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• Street art au féminin : un très grand cru

Publié le par brouillons-de-culture.fr

L'art de rue au féminin a connu dans la dernière décennie une croissance exponentielle. Encore très inférieures en nombre dans cette discipline, les femmes comptent déjà cependant dans leurs rangs nombre d'artistes majeures. Hasard du calendrier, deux expositions mettent en lumière deux de ces créatrices de l'ombre : Manyoly et Inti Ansa. Talent, maîtrise, originalité, fougue et jeunesse forment un cocktail détonnant dont les saveurs se déploient en un maelström éblouissant.

"De la couleur avant toutes choses" : tel semble être le credo de Manyoly, qui à moins de trente ans affiche un parcours impressionnant. À 17 ans, cette native d'Aix en Provence, dirige déjà une galerie. Elle mettra cette expérience à profit pour étudier les techniques picturales. C'est à Marseille qu'elle se familiarise avec le street art et en devient rapidement un des fers de lance. Londres, Bordeaux, Paris, Montréal. Enveloppés dans de larges bandes de couleur tels des momies dans leurs bandelettes, ses singuliers visages de femme ont fait le tour du monde. Les couleurs sont la plupart du temps vives, chaudes, dynamiques, évoquant par moments les fauves et les nabis. À noter également quelques détours assez scotchants par l'abstraction.

Inti Ansa, à peine quelques années de plus que sa consœur, s'en différencie par le style tout autant que par le parcours. Venue de l'école des Beaux Arts et accessoirement du Mexique, elle découvre tôt la possibilité de s'exprimer dans l'espace public, sans filtres et sans fards. Quelques fresques réalisés dans des pays d'Amérique Latine plus tard, elle participe à l'aventure de la Tour 13, et plus récemment à l’événement Underground Effect à la Défense. Son style évoque un classicisme haut de gamme (on songe parfois à Ingres ou Delacroix) bousculé par une vision résolument moderne de la couleur et de la perspective. L'inquiétante étrangeté n'est jamais bien loin, portée par des objets ou personnages congrus, qui viennent bouleverser la belle ordonnance d'une facture où dominent la précision et la lisibilité de l'œuvre.

N'hésitez pas à vous plonger dans le puits de ces deux regards d'où assurément la Beauté s'élèvent. Deux voyages étonnants au cœur de l'humain.

• "Intuitions", exposition de Manyoly
Galerie Deux6
66 avenue de la Bourdonnais, 75007 Paris
Jusqu'au 16 février 2019

• "Instants", exposition de Inti Ansa
Le Lavomatik
20 Bd du Général Jean Simon, 75013 Paris
Jusqu'au 2 février 2019

Pascal Perrot, texte.
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans plein la vue

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• L'heure de la sortie : Ah, la bonne heure…

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Découverte majeure de "L'étrange festival", où il brilla de tous ses feux l'an dernier, "L'heure de la sortie" opère avec bio une fusion "transgenres", tout en brassant des références inhérentes au cinéma bis, qui feront frémir d'aise l'amateur. Le film propose nombre de voies d'accès à un plus large public, offrant une lecture à plusieurs niveaux, qui se révèle à l'usage éminemment jouissive.

Une classe de pré-ados surdoués assiste au suicide de leur prof principal. Nommé en remplacement, Pierre Hoffman va tenter de les comprendre et les aimer. Une tâche bien plus complexe qu'il ne l'aurait de prime abord imaginé.

Car comment pénétrer leur univers, sans se mettre lui-même en péril ? Ses élèves forment dans l'école un clan à part, témoignant envers les autres un curieux mélange d'indulgence et de dédain. Presque un clan, ou une secte. D'autant que leur quotidien est ponctué de rituels parfois morbides et hors de sa compréhension. Il en est de même en ce qui concerne l'obscur objectif qu'ils semblent poursuivre, et dont le professeur ne possède pas les clés. Passant perpétuellement de la compassion à l'appréhension, sa tranquille assurance sera mise à rude épreuve.

Thriller impeccable, le film de Sébastien Marnier est également un drame psychologique intense, frôle à de multiples reprises le fantastique et l'épouvante… si j'ajoute que le tout se double d'un discours écologique (bien qu'il ne fût en vérité jamais pesant, se gardant de se substituer à l'action ou aux personnages), on serait en droit de penser se trouver face à l'un de ces fourre-tout indigestes mais roboratifs, aux allures bizarroïdes, dont le septième art abonde. Miraculeusement, il n'en est rien. "L'heure de la sortie" s'avère d'une étonnante fluidité, tout en demeurant parfaitement inclassable.

Il est diverses manières de s'aventurer hors des sentiers battus. Multiplier les scènes borderline, façon Ozon première manière ou, dans un tout autre genre, Dupontel. Ponctuer son film d'images ovni, tel le Bernard Mandico des "Garçons sauvages". Ou tel autrefois Polanski (celui du "Locataire" ou de "Répulsion") dissocier le fond de la forme. Autrement dit, adopter un vernis classique, qui progressivement s'écaille, par glissements successifs.

Privilégier la narration plus que l'image. C'est le choix opéré par Sébastien Marnier. Chaque personnage, jusqu'au plus infime personnage secondaire, existe, possède une densité rare. Laurent Laffite se révèle impérial dans son rôle de prof dépassé par ces élèves surdoués aux indéchiffrables intentions. Eux-mêmes interprétés, incarnés par de jeunes acteurs extrêmement prometteurs.

Cette prééminence de l'élément humain s'avère être l'option idéale. Car lorsque l'incroyable, amené par petites touches, fait irruption dans ce cadre presque banal, le spectateur marche à fond. Film sous tension générateur de délicieux frissons, "L'heure de la sortie" a en outre le bon goût de ne pas verser dans le clin d'œil post-moderne quelque peu cynique qui nous tiendrait à distance. Un film à savourer séance tenante.

Pascal Perrot, texte.
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

Publié dans sur grand écran

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