• Les grandes créatrices du jazz - chapitre 3 : Emily Remler, guitar heroin

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Emily Remler, quant à elle, avait tout pour marquer l'histoire du jazz de manière durable : un génie polymorphe sur le plan créatif; une virtuosité renversante sur son instrument, que doublait une sensibilité à fleur de peau; une disparition prématurée, à l'âge de 32 ans, qui est souvent le tissu des légendes.

Sans doute les années 80 et 90, pendant lesquelles s'articula sa fulgurante carrière, sont-elles peu propices aux mythes. Le temps des guitar heroes semble définitivement obsolète.

Emily connut de son vivant un immense succès sur la planète jazz, sans toutefois en franchir les limites.  Incomparable compositrice, elle interprète également à merveille les grands standards, et sera un temps la guitariste attitrée de Astrud Gilberto. Mais où sont les héritières, les continuatrices de son fabuleux apport ? Comme si son art, après la disparition de sa créatrice, sombrait progressivement dans une demi-amnésie.

Emily Remler, c'est un peu l'improbable fusion entre la guitare de Wes Montgomery, de Django et celle de Jaco Pastorius, un pont lancé entre le plus vif du passé et une modernité sidérante.
Trois voix (voies) n'en faisant plus qu'une en laissant, en filigrane, affleurer une quatrième. Une énergie redoutable, un sens du tempo et de la mélodie, une émotion omniprésente, un sens du swing imparable, une trame musicale qui s'enrichit à chaque écoute.
Dès ses débuts en 1981, la guitariste-compositrice reçoit les louanges de ses pairs, par lesquels elle est adoubée d'office. Le maître Herb Ellis parle d'elle comme "La nouvelle superstar de la guitare".

• Les grandes créatrices du jazz - chapitre 3 : Emily Remler, guitar heroin

Quant à la principale intéressée, lorsqu'on l'interroge sur la façon dont elle aimerait que l'on se souvienne d'elle, elle déclare : "Bonnes compositions, jeu de guitare mémorable, et ma contribution à la musique en tant que femme … Mais la musique est tout, elle n'a rien à voir avec la politique ou le mouvement de la libération des femmes".

La compositrice a sans doute raison de se méfier de toute tentative de récupération. Cependant, le refus de devenir symbole, que son nom soit brandi en étendard de la cause féministe a probablement entravé l'accès à la pérennité d'une musique conciliant une perpétuelle inventivité et un swing intemporel.

Pascal Perrot, texte.
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans hommages !, polyphonies

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