur faille.
Car si sa force assurément réside dans sa différence, sa faiblesse réside dans une trop grande conscience de celle-ci, le poussant parfois à des cumuls indigestes.

 Quentin Dupieux - Photo : ŠZMIMI Photography / Festival du nouveau cinéma, 2014

Quentin Dupieux - Photo : ŠZMIMI Photography / Festival du nouveau cinéma, 2014

Cette réserve mise à part, j'échangerai sans hésiter quelques minutes d'un film du cinéaste contre l'intégralité d'une comédie bovine et décérébrée made in France. Parce que ces quelques minutes précieuses atteignent la quintessence d'un septième part affranchi des clivages entre genres.

• Réalité : l'imagination au pouvoir

"Réalité", le dernier opus du réalisateur, est probablement son plus "accessible" à ce jour. Moins "bordélique" qu'à l'ordinaire, Dupieux n'émaille pas son histoire d'une pléthore de digressions et saynètes bizarroïdes. Se refuse de taper sur tout ce qui bouge et de tourner le dos à la bienséance, au bon goût et au réalisme.

Un scénario bien huilé qui dérape à mi-chemin. Un peu à l'image de "Mulholland Drive", qui parait suivre une ligne droite jusqu'à ce que les cartes s'embrouillent.

• Réalité : l'imagination au pouvoir

Ses laudateurs souvent, ses détracteurs parfois, évoquent à propos de Quentin Dupieux, des "scènes à la Bunuel". Mais les points convergents avec les univers de Lynch semblent plus évidents.

Même si une double filiation s'impose encore davantage : Bertrand Blier et Jean-Pierre Mocky.
Du second, il possède un sens de la provoc et de l'humour grinçant particulièrement réjouissant. Du premier l'art de faire déraper le quotidien vers l'absurde.

• Réalité : l'imagination au pouvoir

Un univers dans lequel Alain Chabat trouve naturellement sa place.
Que ces deux-là n'aient pas fini par se rencontrer nous apparait, avec le recul, impensable.
Au départ, tout, à peu de choses près (un présentateur de cuisine déguisé en rat rongé par un eczéma imaginaire, un directeur d'école se travestissant en femme) semble logique, sensé, presque rationnel.
Du moins pour un film de l'auteur de "Rubber", "Wrong" ou "Wrong Cops".

Mais au fur et à mesure, tout se dédouble et s'emmêle.

• Réalité : l'imagination au pouvoir

Film dans le film, rêve dans le rêve ou réalité dans la réalité ; les frontières entre un film tourné, les rêves des personnages et les protagonistes de l'histoire s'abolissent. Moins stimulant que ses deux précédents, "Réalité" -en fait le nom d'une petite fille- comporte cependant de fabuleux dérapages plus ou moins contrôlés qui permettent de le recommander très chaudement.

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme
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• Pourquoi j'aime les films d'horreur

Publié le par brouillons-de-culture.fr

• Pourquoi j'aime les films d'horreur

Depuis l'âge le plus tendre, je voue une passion sans failles -mais non exclusive- envers les mauvais genres. Je ne puis me souvenir avec précision du titre de mon premier film ; le nom de mon premier "horror movie" est en revanche gravé dans ma mémoire. "Terreur sur le Shangaï Express" de Eugenio Martin.

Le mot "horreur", dont usent beaucoup de néophytes, recouvre en fait bien des sous-genres (Fantastique, Horreur, Epouvante, Thriller horrifique...) : j'en apprécie toutes les déclinaisons. Du plus subtil au plus badplaf, du plus raffiné au plus trash, du "Seigneur des anneaux" au gros gore qui tache, de "La féline" de Tourneur à "Hostel" ou "Saw".

