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• Fred Vargas, l'exception française

Publié le par brouillons-de-culture.fr

fred_vargas1.jpgSi l'on évoque parfois les "grandes dames du roman policier", il est rare que l'expression s'applique à un auteur français. Dans un monde quasi exclusivement masculin, Fred Vargas fait figure d'exception. Fort heureusement, là ne se limite pas sa spécificité. Car avec le commissaire Adamsberg, apparaît une figure résolument inédite dans le roman policier.

 

Jean-Baptiste parle lentement, réfléchit en marchant, se vargas livres 1contrefiche de son apparence physique et parvient souvent à la vérité par les chemins les plus tortueux. Il fascine tout autant qu'il exaspère, cet homme qui ne possède aucune mémoire des noms. Il fonctionne par intuitions, par associations d'idées. Inaccessible à nombre d'émotions humaines (la peur de mourir par exemple), il n'en éprouve pas moins une sorte d'amour, de compassion pour ses frères en détresse. Il déroute souvent ses interlocuteurs, mais sait aussi les amener, naturellement et sans forcer, sur la pente des confidences. 

 

Sa singularité-même le met en position de comprendre, sans les condamner, les lubies et fêlures de ses adversaires. Il ne met fin à leurs agissements que par pure nécessité. Personnage complexe, d'une grande richesse,  Adamsberg est un drôle de corps que l'auteur parvient à nous rendre familier.

 

Au même titre que sa famille de cœur : la troublante Camille, qui au fil des romans, apparaît et disparaît, formant avec le commissaire un couple d'amants paradoxaux, qui ne peuvent vivre ni ensemble ni séparés. Qui finissent par se retrouver et retrouver intacts leurs sentiments même après des années de distance.

 

Et puis l'impensable Danglard. Alcoolique invétéré et lecteur boulimique à l'immense culture. Doté, contrairement à son commissaire, d'une mémoire phénoménale. Une vertu qui n'a rien d'anecdotique, puisqu'elle sera régulièrement mise à contribution. Il est l'un des rares à pouvoir suivre les raisonnement labyrinthiques d'Adamsberg. Mais il ne se contente pas d'écouter les intuitions du "grand homme". Il lui arrive de les devancer.

vargas_livres-2.jpg

Si les romans de Fred Vargas s'aventurent souvent à la lisière du fantastique, et s'enrichissent de cet effleurement, ils ne franchissent jamais le point de non-retour. Celui où les forces occultes avaleraient la réalité. Mais s'en approchent dangereusement, jusqu'à sonder les gouffres de l'esprit humain.

 

un_lieu_incertain.jpgToutes ces qualités qui ont contribué au succès international de notre "grande dame" hexagonale sont portées à leur point d'incandescence dans "Un lieu incertain". Une histoire qui commence en Angleterre, pour se poursuivre sur notre territoire, trouver des ramifications en Serbie, où Adamsberg séjourne longuement. Pour se conclure en France.

 

Un congrès international des forces de police, à Londres. Des chaussures déposées devant le sinistre cimetière d'Highate, avec, à l'intérieur, les pieds de leurs propriétaires. Danglard qui croit y reconnaître des souliers appartenant à l'un de ses oncles. Un homme dispersé en mille morceaux près de Garches. Tels sont les ingrédients qui composent cet ouvrage détonant. Difficile d'en dire davantage sans déflorer les ressorts d'une histoire riche en rebondissements et en surprises.

 

Se sentant partout étranger, il n'est guère étonnant qu'Adamsberg trouve sa place dans un pays qui n'est pas le sien, en dépit de ses "bizarreries". "Un lieu incertain" assoit davantage encore l'identité de son héros, souvent ici mise à mal. Un flic qui interrompt tout pour aider la chatte d'un ami à accoucher n'est pas un être tout à fait ordinaire.

 

Les grandes envolées littéraires de l'auteur, ses réflexions souvent profondes sur les aléas de l'esprit humain sont autant fred_vargas2.jpgd'échos aux soubresauts mentaux du commissaire. Comme si les péripéties policières étaient la toile de fond d'une autre action, tout aussi mouvementée, à l'intérieur du cerveau des protagonistes. Dans les coins les plus malfamés de l'âme humaine.

