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18 articles avec plein la vue

• Gérard Garouste : la cruauté ludique

Publié le par brouillons-de-culture.fr

9782253156741-G.jpgSi Gérard Garouste devait se revendiquer d'une famille picturale, sans doute serait-ce celle, peu fréquentée (parce qu'infréquentable/inconfortable) qui vit naître Goya ou Roland Topor, pour n'en citer que les plus célèbres éléments. Qui ne tente pas nécessairement de créer de toutes pièces un univers, mais de prendre notre quotidien comme une pâte à modeler et, à force de distorsions, de le rendre quasiment méconnaissable. De le faire basculer dans une dimension autre.

 

Des œuvres fortes, ironiques et rageuses. Avec une âme et des tripes. Du travail, du cœur et de l'intelligence. Et ce petit quelque chose qui en relevait la saveur, et que je mis du temps à pouvoir définir : une cruauté ludique en mouvement. Les personnages de Garouste jouent. Ils sont hilares ou extatiques y compris, et surtout, en présence du pire. Une joie dérisoire et paradoxale certes, mais presque communicative.

GAROUSTE Dérive 2010

 

Depuis que j'ai découvert l'univers Garouste, je suis à l'affût de sa prochaine exposition, afin de pouvoir, comme on dit "voir ses toiles en vrai". Une bonne fée a exaucé mon vœu : sentir le pouls de ses toiles. Son nom : la galerie Daniel Templon, qui expose ses œuvres jusqu'au 29 octobre. Des oeuvres tumultueuses, qui ne laissent ni l'esprit ni le cœur en repos. Et le corps, me direz-vous ? Le corps, justement parlons-en. Chez Garouste, les troncs sont la plupart du temps tordus, noueux, d'une vie quasi-reptilienne. Les chairs ondulent, se plissent à des angles impossibles. Monstres dont l'inquiétante familiarité nous interpelle.

 

 

GAROUSTE-GOLEM-11_1.jpgDans un espace relativement vaste, les toiles respirent en toute liberté, et nous soufflent à l'oreille des choses insanes, obscènes, terrifiantes et drôles. Regardez ce golem, qu'hommes et femmes bien mis lèchent, la langue bien tirée, pour l'éveiller. Prêts à toutes les veuleries, à toutes les reptations, ils ne s'affligent pas le moins du monde de leur nature. Pire : ils semblent s'en amuser, comme des enfants qui viennent de faire une bonne blague.

 

Gerard-Garouste-Le-Pacte.jpg

Garouste brosse sa galerie de dégénérés et d'hybrides avec le sérieux qui fait les grands peintres, sans jamais pourtant se prendre au sérieux. Il parvient même à nous faire éprouver envers l'abominable une certaine tendresse. Les couleurs souvent vives, envahissent l'espace sans jamais l'étouffer. Chez tout autre, les fonds seraient sombres, à l'image d'un tel univers. Chez Garouste, une touche orangée, un fond bleu, voire parfois rose donne une touche de vivacité à l'enfer. Ses damnés sont souvent extatiques ou hilares, tel cet homme avalant son bras avec une gourmandise non feinte.

 

Le sujet de la dégénérescence, ou plutôt de ce qui à priori se perçoit tel, peut indifféremment s'avérer homme ou femme. Dans la toile "Bouc expiatoire", un homme au corps semblant dénué de colonne vertébrale, est en plein délire d'adoration, l'œil tourné vers d'autres mondes, face à une femme indifférente, élégamment vêtu de jaune. "Le golem" mêle les personnages des deux sexes. La sorcière au bouc montre un hybride de femme et de chèvre, repue ou concupiscente, face aux côtés d'un homme bouc.

 

GAROUSTE-Le-bouc-expiatoire--ou-Marguerite-en-Gaultier--201.jpg

L'œil voyage, halluciné, dans ces territoires intérieurs d'une force peu commune. Et c'est encore hébété, mais aussi émerveillé, que je traverse la rue pour me rendre dans la suite de l'exposition, impasse Beaubourg. Là nous attendent d'autres terribles splendeurs."Les vanités" étaient jadis un exercice de style auquel se livrèrent notamment les plus grands peintres de la Renaissance. On y représentait de manière symbolique l'un ou l'autre de nos péchés au travers d'une scène cruciale. Dans l'un des coins du tableau figurait un signe de la brièveté de la vie : horloge, crâne. Gérard Garouste ne pouvait résister au plaisir d'une telle thématique. Il s'en empare avec une fougue, une vivacité et une inventivité hors du commun. Tel corps est alourdi par le poids d'une oreille titanesque. Tel autre semble se résumer à la tête et aux zones génitales. Et cette tête de mort, élégante et discrète qui toujours vient ponctuer le temps.

 

Quand il opte pour le réel, comme à travers sa formidable série de portraits, Garouste sait saisir les fragiles instants de bascule, le moment, fût-il éphémère, où le masque tombe. Cette seconde décalée, parfois loufoque, où chacun sort de son rôle. En sculpture encore, il surprend. Bronzes martelés façons Giacometti, réalisme à la Rodin et thématiques goyaesques où des créatures de cauchemar affrontent, hilares, notre regard. Ce n'est pas la partie la plus représentée dans cette exposition, mais ce n'est pas la moins frappante.