• Pourquoi j'aime les films d'horreur

L'explication la plus courante m'a toujours semblé, sinon sujette à caution, du moins très incomplète pour qui vit de l'intérieur l'amour des pellicules déviantes. Certes, il va de soi que ce cinéma-là joue le rôle de catharsis. Qu'il exorcise notre propre violence par procuration. Qu'il agit de même avec nos angoisses primitives, celles de notre cerveau reptilien : peur de l'obscurité, de l'inconnu, de l'abandon, de la différence, etc. etc. Mais ce seul argument ne saurait suffire à expliquer quatre décennies de ferveur.

• Pourquoi j'aime les films d'horreur

Alors pourquoi me direz-vous? Parce qu'il stimule l'imaginaire? Entre autres. Mais encore?

En premier lieu pour l'audace. Parce qu'il est avant tout cinéma de l'excès et de la transgression, dont les artisans savent qu'ils ne seront jamais jaugés à l'aune du "grand" cinéma.

Le film d'horreur s'autorise souvent à s'attaquer à des sujets tabous, auxquels un réalisateur "classique" hésitera à se confronter. Et ce, même si la censure de son temps le lui permet. Ce qui n'est pas toujours le cas.

• Pourquoi j'aime les films d'horreur

Passant par des voies détournées, parce qu'il filme ce qu'on ne filme pas, "le mauvais genre" se permet d'évoquer ce que l'on cache. Guerre du Vietnam, manipulations génétiques, dangers du nucléaire et, à l'inverse, terrorisme écologique. Mais également sujets de société : cruauté du monde de l'enfance, racisme, ségrégation, violence au féminin, ambivalence des jeux de pouvoir, intégrisme religieux, inceste, construction chaotique du sentiment maternel, déshumanisation du monde du travail, paupérisation des classes moyennes… Tout ce qu'on voudrait dissimuler sous le tapis, il n'hésite guère à le mettre sur le devant de la scène, sous une forme non didactique. Godzilla évoquait en filigrane le drame d'Hiroshima. Ce que le cinéma "normal" ne pouvait faire à l'époque.

• Pourquoi j'aime les films d'horreur

Le cinéma "qui fait peur" a toujours une ou deux longueurs d'avance sur les films "normaux", pour traiter de sujets qui fâchent.

Les femmes violentes ont dû attendre le relativement récent "L'un contre l'autre" pour être traitées par le cinéma "officiel", mais dans l'underground du bis, nombre de cinéastes s'y sont attelés. De Cronenberg (dans Chromosome 3) à Clint Eastwood (comme réalisateur avec "Un frisson dans la nuit", comme acteur dans "Les proies" de Don Siegel). Sans oublier Rob Reiner avec "Misery" ; ni les films d'horreur japonais ou les giallo italiens des seventies, dans lesquels le monstre se conjugue parfois au féminin.

• Pourquoi j'aime les films d'horreur

Dans l'autre sens, bien avant que le cinéma classique ne souligne le traumatisme du viol, un sous-genre crapuleux, le rape and revenge, y puise sa raison d'être. Franchissant sérieusement les limites du mauvais goût la plupart du temps, mais du moins ayant le mérite d'en parler.

• Pourquoi j'aime les films d'horreur

Parce que l'on n'exige et n'attend d'eux qu'une certaine efficacité, certains inventent, innovent, tant dans la manière de raconter que dans la manipulation des images. Ce n'est que lorsqu'ils quittent le mauvais genre, soit pour un cinéma "normal", soit pour une forme plus mainstream du cinéma fantastique qu'on daigne leur reconnaître des qualités de cinéaste, voire qu'on leur confère un statut d'auteur. Pourtant, Peter Jackson n'est pas moins réalisateur dans "Bad Taste" que dans "Le seigneur des anneaux", Cronenberg dans "Vidéodrome" que dans "Map of stars" ou "Les promesses de l'ombre", De Palma dans "Sœurs de sang" que dans 'Les incorructibles".