 

Un grand livre, d'une matière si dense qu'il transcende son intrigue de départ qui, pour haletante qu'elle fût, n'en demeure pas moins un élément parmi d'autres d'un polar étrange et beau.

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia-Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans polar pour l'art

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• V pour Vendetta (et C pour Chef d'Œuvre)

Publié le par brouillons-de-culture.fr

 

V-pour-Vendetta.jpgIl y a les bandes dessinées que l'on aime. Et puis il y a "V pour Vendetta". Une de ces œuvres, tous genres confondus, qui s'ancrent profondément dans le subconscient et y opèrent quelquefois des mutations radicales.

 

Somptueuse uchronie qui bouleverse tous nos repères émotionnels, V emprunte tout autant aux romans feuilletons du début du XXème siècle qu'aux fictions schizophrènes d'un Philippe K.Dick. Pour nos lecteurs et lectrices non familiarisées au langage de la SF, tachons d'abord de définir ce qu'est l'uchronie. Il ne s'agit de rien de moins que de modifier l'histoire,  d'imaginer ce qu'il se passerait si les événements avaient pris telle tournure plutôt que telle autre. L'uchronie peut partir d'un fait historique précis. Ou non.

 

L'action se déroule donc à Londres, en un 1997 terrifiant. Une guerre mondiale a img369.jpgengendré de considérables bouleversements climatiques. Ceux-ci ont entraîné le chaos social, débouchant lui-même sur un retour du fascisme. Le vrai, version radicale. Dans des camps de concentration dont l'on fera plus tard disparaître toute trace, sont incarcérés pêle mêle noirs, asiatiques, communistes, homosexuels.

 

Le monde marche au pas de l'oie. La culture est mise sous le boisseau. Les disques de la Motown ou les livres de Shakespeare, sont proscrits, au même titre que tant d'autres. Partout, dans l'espace public comme dans l'espace privé, caméras vidéos et enregistreurs captent les moindres faits et gestes des citoyens. Qui proteste ou ne rentre pas dans les cases, s'expose à perdre la vie.

 

vforvendetta.jpgPourtant, un grain de sable vient gripper la machine… L'homme se fait appeler V, dissimule son visage derrière un masque de comedia dell'arte et semble disposer de capacités technologiques et physiques supérieures. La destruction de monuments ne l'effraie pas davantage que le meurtre pour parvenir à ses fins. Mais quelles sont au juste celles-ci ? Ne fait-il que poursuivre avec  grandiloquence une vengeance personnelle ? Veut-il mettre à bas le pouvoir fasciste en semant autour de lui le chaos ? À moins qu'il ne fût pas réellement sain d'esprit et n'agisse de manière incohérente ?

 

La réponse se trouve peut-être dans le sens réel de sa signature. Ce V est-il la première lettre de Vengeance ou de vendetta05.jpgVendetta ? Signifie-t-il, comme l'affirme le "héros" des initiales d'une citation faustienne -"Vi veri veniversum vivus vici", c'est à dire "par le pouvoir de la vérité, j'ai de mon vivant conquis l'univers"- ? Ou plus prosaïquement du chiffre V en caractères romains ? Le prisonnier n° 5 du camp de Larkhin, sur lequel furent menées d'abominables expériences scientifiques, et l'acronymique V sont-ils une seule et même personne ?

 

 

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Dans cette série, réunie en un seul volume de 250 pages aux éditions Delcourt, Alan Moore, le scénariste et David Lloyd, le dessinateur, accumulent les partis-pris risqués, pour ne pas dire purement et simplement kamikazes.

 

 

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Paraphraser l'Holocauste sans frôler un seul instant l'obscène, le pompeux ou le ridicule est en soi une gageure d'importance.

 

Ne jamais montrer ne fût-ce qu'un instant, le visage du protagoniste principal ; en faire un personnage ambivalent et parfois même franchement antipathique ; laisser sans cesse planer le doute sur son état mental… autant de difficultés supplémentaires qui auraient pu lester sérieusement l'histoire.

