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• Les grandes créatrices du jazz - chapitre 2 : Lil Hardin Armstrong, pianiste déchaînée

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Déployant avec brio un large éventail de talents, dotée d'une forte personnalité qui l'amena à faire bouger les lignes quant à la place des femmes dans le jazz, il n'a probablement manqué à Lil Hardin qu'une once de génie ou, à défaut, une griffe immédiatement identifiable pour s'inscrire durablement dans la postérité. En aucun cas, cependant, elle ne méritait le semi-oubli dans lequel elle est le plus souvent reléguée.

Il existe dans la peinture une catégorie médiane, celle dite des "petits maîtres" qui, sans égaler les géants de leur temps, ont parfois su créer des œuvres remarquables. Lil Hardin Armstrong, dans ses compositions, relèverait sans doute de cette catégorie. Dans laquelle pourraient d'ailleurs également prendre place nombre d'homologues masculins à la réputation pourtant plus solidement établie.

Dans les années 20, le jazz connaît peu la mixité. Lorsqu'un orchestre composé d'hommes faisait appel à une femme, celle-ci était nécessairement ou pianiste ou chanteuse. Seuls des orchestres exclusivement féminins emploient tous types d'instrumentistes, dont certaines se distingueront par l'excellence de leur jeu, sans que pour autant l'histoire jazzistique se crût tenue de les mettre à l'honneur.

Lil Hardin bouleversera singulièrement la donne, en dirigeant des orchestres masculins. Une configuration à l'époque audacieuse, qui sans pour autant se généraliser, ne gagne en fréquence que depuis deux décennies. On a beaucoup glosé sur son jeu pianistique, très inspiré nous dit-on du ragtime (ne fut-elle pas formée par l'inventeur de cette musique, qui précéda le jazz, Jerry Roll Morton en personne), et jouant un rôle essentiellement percussif. Une assertion que dément une écoute attentive ; au cours de sa longue carrière, le style hardinien a évolué, jusqu'à atteindre une belle fluidité mélodique. Lil Hardin chanteuse, quant à elle, fait montre d'un talent certain.

Alors qu'elle œuvre au sein de l'orchestre de King Oliver, un nouveau trompettiste débarque, dont elle pressent d'office le génie. Un certain Louis Armstrong. Dès lors, Lili se mettra quelque peu entre parenthèses, consacrant toute son énergie à le hisser vers les sommets.

Sa nouvelle activité de manager ne connait aucun répit, du relooking de Satchmo à l'organisation des séances de répétition et d'enregistrement des Hot Five, en passant par l'assise harmonique des morceaux. Elle participe en outre à l'aventure, non seulement en tant que pianiste, mais également comme compositrice. Plusieurs chansons d'Armstrong sont de son crû. Elle finit par épouser le grand homme, dont elle se séparera sept ans plus tard, lassée par ses perpétuelles infidélités, avant de divorcer.

La voici de nouveau accompagnatrice, puis soliste. Mais, pour des raisons obscures, elle se tourne successivement vers la création de vêtements, la restauration, puis l'enseignement, tout en continuant à créer et enregistrer de manière occasionnelle. Elle ne revient que tardivement sur le devant de la scène. C'est d'ailleurs devant son piano qu'elle décédera, à l'âge de 71 ans, laissant derrière elle une poignée de disque qu'il serait bon de remettre à l'honneur.

Pascal Perrot, texte.
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans polyphonies, hommages !

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