• Pourquoi j'aime les films d'horreur

Paradoxalement, si le stigmate du navet est rédhibitoire pour un film "classique", il n'en est pas toujours de même en ce qui concerne les films d'horreur. Bien sûr, il en est de navrants, d'inexcusables, totalement indéfendables. Mais également d'attachants. Aux dialogues, aux situations si décalés qu'ils frôlent le burlesque. Aux trucages et aux décors tellement "à côté de la plaque" qu'ils provoquent l'hilarité. Ou si bricolos qu'ils en acquièrent un certain charme. On trouve dans certains ratages sans appel de petites perles qui à elles seules pourraient justifier leur vision. Dans le dialogue ou dans l'image. Ainsi, je me souviens d'un somptueux "Moi j'ai regardé Dieu en face. Et vous savez quoi ? Il a baissé les yeux". Le film, lui, est parfaitement oubliable, d'ailleurs je n'en sais plus le titre.

Dans tous les films de Jean Rollin, qui fut un grand obsédé des vampires made in France, et ce, même dans les moins recommandables d'entre eux, il y a toujours quelques instants magiques.

• Pourquoi j'aime les films d'horreur

D'autant plus estimable que là où les les cinéastes tous publics se livrent à une sorte de surenchère en termes de durée (même Woody Allen ne sait plus faire court, c'est dire …) , le cinéma de genre garde une certaine décence. Les films de deux heures et plus y sont rares. Bien des maudits du septième art franchissent de peu la barre des 1h30. La plupart restent en deça. Si bien que même un mauvais film y prend peu de votre temps de vie. Ce qui est, avouons-le, un atour non négligeable.

• Pourquoi j'aime les films d'horreur

Enfin, délestés de l'obligation d'un happy end qui sonne trop souvent faux, les bad boys et bad girls du septième art peuvent s'offrir le luxe d'une alternative que le cinéma sain et bien portant s'autorise trop rarement.
Le "héros" ne gagne pas nécessairement à la fin. Le méchant n'y meurt pas obligatoirement. Le bon n'est pas toujours un type recommandable.
Bref, les possibilités sont quasi-infinies et l'élément de surprise est intact.

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

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• White God : l'apesanteur et la grâce

Publié le par brouillons-de-culture.fr

• White God : l'apesanteur et la grâce

"White God", de Kornél Mundruczó, est de ces films qui vous cueillent par surprise et emportent immédiatement l'adhésion. Un pitch intrigant, une bande annonce estomaquante, magnifiquement filmée: il n'en faut quelquefois pas davantage pour se rendre séance tenante à un film dont on ignore tout. C'est à vrai dire un miracle qu'un tel film ait pu trouver le chemin des salles obscures, sa vraie place. Acteurs et cinéaste inconnus du profane. Origine géographique : Hongrie. Si le cinéma hongrois eut son heure de gloire, elle n'est plus aujourd'hui qu'un lointain souvenir. Rien néanmoins ne parvient à brider notre désir de spectateur. Pourquoi ? Tel n'est pas le moindre des mystères de cette œuvre en apesanteur.

"White God" trace un canevas complexe dont chaque motif est à sa juste place, dans une structure où le moindre détail possède son importance. A commencer par ce surprenant pré-générique, qui annonce le basculement du film, aux deux tiers, vers le fantastique. Le cinéaste possède un sens du tempo idéal, alternant sans cesse les rythmes sans jamais se perdre ou nous perdre. Chaque scène semble jouir du sien propre. Kornél Mundruczó se révèle par ailleurs aussi à l'aise dans l'art de la nuance que dans l'élaboration d'une scène choc.
S'il n'use de la violence graphique que lorsqu'elle s'avère nécessaire à la pertinence du propos, il sait alors s'y confronter sans faux-semblants ni voyeurisme.

• White God : l'apesanteur et la grâce

La même démarche préside à l'émotion : refusant les effets faciles des tire-larmes hollywoodiens, le réalisateur ne s'encombre pourtant d'aucune pudeur mal placée quand il s'agit de montrer les personnages à nu, dans leur fragile et trouble humanité. Une empathie formelle qui nous fait tour à tout épouser le regard de chacun des protagonistes - qu'ils fussent humains ou canins- sans pourtant jamais surligner au crayon gras sa compassion envers eux.