 

Mais les auteurs paraissent se rire des obstacles et relèvent un à un les défis qu'ils s'imposent pour livrer l'une des créations les plus radicalement novatrices de la dernière décennie. Le secret d'une telle réussite : des personnages forts et complexes, aux dimensions multiples.

 

planche-1_V.jpg

 

Le Commandeur, homme tout puissant, dont la vie affective est un désert. Finch, policier qui, au fur et à mesure qu'il progresse, doute du pouvoir qu'il incarne. Ou cette femme-médecin emplie de compassion envers son prochain qui fut autrefois, dans les camps, une redoutable tortionnaire au nom de la Science.

 

 

Et bien entendu Evey. Jeune fille de seize ans sauvée par V des griffes de policiers malintentionnés. Tout à la fois proche et lointaine. Comprenant l'homme au masque, mais refusant de le suivre dans la spirale du meurtre. Le quittant avant de revenir vers lui pour l'aider à parachever son œuvre.

 

 

V n'est pas seulement une histoire qui tient constamment en haleine. C'est également une passionnante réflexion sur le pouvoir, la liberté, l'autodétermination et la mémoire. Pourrions-nous revivre les instants les plus noirs de notre histoire en toute connaissance de cause ? Quel juste équilibre entre ordre et chaos ? Quelle part de responsabilité chacun de nous possède-t-il dans les mouvements de l'Histoire ?

 

sv_alanmoore.jpgServi par des dialogues volontiers littéraires, "V pour Vendetta" transporte et déstabilise. Dans cet incroyable challenge, Alan Moore semble avoir raflé la mise. Le scénariste, porté aux nues, n'a-t-il pas révolutionné l'univers des Comics en livrant sa propre vision de Batman ? Regard affûté sur le monde, mix élégant d'action et de cérébralité, intelligence qui ne verse jamais dans l'intellectualisme, références littéraires s'insérant parfaitement dans le corps du récit : ce sont toutes ces qualités qu'on retrouve dans les incomparables "Watchman" et "La ligue des gentlemans extraordinaires".

 

 

 

4.20.08DavidLloydbByLuigiNovi.JPG  planche-2_V.jpgMais sans doute serait-il temps de rendre justice au trait de David Lloyd.

 

Tout à la fois fluide et torturé, dynamitant l'esthétique des histoires de superhéros par des ombrages dignes du grand Will Eisner. Alliant sans avoir l'air d'y toucher esthétique raffinée et lisibilité.

 

 

Oui, "V pour Vendetta" est l'une de ces BD dont l'écho se répercutera longtemps en nous et dans les générations à venir. Une de ces œuvres salutaires, qui nous aident à devenir adultes et libres. Qui sans imposer la leur, nous donnent les moyens d'accéder à notre propre vérité.

 

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Vous avez dit subversive ?

 

Probablement, comme l'est, au fond, toute œuvre réellement marquante, essentielle et fondatrice.

 

 

 

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

Publié dans avec ou sans bulles

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• Aragon et l'art moderne : derniers jours !

Publié le par brouillons-de-culture.fr

 

mur-aragon.jpgAllez savoir pourquoi certaines expositions vous semblent moins prioritaires que d'autres. Différées sine die, vous ne les visitez qu'en tout dernier recours pour réaliser parfois combien vos réserves étaient injustifiées. Ainsi en est-il pour moi d'"Aragon et l'art moderne".

 

Les raisons de mes "réticences" : en premier lieu, l'envergure exceptionnelle du poète ne parvint jamais à éclipser tout à fait une personnalité controversée, dont certains traits me sont peu sympathiques. De plus, les historiens de l'art se sont tant focalisés sur ses "mauvais goûts" -entre autres, sa passion de l'art réaliste soviétique- que le reste avait tendance à passer au second plan.

 

 

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Sans pour autant se prétendre critique d'art, Aragon écrivit beaucoup sur les peintres de son temps, dont beaucoup devinrent des amis. C'est à la rencontre de leurs œuvres que nous emmène cette exposition.

 

En quelques salles, on aura parcouru un résumé fulgurant de l'histoire du XXème siècle.

 

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Casting impressionnant que celui qui réunit Braque, Chagall, Matisse, Picasso, Gromaire, Fernand Léger, Picabia, Tanguy, Robert Delaunay, De Chirico, Giacometti, Klee, Miro, Signac, Man Ray, Masson, Marquet.

