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• Les métamorphoses de Jean-Pierre Como

Publié le par brouillons-de-culture.fr

• Les métamorphoses de Jean-Pierre Como

Jean-Pierre Como est l'un des rares artistes à pouvoir être tout à la fois expérimental et accessible, exigeant et populaire. Une musique sans cesse en mouvement, qui transcende et transgresse les frontières entre les genres, prenant un plaisir ludique à ne jamais être tout à fait là où on l'attend. L'art de Jean-Pierre Como prend les directions les plus inattendues. Permanent zapping stylistique où, paradoxalement domine un sentiment d'unité. Car quelle que soit la forme que revête le son, il porte incontestablement une griffe, reconnaissable entre toutes.

S'il s'aventurait dans le rock ou la techno, ses créations, pour notre plus grand bonheur, seraient encore estampillées Jean-Pierre Como, parfaitement identifiables, sans pour autant renier les règles propres aux voies empruntées. En les aménageant tout au plus.

• Les métamorphoses de Jean-Pierre Como

"Répertoire" remettait sur le devant de la scène l'interprète, dans une relecture inspirée des standards du jazz, ne laissant que peu de place au compositeur, à travers deux morceaux de toute beauté qui -ô miracle- sonnaient comme de futurs classiques. "Boléro" explorait les musiques latines et méditerranéennes. Une tonalité "so calliente" qui n'eussent point surpris chez un Caj Tadjer ou un Eddie Palmieri, mais qu'on n'attendait pas de la part de ce compositeur aux vertus caméléoniennes. C'est cette fois vers l'Italie que se tournent résolument les regards du compositeur, en y ajoutant une autre dimension, absente de ses précédents opus : la voix.

Le risque majeur d'une telle aventure : sombrer dans un folklore de pacotille, piège dans lequel se sont fourvoyés jadis bien des créateurs, tant dans le jazz que dans la musique classique. Les remarquables talents de mélodiste de Jean-Pierre Como déjouent habilement le piège où l'eût englué une surdose de sucre.

Beaucoup de jazzmen eurent recours aux sortilèges de la voix féminine. Jean-Pierre Como décide là encore de surprendre, en faisant appel à deux vocalistes masculins : Hugh Coltman et Walter Ricci.

• Les métamorphoses de Jean-Pierre Como

Le premier, par sa voix chaude et posée, impose d'office puissance et présence. Venu de la famille du blues-rock, il se glisse avec élégance et énergie dans l'univers comoien.

Ayant débuté sa jeune carrière en imitant les grands crooners, Walter Ricci n'évite pas toujours les travers de ceux-ci (entre autres une sur-romantisation et une sur-dramatisation). Ce n'est que sur le long cours qu'il se révèle, avec une belle évidence.

• Les métamorphoses de Jean-Pierre Como

Sa voix, haut perchée, parfois proche de la rupture, ne manque pas de charme, mais semble peiner à affirmer la personnalité d'une tessiture. Elle réserve pourtant bien des surprises. Lorsque le maestro la pousse dans ses ultimes retranchements, la transformant en pur instrument, comme jadis Luciano Berio avec Kathy Berberian, la magie opère sans la moindre restriction.

La participation des chanteurs ne se borne d'ailleurs pas à leur seule interprétation. Ils ont su poser leurs mots sur les notes sophistiquées de Jean-Pierre Como.

• Les métamorphoses de Jean-Pierre Como

Si le jazzman prend des libertés avec les codes des genres musicaux sur lesquels il a jeté son dévolu, il en va de même avec les règles qu'il s'est lui-même fixées. Ainsi de la belle échappée que constitue "Mandala forever" qui, sous ses airs de mélodie swinguante particulièrement tonique, n'en brasse pas moins, en un seul morceau, plusieurs styles de jazz qui rarement cohabitent.

Musicalement et créativement omniprésent dans "Express Europa", l'artiste est sur scène d'une humilité et d'une générosité, n'hésitant pas à s'effacer si besoin, pour mettre en avant ses partenaires musicaux. Qui outre ses deux chanteurs, comptent également les excellentissimes Stefano Di Battista et André Ceccarelli dans leurs rangs, pas moins.

Une formidable aventure musicale, qui prend tout son essor sur scène, mais dont la trace discographique laisse incontestablement sous le charme.


Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

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• Kuniyoshi, rebelle et fantasque

Publié le par brouillons-de-culture.fr

• Kuniyoshi, rebelle et fantasque

L'expo "Kuniyoshi, le démon de l'estampe" est un de ces chocs artistiques qui vous laissent, bien longtemps après sa vision, en état d'émerveillement chronique. Ce peintre du XIXème siècle, jamais exposé en France, est considéré comme une source d'inspiration incontournable par les mangakas. Il ne saurait pourtant être réduit à cela, tant son art polymorphe se joue des règles et des codes et se métamorphose au gré d'une œuvre prolifique.

• Kuniyoshi, rebelle et fantasque

Tout ce que l'œil occidental croit savoir de l'art du pays du Soleil Levant est ici remis en question. À commencer par la science des couleurs. Si la gamme chromatique d'artistes connus et appréciés ici (Hiroshige, Hosukai) se décline principalement dans des tonalités pastels, il n'en est rien chez Kuniyoshi, dont la plupart des tableaux font exploser la couleur, à en faire pâlir de jalousie le plus extrémiste des fauves. En France, l'artiste fut admiré par des personnalités aussi différentes que Rodin et Monet.

• Kuniyoshi, rebelle et fantasque

Ses sources d'inspiration sont à l'image d'une création protéiforme. Les scènes guerrières d'une intensité foudroyante, que n'eussent point renié les maîtres de l'heroic fantasy alternent sans coup férir avec des paysages lacustres d'une éclatante sérénité. Les caricatures où le grotesque est roi, voisinent avec le baroque flamboyant de ses scènes mythologiques. Il est à noter d'ailleurs que dans ses proportions comme dans son allure, chaque animal représenté devient un monstre de légende, qu'il fusse tigre, pieuvre ou poisson.

• Kuniyoshi, rebelle et fantasque

Le fantastique, chez Kuniyoshi, s'annonce rarement en tant que tel. Pourtant, le quotidien lui-même prend souvent, chez lui, des allures de pure fantasmagorie. Bien davantage encore que chez son compatriote Hosukai, qui n'a de commun avec lui que l'amour des animaux hors normes, flirtant délibérément avec la monstruosité.

• Kuniyoshi, rebelle et fantasque
• Kuniyoshi, rebelle et fantasque

Lorsque le gouvernement japonais interdit de représenter les acteurs et les geishas, Kuniyoshi contourne cet ukase en les peignant masqués ou avec des visages animaux. Affirmant ainsi son indépendance face à toute forme de pouvoir.

• Kuniyoshi, rebelle et fantasque

Tant dans l'élan du mouvement que dans la force des caractères, qui pourraient l'apparenter à l'expressionnisme, Kuniyoshi signe sa singularité. Il serait tentant de le comparer, à défaut de l'assimiler, à quelque artiste occidental susceptible d'appartenir à la même famille, mais la vérité est que l'artiste demeure unique, n'étant mesurable qu'à sa propre jauge. Derniers jours d'une expo à laquelle vous auriez tort de ne pas vous précipiter.


Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

• Kuniyoshi, rebelle et fantasque

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