• White God : l'apesanteur et la grâce

Tout commence par une trinité pour le moins inattendue. La mère va vivre aux antipodes ; le temps de s'installer, elle confie sa pré-ado de fille à son père. L'enfant amènera un hôte inattendu : son chien, dont la présence s'avère vite importune à son géniteur.
Pendant que son ex grimpait un à un les échelons sociaux, le père n'a cessé de les descendre. Même si la raison nous en demeurera inconnue, cette blessure, cette faille, affleure à vif à chaque instant. De prime abord, ce personnage suscite notre antipathie. Ne rabroue-t-il pas sa fille pour des riens ? Ne cherche-t-il pas à tous prix à se débarrasser de l'encombrant animal familier de sa progéniture ?
Rarement rapport entre père et fille aura semblé si justement et si précisément décrit. L'ex professeur déchu n'est pas le butor attendu. Juste un être sensible empêtré dans ses paradoxes et contradictions. Un père dépassé par une fille qui grandit et dont il ne possède pas le mode d'emploi. Si replié sur lui-même qu'il en a oublié les règles essentielles de la cohabitation, voire de la communication.

• White God : l'apesanteur et la grâce

"White God" suit en parallèle l'évolution de ces deux êtres fragiles en pleine mutation et du chien qui, abandonné, confronté à une série d'expériences traumatiques, se transforme progressivement en bête féroce.
Au fur et à mesure que le père et la fille s'apprivoisent et gagnent en humanité, l'animal perd tout lien avec le monde des hommes.
Bouleversant dans l'intime, flamboyant dans l'épique, Kornél Mundruczó est littéralement porté par des acteurs étonnants. De Zsófia Psotta (Lili, la fille) au droopyesque Sándor Zsótér (Daniel, le père), mais également toute une galerie de personnages secondaires qui, fusse l'espace d'une courte scène, possèdent une densité et une vérité rares.

• White God : l'apesanteur et la grâce

Ce qui surprend ici, c'est l'absence de toute gratuité ou redondance. Chaque élément est avant tout au service de l'histoire et de ses héros. Ainsi la direction photo ; elle ne sacrifie jamais la chair, la matière du récit et sa touchante humanité au plaisir de la belle image, et sait quand il le faut se faire discrète. Mais quand les aléas du scénario l'exigent, elle devient d'une beauté renversante, et rend certaines scènes inoubliables. "White God" n'est pas un grand film de SF ou un superbe film hongrois. C'est du grand cinéma tout court.

• White God : l'apesanteur et la grâce

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans sur grand écran

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• Maps to the stars : une leçon de ténèbres

Publié le par brouillons-de-culture.fr

• Maps to the stars : une leçon de ténèbres

Dans l'art complexe du conte cruel, David Cronenberg excelle. Métissage ébouriffant de Grimm, de Bukowski et de la tragédie grecque. Malédictions familiales, héros déchus, êtres condamnés par avance s'y télescopent en de violentes catharsis.

Une "tradition" que le cinéaste canadien a solidement contribué à établir, et dont il livre avec "Maps to the stars" une brillante démonstration, incorrecte et jubilatoire jusqu'à la dernière seconde.

• Maps to the stars : une leçon de ténèbres

D'une fluidité parfaite, sans un seul instant de trop, parcourue de sombres fulgurances et portée par une direction d'acteurs au cordeau, "Maps to the stars" s'offre pourtant le luxe de savoureux "private jokes". Cronenberg y cite dans un même élan ses inspirateurs et ses héritiers. Ceux dont l'œuvre n'aurait pu accéder à la lumière du jour si le réalisateur n'avait, depuis quelques décennies, joué les défricheurs acharnés avec ses dérangeants et déstabilisants opus.

