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24 articles avec sur grand ecran

• La merditude des choses

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Van-Groeningen.JPGQuand on songe au cinéma belge, on pense essentiellement aux metteurs en scène wallons, autrement dit de langue française. Des réalisateurs de l'envergure de Jaco Van Dormael (Le huitième jour). De Martin Provost (Séraphine). De Benoît Mariage (Les convoyeurs attendent). De Bouli Lanners (Eldorado). Ou pour les plus aventureux de Jan Bucquoy (La vie sexuelle des Belges).

 

Surprise ! La dernière grosse claque en date qui nous vienne du plat pays est, pour une fois, flamande. Imaginez "La vie est un long fleuve tranquille" en moins manichéen. Ou "Affreux sales et méchants" en plus tendre. Et vous n'aurez encore qu'une vague idée de l'expérience unique que vous vous préparez à vivre.

 

L'anti-héros de "La merditude des choses" (MK2 vidéo) est écrivain. Il vit de petits boulots aux côtés de sa compagne. Quand celle-ci lui annonce sa grossesse, et son désir de garder le bébé, son rejet est radical. Ou elle avorte ou il la quitte. Car pour lui, hors de question d'être père. "Les deux femmes que je hais le plus au monde : celle qui m'a donné le jour, et celle qui s'apprête à mettre au monde mon enfant".

 

Mais très vite, en flash-back, surgit le contrepoint  : l'enfance de l'écrivain, mélange de noirceur et de chaleur humaine. De coutumes aberrantes et de solidarité dans l'épreuve. merditude 4

Sa mère, après le divorce, ne le regarde même pas quand elle le croise, englobant le père et l'enfant dans un même rejet. Un même mépris. Le paternel et ses frangins : tous sans emploi. Tous alcooliques. Tous réfugiés chez une grand-mère "au cœur plus grand que sa pension" et qui entretient ce beau monde. Épiques, épicuriens, débraillés, intenables, ces adultes bancaux et hippisants forment une famille unie. Et l'enfant les observe avec un mélange de fierté et de honte.

 

Sordides et pathétiques, capables d'instants sublimes, intolérables et magnifiques, aimants mais irresponsables. Félix Van Groeningen n'hésite pas à nous montrer ses personnages sous toutes leurs facettes. Y compris les moins reluisantes. Il n'y a pas de héros. Rien que des êtres humains fragiles. En même temps sensibles et odieux.

 

En cela, le cinéaste s'éloigne tout à la fois de la tendance d'un certain cinéma américain (en gros le Bon et le Méchant), mais aussi d'une tradition française de l'alcoolique bon enfant, joyeusement extravagant (voir "Un singe en hiver).

 

merditude--2-.jpegL'humour, à l'instar des émotions, couvre dans "La merditude des choses" un spectre extrêmement large. Du rire héneaurme, rabelaisien (la course de vélos nus, le concours du plus gros buveur) aux plus subtiles notations  sur la nature humaine (la scène formidable avec l'huissier). Et dans l'observation la plus fine comme dans la pantalonnade féroce, Félix Van Groeningen se donne pleinement, généreusement.

 

MERDITUDE-DES-CHOSES_1.JpegOui, il existe entre le père et son futur écrivain de fils un véritable lien d'amour filial. Cela n'empêchera pas le premier de rouer de coups le second un soir où il a trop bu.

Non, le lien fraternel, décliné en amitié virile, n'est pas un vain mot pour le clan. Mais lorsque, pour récupérer son fils, le père suit une cure de désintoxication, ses frères l'inciteront à replonger.

 

merditude3

 

Dans les années 70-80, les cinéastes italiens s'étaient faits une spécialité de l'humour féroce, passant en quelques secondes du rire à la tragédie. Et inversement. C'est désormais en Belgique que ça se passe. Ça va finir par se savoir chez les veaux !

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Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans sur grand écran

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• "Dans ses yeux" : en plein cœur !

Publié le par brouillons-de-culture.fr

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Clamer les nobles sentiments à grands renforts de redondances lacrymales constitue, à n'en pas douter, la marque de fabrique d'un certain cinéma. Cependant, je me garde bien de juger, ou de me voiler la face : lorsque c'est bien fait, je marche. Voire même, avouons-le, j'aime.

