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• Walking Dead : une série bd à réveiller les morts…

Publié le par brouillons-de-culture.fr

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Même précédée d'un buzz invraisemblable, j'avoue que la publication française de "Walking Dead" m'avait laissé de marbre. Une série BD sur les zombies, cela ne titillait pas outre-mesure ma curiosité. Au cinéma, les grands et petits maîtres avaient fait plus ou moins le tour de la question, et les faiseurs de séries B et Z s'étaient partagés les restes. Si les morts vivants du neuvième art n'avaient, à ma connaissance, ni leur Romero, ni même leur Fulci, leur destin n'y était pas pour autant déshonorant, et des EC Comics à Creepy, nombre de revues spécialisées avaient rendu hommage au thème. "Walking Dead", un pétard mouillé de plus ?

Pourtant, au fur et à mesure que les albums s'égrenaient, la rumeur et l'éloge, loin de s'éteindre, ne faisaient que croître. Le moins troublant de l'affaire n'était pas qu'un tel concert laudatif émanait tant d'aficionados du genre que de personnes qui y étaient walking-dead-1.jpghostiles ; il existe un fantastique "light", que les vrais amateurs fuient comme la peste, qui ne s'adresse qu'à ce public-là. Mais voir les deux réconciliés, voilà qui était inédit. Je me décidai donc à approcher de plus près le phénomène et, nom d'un phylactère, j'ai marché, j'ai couru, voire même haleté. A tel point qu'à l'instar d'une multitude de fans à travers le monde, plus d'une dizaine d'épisodes plus tard, mon intérêt n'a pas faibli. Pire encore, il s'est amplifié.

Walking_dead_2.jpgLe plus étrange : a priori, "Walking Dead" ne propose rien de vraiment nouveau, tout en proposant une œuvre radicalement différente. Chacune de ses thématiques est empruntée aux meilleurs films de morts vivants des trente dernières années, ceux qui mettent l'accent sur l'élément humain. De "Zombie" de Georges Romero à "28 jours plus tard" de Danny Boyle.

walking-dead-5.jpgA ce dernier, il emprunte l'argument de départ du premier tome : après un long coma, un homme se réveille dans un hôpital envahi de zombies. La ville elle-même est déserte. Rick, autrefois flic, met le cap sur Atlanta, à la recherche de son épouse, Lori. Il la découvrira, au sein d'un groupe de survivants. Un clan dont son ancien collègue Shane a pris plus ou moins la tête. Ce dernier n'est guère ravi de la "résurrection" de Rick ; depuis toujours amoureux de Lori. La disparition de l'époux lui avait laissé le champ libre pour initier une idylle que ce retour inopiné interrompt net.

walking-dead-michonne.jpgIl est inutile de chercher l'originalité au travers des péripéties traversées par Rick et le groupe de survivants. L'errance, la recherche d'un lieu sûr, les amours, les conflits… pas davantage que dans celles des individus qui viennent à croiser leur chemin : militaires tyranniques ou déboussolés, idéalistes persuadés d'une possible cohabitation pacifiste entre humains et morts vivants… L'initié connaît la musique. Il a déjà vu cela ailleurs. Mais il ne l'a jamais vu de cette manière. Walking Dead ne se contente pas d'une simple variation, fut-elle brillante, sur une mélodie connue par cœur. Chaque thématique reprise est enrichie, approfondie.

Robert-Kirkman.jpgRobert Kirkman, le scénariste, a compris que le neuvième art lui offrait ce que nul cinéaste ne pouvait posséder : le luxe du temps. L'idée de génie de la série : suivre ses héros sur le long cours, observer leur évolution et ne pas les cantonner à un moment x de l'histoire. Pas un de ses nombreux protagonistes n'est ainsi laissé de côté. Chacun d'entre eux possède une remarquable densité émotionnelle.

Priorité est donnée à l'humain, pour le meilleur et pour le pire. Comment réagirions-nous, non seulement à des situations extrêmes, mais également si tout notre système de références et de normes sociales venait soudain à disparaître ? Sans les limites imposés par la société et la civilisation, retournerions-nous vers la barbarie ? Où tenterions-nous, au contraire, de nous comporter comme des êtres humains ? Vous voilà prévenus : sous un aspect ludique, "Walking Dead' aborde des questions graves.

WalkingDead9a.jpgCe ne sont d'ailleurs pas les seules. Jusqu'où la violence de l'autre peut-elle justifier sa propre violence ? Comment peut grandir un enfant dans l'omniprésence de la mort ? Ou face à la démission affective d'un père ou d'une mère ? Au fil de ce récit fleuve, dont nous ne sommes, je l'espère, pas proches de voir la fin, des liaisons se nouent, des personnages auxquels on s'était attachés viennent à mourir. De nouveaux surgissent au gré des rencontres, certains particulièrement malfaisants (comme le Gouverneur), d'autres sérieusement perturbés (comme Michonne), d'autres encore attachants de prime abord (comme Tyreese).

Walking-dead-3.jpgCertains qui nous apparaissaient sympathiques au départ viennent à nous révulser par leurs actes. Ou l'inverse. Des personnalités en retrait gagnent en charisme d'un épisode à l'autre. Rick lui-même effectue des choix de plus en plus contestables et contestés. Physiquement et mentalement, il est atteint dans son intégrité. Rien n'est fixé dans le marbre et c'est ce qui fait la force de la série. La ligne entre le Bien et le Mal est ténue, et peut-être franchie dans les deux sens.

Fait extraordinaire : chaque épisode est meilleur que le précédent, gagnant aussi bien en épaisseur qu'en termes de rythme et de fluidité.

Charlie-Adlard.jpegSi certaines actions sont cruelles, "Walking Dead", joue la carte de la suggestion, davantage que celle de l'horreur graphique. Une charte respectée par Charlie Adlard comme par son prédécesseur Tony Moore, auquel il succéda dès le deuxième épisode. Choix judicieux, car, autant le dessin du premier tome apparaît comme son point faible, certains personnages étant parfois méconnaissables en plan éloigné, autant celui de Charlie Adlard est en parfaite symbiose avec l'écriture de Robert Kirkman. Certains noirs et blancs sublimes ne sont pas sans évoquer l'immense Bernie Wrightson.

A présent déclinée en série télévisée (laquelle divise les fans de première heure) sur le câble, "Walking Dead" poursuit son épopée bédéphile en toute indépendance. A ce jour, onze tomes sont parus en France.

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans avec ou sans bulles

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