 

Des œuvres souvent fortes, dérangeantes, stimulantes, qui disent le monde autrement. Sans nécessairement user du filtre du surréalisme, mouvement qui, s'il fut l'un de ses trois co-fondateurs, Aragon déserta tôt.

 

 

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Reconnaissons au fou d'Elsa un éclectisme réjouissant. Ample est le spectre de ses admirations.

 

Ce qui étonne pourtant, c'est la remarquable sensation de cohérence qui se dégage de ce qui n'eût pu qu'être un fouillis hétéroclite de haut niveau mais un peu vain.

 

Comme s'il existait entre tous ces peintres, quelquefois aux antipodes dans leur manière d'habiter la toile, d'obscurs liens de parenté spirituelle.

 

Peu de place pour la tiédeur, la douceur ou la mièvrerie … Ici, on taille direct dans la lave en fusion des paradoxes humains. Chaque œuvre vous happe et vous brusque, vous bouscule.

 

Dans cette famille reconstituée de peintres guerriers habités, c'est tout naturellement que Bernard Buffet trouve sa place.

buffet.JPG

En regard de nombre de toiles, quelques phrases d'Aragon. Vivaces comme l'éclair, vibrantes de fougue et d'intelligence. lorjou.jpgPlus proches d'un écho sculpté dans les mots à l'œuvre représentée que de sa critique "objective".

 

Davantage incantations que sous-titrages. La plume d'Aragon n'a pas besoin de forcer pour nous faire voyager très loin sur les terres de l'esprit.

 

Son œil aux aguets défriche tout autant qu'il accompagne. J'avoue ne pas le suivre quand il porte aux nues les naïfs Jules Lefranc et Pirosmani.

 

Mais quelle jubilation que de se laisser surprendre par l'inconnu. Ainsi Bernard Lorjou, entre Grosz et Goya, grinçant à souhait. Ou le sombre et puissant Malkine.

Malkine.jpeg

 

Voigruber.jpgre le fort méconnu Francis Gruber, considéré comme le seul peintre expressionniste français.

 

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Ou découvrir Fougeron, qui jusqu'alors pour moi n'était qu'un nom, à travers une œuvre saisissante, qui donne une dimension quasi-biblique à une scène de la vie quotidienne.

 

 

 

Un seul regret : le nombre de peintres représentés permet de voir peu des œuvres de chacun.

Mais le parcours est propice à toutes les métamorphoses de l'esprit. Et donne envie d'explorer d'autres routes, pulsant à travers nous un puissant désir d'art moderne.

 

Une expo qui donne faim d'autres expo, ce n'est pas chose si fréquente… À tout cela ajoutez un prix d'entrée des plus corrects, des salles où l'on circule à son aise, sans faire nécessairement du sur-place et vous comprendrez qu'il vous faut profiter de ces derniers jours pour vous rassasier et l'âme et la rétine.

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Pascal Perrot, textes

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

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Aragon et l'art moderne

 L’adresse, Musée de la Poste

34, bd de Vaugirard

75015 Paris

 

www.ladressemuseedelaposte.com/

 

Du 14 avril au 19 septembre 2010

du lundi au samedi de 10h à 18h


Publié dans plein la vue

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• Lubitsch à la cinémathèque, un cinéma nommé désir

Publié le par brouillons-de-culture.fr

 

affiche-cinematheque.jpg

 

Pénélope Cruz et Malcolm McDowell sur fond noir, yeux plantés dans les nôtres. Cernés d'un halo contrasté de lumières, de couleurs... suggestions d'ambiances et d'univers. Des affiches disséminées dans les couloirs du métro parisien depuis la rentrée. Pour un bref aperçu de la saison 2010/2011 de la Cinémathèque Française.

 

Le programme ? Il mérite le coup d'oeil ici, crayon et agenda à la main. Mais avant de planifier les mois à venir, la rétrospective Lubitsch "ne peut pas attendre". L'intégrale ! Oh heaven !