 

dans-ses-yeux-2010-19834-97493554.jpgLa lassitude ne vient donc pas de l'existence de ce type de produits manufacturés, mais bel et bien de leur surabondance. Aussi advient-il que j'aspire à autre chose. Autrement. Quelque chose qui me rappelle que le cinéma n'est pas qu'une usine à rêves, mais également un art et un artisanat, où l'émotion s'articule sans pathos ni effets de manches, où les grandes idées ne sont pas surlignées au stabilo boss. Intelligent sans être pour autant exclusivement cérébral.

 

campanella-jacques-audiard-film-etranger-oscars-dans-ses-ye.jpg

"Dans ses yeux", succès public aussi inattendu que celui de "La vie des autres" (également Oscar du meilleur film étranger), nous réapprend le sens du mot pudeur. Sourires en demi-teintes et gestes suspendus. Images qui suggèrent bien plus qu'elles ne disent. Où l'amour, la douleur, restent dans les coulisses et paradoxalement demeurent omniprésents. Où les mots que l'on n'ose pas, ont autant d'importance que ceux que l'on prononce. Où le langage du corps dit autant que le verbe.

 

Un film intense et beau, qui n'impose jamais ses points de vue et vous déchire le cœur, par petites touches. Avec une douceur terrible. Un film où l'on rit beaucoup, quelquefois même au cœur du drame. Où les grandes tragédies sont souvent situées hors-champ, mais dont l'empreinte demeure, en transparence, lisible dans chaque geste, dans chaque visage marqué, dans chaque regard fuyant ou tourné sur lui-même.

 

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Tout commence par une image presque floue, comme le sont certains souvenirs, celle d'un couple qui se quitte sur le quai d'une gare. Une voix off rythme la scène. C'est celle d'un écrivain -ou du moins le croit-on- visiblement fatigué, qui déchire la page. Recommence. Et les images de ces débuts successifs, chaque fois mis au panier, défilent sous nos yeux étonnés.

 

Rien pourtant ici n'est gratuit. Nous sommes à mille lieues d'un cinéma purement expérimental, en dépit de cet audacieux départ. Les images reviendront, plus tard, et s'intègreront au corps du récit. Elles parlent d'amour perdu, d'amitié brisée et de la difficulté de survivre… Et ce sont là quelques uns des sujets récurrents du film, qui les entremêle avec dextérité, en un poignant écheveau.

 

19015819_ex3_vost.jpgL'homme du début (fabuleux Ricardo Darin) est un juriste à la retraite. Il désire écrire un roman sur une vieille affaire oubliée, qui visiblement l'a marqué. Une histoire qui date de vingt ans. Une jeune femme violée et assassinée. Pourquoi une telle obsession ? Nous le découvrons au fur et à mesure. Pourtant les réponses ne sont jamais simples, et le "héros", pas davantage que le spectateur, ne les possède toutes.

 

D'autant que "Dans ses yeux" s'attache à multiplier les fausses-pistes. Non tant, et c'est ce qui fait sa force, dans le suspense policier qui semble constituer l'axe du film pendant une partie d'icelui, que sur la vraie nature de l'œuvre. Poupée gigogne qui n'en finit pas de révéler sa vraie richesse.

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Le thème principal, le nœud de l'histoire est-il la vengeance ? L'amour que l'on n'ose dire ? Le temps qui nous vide de nos illusions ? Les paradoxes de l'amitié ? La résistance à l'oppression ? La mémoire ? Les choix douloureux pour lesquels il nous faut parfois opter ? Rien de tout cela en fait, mais bien tout cela à la fois.

C'est pourquoi chaque fois que nous croyons avoir compris de quoi il retournait, le cinéaste dévie notre regard dans une autre direction, tout en conservant à son œuvre une parfaite homogénéité.

 

Il parle aussi de ce qu'il ne dit pas, de ce qu'il ne nous montre pas. Pourtant présent sur l'écran, au détour d'un dialogue ou d'un regard, dans la texture charnelle des personnages. La terrible dictature des Peron ? On ne l'évoque que discrètement. Elle se ressent dans le cours de l'histoire, dans son influence sur chaque protagoniste.