Que ses personnages ayant perdu toute valeur morale ou éthique, déconnectés du sens de la réalité semblent sortis tout droit d'un roman de Bret Easton Ellis ne doit probablement rien au hasard. Pas davantage que de convoquer John Cusack, l'acteur des "Arnaqueurs" (inspiré du roman de Jim Thompson, maître du roman noir s'il en est) et, Mia Wasikowska vue récemment dans "Stoker" de Park Chan Wook.

• Maps to the stars : une leçon de ténèbres

Un peu comme si le maestro du noir venait donner une leçon de ténèbres à ses enfants illégitimes. Car le créateur de "American Psycho" comme le metteur en scène de "Old Boy" ont, qu'elle soit assumée ou non, consciente ou non, une dette envers le créateur de "Chromosome 3", de "Faux semblants" et de "Dead Zone".

Il serait simpliste de réduire "Maps to the stars" à une charge contre Hollywood Babylone, et de pleurer la transformation d'un cinéaste subversif en nouveau père la morale. Un pas que certains critiques n'ont guère hésité à franchir. La mecque du septième art est avant tout le lieu à partir duquel peuvent prendre corps toutes les métaphores cronenbergiennes. 

Quel endroit mieux que le terreau de toutes les illusions et le tombeau des rêves brisés serait plus apte à incarner notre perte de la notion même de réalité ? La désincarnation des sens et de la sensibilité ? Un espace où l'on s'habitue tant à truquer les émotions qu'on peine à reconnaître quelles sont nos sensations réelles.

• Maps to the stars : une leçon de ténèbres
• Maps to the stars : une leçon de ténèbres

Une partition sans fausse note, portée par des interprètes dont Cronenberg a su extraire la substantifique moëlle. Julianne Moore, que l'on a rarement vue aussi investie, aussi habitée par son personnage. Exposée, vulnérable, terrifiante, renversante d'un bout à l'autre.

Mia Wasikowska, aussi scotchante, voire davantage que dans "Stoker". Elle est la briseuse de miroirs, l'arracheuse de masques qui révèle chacun à sa vraie nature. Elle évoque tout à la fois la douceur et le danger ; inspire la peur et la compassion.

• Maps to the stars : une leçon de ténèbres

Ex-enfant star et pré-ado odieux, le personnage incarné par Evan Bird arrive aussi à nous toucher quand il se révèle nu et écorché, perdu sans le moindre point de repère. Le jeune acteur se montre tout à fait exceptionnel dans ce rôle.

Sans être déshonorante, loin s'en faut, la prestation de Robert Pattinson pâtit quelque peu de la présence de tels monstres de cinéma.

Cru, choquant, déstabilisant "Map to the stars" est un Cronenberg grande cuvée, un miroir noir qui capte avec panache les replis les plus tortueux de nos modernes errances.

Pascal Perrot, texte
Gracia-Bejjani Perrot, graphisme

 

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• Le vent se lève : un dessin animé irresponsable et glauque

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Hayao_Miyazaki.jpgDire du mal des films d'animation japonais en général et de Hayao Miyazaki en particulier n'est pas particulièrement "tendance". Aussi que l'on s'apprête, dans les lignes qui suivent, à un double blasphème. Bien que plastiquement superbe, "Le vent se lève" est formellement ennuyeux, moralement indéfendable, qui plus est plombé par les tics d'une bonne part des dessins animés du Pays du Soleil Levant.

Commençons par le plus véniel des péchés miyazakiens : son désespérant conformisme aux codes de son pays en matière de film animé. Yeux en forme de boule de pétanque, animés d'une expression toutes les demi-heures, personnages statiques aux mouvements saccadés, le-vent-se-leve-affiche-du-dernier-hayao-miyazaki2.jpgabsence totale de relief et de perspective dans bien des plans. Désolé, mais ça me fige l'action et m'empêche de rentrer totalement dans les personnages. Comme l'impression de me trouver dans un dessin animé "suédé", bricolé avec les moyens du bord. Un comble quand on sait ceux dont disposent les studios Ghibli. Les laudateurs me parleront d'un style, d'une marque de fabrique. Mais pourquoi ce que l'on supporterait mal dans une animation française devrait-il être louangé ailleurs ?

