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• Salvador Dali, incontrôlable et incontournable

Publié le par brouillons-de-culture.fr

article_Dali.jpgQue reste-t-il de Salvador Dali, deux décennies après sa mort ? Un trésor pictural immense. Telle est la réponse imparable que nous apporte la remarquable exposition du centre Georges Pompidou. Génie de la surenchère médiatique, bateleur chamarré poussant jusqu'à l'absurdité le fameux esprit français, multipliant les petites phrases, les formules à l'emporte-pièce, les déclarations surréalisto-délirantes, Salvador Dali fut, de son vivant, tellement phagocyté par la création de son propre personnage que l'on en viendrait presque, parfois, à en oublier l'essentiel. A savoir qu'il fut sans conteste l'un des plus grands peintres de la seconde moitié du XXème siècle.

5252_dali_const.jpgUne œuvre polymorphique et abondante que ses installations gaguesques, parfois proches de la fumisterie pure et simple, ne sont fort heureusement pas parvenu à occulter. Une mise en perspective s'imposait donc, et le Centre Georges Pompidou s'en acquitte avec faste, générosité et brio. Soixante ans de création frénétique sont ici mis en lumière. Et le moins que l'on puisse dire est que cette lumière est éblouissante.

Délaisser l'ordre chronologique au profit d'une approche thématique peut sembler un choix hasardeux ; il se révèle en l'occurrence payant. On est frappés par le sentiment d'homogénéité qui se dégage de l'ensemble desdali-2.jpg 150 toiles en provenance du monde entier. Comme si Dali était entré en peinture armé de pied en cap. A tel point qu'il est difficile de parler à son propos d'œuvres de jeunesse. Les plus anciennes de ses créations exposées ici diffèrent fort peu de celles de la maturité. La sûreté du trait peut-être ? La complexité des compositions ? Ou les thèmes, parfois repris de manière quasi-obsessionnelle ? Car Dali se nourrit de tout… De ses contemporains comme des chef-d'œuvre du passé. Des grandes figures de son temps et de ses avancées scientifiques (ses travaux holographiques sont à ce titre éloquents).

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Constante mais évoluant sans cesse, la peinture du fantasque et grandiose espagnol ne cesse jamais d'intriguer, de surprendre. Il ne copie pas les grands peintres, il les invite dans son monde. Ainsi, l'angelus de Millet, accommodé de mille et une manière, se transforme en icône pop art. Mao ou Staline deviennent des éléments décoratifs. Vélasquez prend soudainement du relief. Certains tableaux de Salvador Dali contiennent à la fois Picasso, Picabia et De Chirico, en leur donnant une transcendance inédite. L'auto-affirmation de son génie ne relève guère de la méthode Coué, mais d'une lucidité quelque peu orgueilleuse. Improbable croisement entre la figuration pure, l'abstraction delaunesque et le surréalisme dont il a rapidement dépassé les frontières, Dali peint avec fougue, excès. Mais également avec une maîtrise et une cohérence rare.

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Des télés disposées dans chacune des salles de l'expo nous montrent Dali dans son infatigable logorrhée, pérorant à l'excès, naïf et calculateur, visionnaire et foutraque. Que celui qui aimait jouer les bouffons médiatiques jusqu'à quasi-saturation soit le créateur de ce style unique, dont sont issues tant de compositions saisissantes est un fait pour le moins troublant. Plus surprenant encore : son désir de gloire télévisuelle n'a jamais altéré la force de ses toiles, ni sa puissance créative. Au final : un pourcentage impressionnant de chef d'œuvres.

Que Salvador Dali use du nombre d'or, la fameuse "divine proportion" en usage chez les peintres de la Renaissance ne saurait suffire à expliquer son génie. Il serait anecdotique si d'emblée le peintre ne s'imposait par des qualités d'exception.

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Alchimiste des couleurs, ses toiles se mosaïquent d'éclats de rouge, de jaune, de bleu. Ceci explique peut-être cela : en dépit d'une omniprésence du sexe et surtout de la mort, jamais ses toiles ne sont ni impudiques ni anxiogènes.

Son sens de l'outrance, son imaginaire exubérant n'étouffent pas son rare talent de miniaturiste. Bien au contraire. Quelle que fut la taille du support, Dali se garde de négliger l'importance du moindre détail. Chaque objet identifiable est reproduit avec une exactitude confondante. Cette densité du réel dans ses œuvres donne une vérité inouïe aux fantasmagories et hallucinations qui s'y mêlent.

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Formes venues d'autres dimensions, au-delà de l'espace temps. Une spécificité que l'on retrouve dans ses multiples portraits fantasmés de Gala, dans ses multiples déclinaisons de l'Angelus de Millet ou dans ses renversantes crucifixions, qui voient le Christ léviter sur sa croix.

Alors qu'importent ses déclarations souvent contradictoires, ses positions politiques pour le moins ambiguës, et quelquefois à l'opposé de ses actes comme de ses propositions. Qui était Dali l'homme  au delà de ses masques ? Seules ses toiles peuvent peut-être nous donner quelques clés…

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Sur le plan pratique, préférez les nocturnes. Les visiteurs diurnes doivent se préparer à des heures d'attente. Extérieure puis intérieure. Et à une foule plus dense à l'intérieur qu'à l'heure de pointe. D'autant que, jusqu'à sa clôture le 25 mars, l'expo se produit non stop 24h sur 24.

Une performance que n'eût sans doute pas renié l'immense Salvador Dali !

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

Publié dans plein la vue

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