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Justice sens dessus-dessous, personnages intègres traqués et contraints à l'exile. De sa supérieure hiérarchique, dont  le héros est follement amoureux, on soupçonne d'éventuelles compromissions à certains regards en retrait, à de furtives dérobades et hésitations.

 

Il convient d'ailleurs de saluer chapeau bas chacun des acteurs et actrices de ce film. Car la subtilité ne saurait prendre place qu'avec des comédiens hors-pair, capables d'exprimer et de faire ressentir l'amour caché, l'effondrement, la profonde amitié d'un simple frémissement du corps.

 

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Parce qu'un film n'est pas un tribunal, que la limite est floue entre "bons" et "méchants". Et lorsque les anciennes victimes deviennent à leur tour bourreaux, le héros se garde de les  juger,  même lorsqu'il n'approuve pas leurs actes. Tout simplement parce qu'il ne possède pas de meilleure réponse.

 

Si le final du film, qui ne résout pas tout, nous laisse stupéfaits et la gorge serrée, c'est parce qu'il dévoile ce que nous soupçonnions sans trop oser y croire : par dessus tout et avant tout, "Dans ses yeux" est un très grand film d'amour. Tout en finesse, en pudeur.

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

 

 

Oscar Meilleur Film Etranger 2010 

Sortie : 05/05/2010
Hispano-argentin / Drame / 2h09min
Réalisation : Juan José Campanella
Avec : Mario Alarcon, Alejandro Abelenda
, Ricardo Darin, Soledad Villamil, Pablo Rago, Javier Godino, Guillermo Francella, José Luis Gioia, Carla Quevedo, Rudy Romano  

Publié dans sur grand écran

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• Avatar, un autre cinéma

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Avatar-Affiche.jpgJe n'aurais jamais imaginé inaugurer le blog avec un film comme Avatar. Mais s'agira-t-il d'Avatar ? Pourquoi rajouter de la parole à tous ces commentaires et critiques qui ont déferlé depuis sa sortie ? Au film, je privilégierai l'ambiance, cet "autour" qui, à mon sens, fait partie du film. Le recréé, par le vécu à chaque fois singulier. 

J'ai vu Avatar à sa sortie. Au Liban.

Qui n'a jamais été au cinéma au Liban, pourrait penser que je force le trait. Le tableau ? En voici quelque esquisse :

- Pop corn (en France aussi me diriez-vous, mais avec plus de retenue).

- Appel de l'allée vers la salle : "Layla, Layla : tu es où ?" Et Layla de se lever au milieu d'une rangée et de répondre à pleine voix : "Là ! Là ! Tu me vois ?" Assez haut pour que son ami puisse la rejoindre, non sans écraser les pieds des autres spectateurs, pour qui la chose semble des plus naturelles.

- Commentaires à voix haute tout le long du film.

- Rires. Interpellations. Huées...

Non, ce n'est pas une caricature, parole de Libanaise ! Faut voir : comme pour un film, ça ne se raconte pas !

Plus jeune, ce climat ne me gênait pas, je n'avais pas d'autre expérience d'une salle de cinéma. Pour moi, au cinéma, comme dans la rue : la même animation, la même véhémence. Ce n'est qu'après mon installation en France que je me suis mise à regarder les films autrement. Dans un silence d'église. Chut !! Respect !!!

Depuis, je peine à regarder une toile au Liban. Depuis, je panique à l'idée d'accompagner des Libanais au cinéma à Paris. Comment leur imposer les codes d'ici ? Comment réagir aux réactions des autres spectateurs ? Coincée entre deux styles.

Avatar au Liban, un choix parfait ! Avec mes frères et leurs épouses. Qui le revoyaient une 2° fois pour nous le faire découvrir. La joie de mes frères, leurs sollicitations pendant le film... J'ai vite été prise par la jubilation propre à la spontanéité quasi naïve, au lâcher prise. Un arrière-goût d'enfance sans jugement. On reconnaît volontiers l'influence de l'humeur du moment sur notre impression, mais la compagnie ? le contexte ? Partie prenante également de cette lecture subjective.