Que le réalisateur ait choisi, pour ce qu'il annonce être son ultime long métrage animé, un sujet adulte et, plus audacieux encore, une biopic, avait à priori de quoi susciter l'intérêt. Encore faut-il avoir les épaules pour cela. Ne change pas de genre qui veut. Un héros myope qui, faute de pouvoir piloter, devient ingénieur en aéronautique, parrainé dans ses rêves le-vent-se-leve-affiche-du-dernier-hayao-miyazaki-affiche.jpgpar un génie de l'aviation enthousiaste et bonhomme (normal, il est Italien…) jusqu'ici ça passe à peu près… Mais ça ne va pas tarder à devenir indigeste, voire carrément insupportable. Nous n'aurons pas à attendre longtemps.

Faire pénétrer les non initiés, voire les hermétiques à la chose, dans le monde fascinant des avions n'est pas une tâche aisée. Hawks ou Spielberg y étaient parvenus. Miyazaki y échoue douloureusement. Ah ces discours techniques interminables ad nauseum !

Bien sûr, le dit héros est pris dans la spirale de la seconde guerre mondiale ; lui qui ne rêve que de "concevoir de beaux avions" doit mettre au point des bombardiers performants, ce dont il s'acquitte avec maestria. Les autres personnages ont beau nous répéter toutes les quinze répliques que "c'est un homme bien", à priori cela ne l'empêche pas vraiment de dormir.

De la même manière, tous les sujets gênants sont effleurés, puis évacués : Hitler et le nazisme, le soutien du Japon au Troisième Reich sont résumés en deux plans et deux répliques. Le héros poursuivi, pour des raisons obscures le-vent-se-leve-affiche-du-dernier-hayao-miyazaki-1.jpgpar la police secrète : à peine évoqué le sujet est sitôt passé à la trappe.

L'auteur a beau vouloir rassurer sur ses intentions en faisant citer à ses personnages des vers de Paul Valéry ( "le vent se lève, il faut tenter de vivre") ou évoquer "La montagne magique" de Thomas Mann, la pilule a bien du mal à passer. Et quand on se renseigne un peu, elle est carrément amère.

Jiro Horikoshi, un homme bien ? Vraiment ? Est-ce le terme adéquat pour l'homme qui créa les "chasseurs zéro" de sinistre mémoire. Hé oui, il s'agit bien des avions à l'origine du désastre de Pearl Harbour, qui furent utilisés par les kamikazes (dans le film, Jiro déplore qu'ils aient été tous détruits) qui rendit ses bombardiers plus légers en sacrifiant les normes de sécurité des pilotes. Après la guerre, on ne lui doit la conception que d'un seul avion de ligne (ce qui, selon Mizayaki serait son rêve).

Giovanni Baptista Caproni, le gentil mentor onirique à la belle faconde ? Une ignoble canaille qui fut le chef de l'aviation mussolinienne, inquiété après 45 pour sa participation active au régime. Une victime des circonstances ? Que nenni ! le-vent-se-leve-affiche-du-dernier-hayao-miyazaki3.jpgL'homme s'inscrit dès 26 au parti du Duce. Un fasciste à priori convaincu donc.

Faire de ces deux hommes-là de purs et doux rêveurs pris dans l'engrenage de la guerre est déjà carrément glauque. Y ajouter une love story mélo façon dame aux camélias, tirée elle d'un roman autobiographique de Hori Tatsuo, histoire de faire pleurer dans les chaumières et de bien enfoncer le clou que notre "héros" est un "homme bon" est totalement irresponsable. Vouloir jouer de ses propres ambivalences (Miyazaki est un pacifiste convaincu, pourtant fasciné par les armes de la seconde guerre mondiale) à travers un film "innocent" (ou prétendu tel) est un exercice périlleux et le cinéaste ne s'en tire pas avec les honneurs.

 

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

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