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Je n'étais pas retournée à la Cinémathèque depuis des lustres... lieu de prédilection /perdition que je hantais pourtant sans répit à mon arrivée en France. Depuis, en dépit d'une programmation toujours de qualité, il a fallu Lubitsch pour me décider à revenir à mes anciennes amours.

 

La Cinémathèque a déménagé entre temps, plusieurs fois. Pour finir par trouver son lieu. Bercy. Superbe cadre, des volumes magnifiques, lumineux, ; baies vitrées qui donnent sur un parc... Une architecture signée Frank Gehry.

 

Tout beau, tout neuf. Mais quelque chose d'unique subsiste de ce que j'ai connu, il y a près de 20 ans. La Cinémathèque's touch ? Ce "truc" que je n'avais plus vécu depuis. Nulle part ailleurs.

Et là, comme par magie, ça recommence ! Les autres, nous... dans un même mouvement, comme galvanisés, à peine sortis d'une séance, nous voilà à refaire la queue pour la séance suivante. Une 3ème parfois. Dans la même lancée.  Les yeux encore exorbités d'images en noir et blanc, bouche molle de plaisir. Pas une 4ème quand même, si ?

Est-ce l'effet cinémathèque ? Un public mordu ? Ou Lubitsch et sa fameuse touche si difficile à définir ?

 

 

Indicible mélange de tendresse, d'humour, de grâce. Un ton décalé, joyeux, ludique. Immoral... Dieu que ça fait du bien cette immoralité ! Des films d'époque, défiant tout cloisonnement dans quelconque époque.

Tout Lubitsch, le temps d'une rétrospective ! To Lubitsch and to Lubitsch, sans hésitation. "The Shop around the corner", "To be or not to be", "Sérénade à trois"... Tout Lubitsch ! à voir, à revoir.

 

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Les ingrédients du plaisir ? Si je devais en donner la quintessence, je parlerais de DESIR. Le cinéma de Lubitsch, c'est du désir around all corners.

De l'espièglerie qui joue de sous-entendus dans les répliques. Dans l'esquisse des personnages, telle l'héroïne de "La Folle ingénue" passionnée de plomberie. Cluny Brown qui déclare ne pas pouvoir résister à l'appel des tuyaux..."Bang, bang, bang !" photo-lubitsch.jpg

Les personnages secondaires sont également délicieux, même quand ils sont ridicules. Exemple dans ce même film, Sir Henry Carmel. Un Sir de ce qu'il y a de plus "normal", de plus "sain". Pour lui, Hitler est l'auteur d'un livre sur la vie en plein air : "Mon camp". Il n'est pas fou, à  moins que ça ne soit folie ordinaire, cette coupure complète avec l'actualité, avec le monde ? Lubitsch ne s'y attarde pas. Il suggère avec subtilité, slalome entre plusieurs univers, avec pour viatique l'humour. Décalages burlesques, jeux de situation. Du pur cinéma. Jouissif. Sans inhibition. Où tout est toujours possible, jusqu'aux retournements les plus improbables. 

 

Quelques extraits pour un avant-goût ou pour des réminiscences :

 


 


 

Lubitsch, Capra, Wilder... je n'aime pas le passéisme, je ne dirais pas qu'avant, c'était mieux, mais j'ai pour ce cinéma-là un amour particulier. Le juste retour du bonheur qu'il me procure. Il tient aux émotions directes, simples. Qui me prennent, corps et coeur. Sans truchement. Saisie, directement dans la chair !

 

J'avoue : je pleure en regardant les films de Lubitsch. Je pleure, non de joie, mais dans la joie. Et surtout, sans aucune idée de la raison de ces larmes. Sans mots autour. Ou juste : "C'est le meilleur film que j'ai jamais vu !!!" Mais je le dis aussi d'"Elephant Man". De "L'Homme de la rue"... Comme dans Lubitsch, peu importe alors la valeur objective de ce cri, seule compte l'émotion qui le soutient. Une autre vérité, tout en décalage.

 

Allez, un petit dernier pour la route ?

 

 

 

Gracia Bejjani-Perrot

 

 

Rétrospective Ernst Lubitsch

du 25 août au 10 octobre 2010

La Cinémathèque Française

51, rue de Bercy

75012 Paris

Tel : 01 71 19 33 33

Publié dans sur grand écran

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