Avatar1.jpgAvatar au Liban... et au cours du film, enfin le baiser ! Salve d'applaudissements de la salle ! Congratulations des personnages par des spectateurs en liesse ! Oui, j'en ai eu les larmes aux yeux. Grand moment d'émotion. Le clou de la soirée. Comme si les acteurs étaient avec nous dans la salle. Au Liban. Soutenus par notre enthousiasme. Une joie collective que je n'avais pas connue depuis longtemps.

Avatar au Liban. J'étais tout ouverture, sans défense. Sans les crocs de l'intelligence. Et j'ai marché. Très vite, je me suis déconnectée du réel, de mes références... pour être empoignée par un autre univers. Me laisser déplacer. Ailleurs.

Je n'ai pas vu les 3 heures passer, je n'ai pas senti l'inconfort des lunettes 3D, je n'ai pas eu de regard critique sur le scénario simplet, je n'ai pas été gênée par la morale manichéenne...

Je n'en garde que l'enchantement de ce moment unique où l'émotion suppléé à tout. Un film dans le film. Du spectacle vivant comme le cinéma en offre rarement.

Gracia Bejjani-Perrot

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• Révisionnismes

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il souffle en ce moment, dans le cinéma français, un curieux vent de révisionnisme.

L-autre-Dumas_fichefilm_imagesfilm.jpgalexandre-dumas.jpg

Il y a quelques semaines, "L'autre Dumas", dont le sujet -les rapports tumultueux entre Dumas et son "nègre" attitré- avait le mérite de l'originalité, voyait l'auteur des "Trois Mousquetaires" incarné par notre Depardieu national.

Indépendamment du talent de l'acteur, un semblable choix de casting surprend. Le grand Alexandre naquit de l'union légitime d'un général de l'armée napoléonienne et d'une esclave créole affranchie. Un tel mariage était rarissime à l'époque et le père du romancier était fier de son épouse, qu'il emmenait dans tous les salons parisiens.

Et oui ! Alexandre Dumas était un mulâtre de la plus belle eau ; ce dont les photos témoignent. Le métissage, sujet cher à ses yeux, est au centre du "Comte de Monte Cristo", puisque son héros, Edmond Dantès finit par épouser Hayde, esclave affranchie comme la mère de l'auteur. Hayde se trouve d'ailleurs réduite à une simple vignette dans la version télé adaptée de ce roman, où joue déjà un certain Gérard Depardieu... une beurette en prime time, ça ne semble pas passer.

De telles entorses à la véracité littéraire ou historique ne revêtiraient certes qu'une importance mineure si les acteurs issus des "minorités visibles" interprétaient des rôles destinés au départ à des acteurs "blancs de blancs". Mais en l'état actuel des choses, elles me semblent choquantes. Le système ne fonctionne que dans un sens.

la-comtesse-affiche-promo-delpy-375x500Autre incongruité : le "Bathory" de l'excellente Julie Delpy. Faire de la "comtesse rouge" une figure du féminisme, et montrer à travers elle qu'il était, au XVIème siècle, difficile d'exister en tant que femme quand on était intelligente et cultivée, relève à mon sens du foutage de gueule.

Pourquoi en ce cas ne pas faire un biopoc d'Adolphe Hitler pour montrer à quel point il peut être ardu de s'imposer quand on est peintre raté, petit et moche ?

n2543d6aOn parle quand même d'Erzsebeth Bathory ! D'un personnage réél qui a assassiné plus de 600 jeunes femmes. De quelq'un qui a créé "la vierge de fer". Cet instrument de supplice a été exposé jusque dans les années quarante au musée de Nuremberg, on en possède des photos. Il s'agit d'un coffre représentant une femme. Si l'arrière est creux, le devant est recouvert à l'intérieur de points acérées. La "comtesse rouge" et ses deux complices y installaient de jeunes demoiselles préalablement droguées. Puis en refermeraient le couvercle.

Faire de cette charmante femme une héroïne féministe est non seulement inepte, mais dangereux.

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans sur grand écran

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