 

garouste-credit-nadji.jpg

À 65 ans, après avoir exposé partout à travers le monde (notamment depuis les années 80) Gérard Garouste a encore bien des choses à nous dire, à nous montrer et à nous faire sentir. Et qu'il demeure plus que jamais dérangeant et stimulant, comme l'est sans doute tout créateur d'une œuvre réellement puissante !                                                                     © Nadji

 

Voir ICI pour plus détails sur l'exposition


 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme


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• Van Dongen... fauve, anarchiste et mondain

Publié le par brouillons-de-culture.fr

van-dongen_marchandes-dherbes-et-damour.jpg

La peinture est un terrain idéal pour les associations d'idées. Dites Magritte ou Man Ray, "surréalisme" vous vient aussitôt à l'esprit. Monet, Renoir, Cézanne ? Impressionnisme of course. Otto Dix, Klimt ? Expressionnisme. Mais à ce jeu, certains noms ont l'art de vous déconcerter.

 

van-dongen_anna_de_noailles.jpg

Ainsi, lancez le nom de Van Dongen au hasard d'une conversation. Un grand assurément. Mais à quel courant le relier ? Quel est le tableau le plus représentatif de son art ? On cherche des faux fuyants, on parle d'autre chose. On répond tout à trac, confondant le plus souvent avec un autre peintre.

 

Mon ignorance réelle n'était pas moindre, mais une part de responsabilité en incombe à ce diable d'homme lui même. Qui semblerait toute sa vie s'être acharné à brouiller les pistes, s'amusant à demeurer perpétuellement insituable.

van-dongen-tango.jpg

 

van-dongen-nu-couche.jpgL'exposition "Van Dongen, fauve, anarchiste et mondain" possède, pour une fois, un titre on ne peut plus approprié. Qui paraît représenter et la peinture et l'homme. Qui était tout cela à

van-dongen--lucie_son-danceur.jpg

la fois -et bien d'autres choses encore- sans jamais trancher en faveur de l'une ou l'autre tendance. Impeccable dandy au bras de son épouse dans les réceptions cotées et dans le même temps illustrant les brûlots anarchistes les plus révolutionnaires.

 

N'appartenant à aucun courant, parce qu'il les brasse tous, empruntant, d'un tableau à l'autre, à tel ou tel style ce qui le séduit le plus pour en livrer la quintessence. Car Van Dongen a du panache et le génie des métamorphoses.

 

Fauve, quand il laisse exploser les couleurs dans ces merveilles absolues que sontvan-dongen-enjoleuse.jpg "Le doigt van-dongen-jack_johnson.jpgsur la joue" ou "Jack Johnson". Impressionniste dans les "Marchandes d'herbes et d'amour" ou dans "L'autoportrait en Neptune". Expressionniste dans "L'enjôleuse" "Le vieux clown", qui, en s'affranchissant de Grosz et d'Otto Dix, anticipe déjà Buffet. Voire Lucien Freud.  Proche de Kisling quand il peint Anna de Noailles. Surréaliste dans "Le Tango de l'Archange" ou dans "La nuit".

 

Cette dernière œuvre m'a mis à genoux. Les larmes aux yeux, je suis resté longtemps à la contempler. Tant de simplicité dans autant de beauté. 

van-dongen_nuit.jpg

 

Van Dongen aurait pu n'être qu'un pasticheur de génie. Or, c'est un explorateur. Loin de copier, il anticipe. Il peint comme un Cézanne, un Klim ou un Magritte peindraient trente ou quarante ans plus tard. Il peint surtout comme Van Dongen, avec un sens exceptionnel des formes, des lumières et des mises en espace, jouant avec les perspectives, drainant nos regards

van-dongen-doigt_joue.jpg

vers un point focal qu'il a décidé par avance.

 

Il ne s'approprie aucune technique, aucun courant par hasard ; ils deviennent vite, sous ses doigts, la matière même de ses rêves. Alchimiste du regard, il transforme l'or  en nature luxuriante de son paysage intérieur.

 

Qu'il opte pour tel ou tel style, il est toujours Van Dongen. Ne se cantonnant à aucune école, pour mieux donner son art à tous.

 

van-dongen_coquelicot.jpg

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

 

Van Dongen  Fauve, anarchiste et mondain 

25 mars - 17 juillet 2011

Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

 

plus d'info  ICI

 

 

 

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• Cranach et son temps

Publié le par brouillons-de-culture.fr

cranach expo

cranach-autoportrait-copie-1.jpg Je possédais de Cranach une ignorance quasi-parfaite. À peine quelques nus élégants, femmes de haute stature aux poitrines nubiles, reproduites mille et une fois, qu'analphabète dans ce registre, j'avais cru être la marque de son style.

L'exposition "Cranach et son temps" arrivait donc à point pour remettre mes pendules à l'heure. Et confus et émerveillé, je m'aperçus qu'il leur manquait un millier de tours d'horloge.

cranach-salome.jpg

 

Mille, comme les toiles qu'il nous reste de ce géant de la peinture, qui en engendra des milliers. Le secret d'une telle productivité : un atelier parfaitement rôdé, d'une efficacité parfaite.

À tel point que les spécialistes peinent à distinguer la main du maître de celle de ses élèves dans les toiles signées Cranach. Usine à rêves dont le critère est l'excellence absolue.

 

 

cranach-herculesandantaeus.jpgcranach trois gracesLe plus surprenant sans doute est que la rapidité d'exécution et la réalisation "collective" ne nuisent pas à l'unité de l'ensemble.

 

Dans chacune d'entre elles, on sent l'omniprésence de la patte du maître, mélange détonnant de classicisme et d'audace.

 

Fleuron de la Renaissance Allemande, Cranach en donne une image savoureusement épicée. Il ose toutes les transgressions et sous les habits du gentilhomme, on ne tarde pas à distinguer l'image du joyeux trouble-fête.

 

cranach_ste-catherine-copie-1.jpgCe qui frappe en premier lieu, c'est cette débauche de couleurs, que n'eût pas reniée un fauve ou un nabi, dont les reproductions, même les plus optimales, ne peuvent donner qu'un faible aperçu. Maëlstrom au vif éclat qui régénère notre regard. Nombre de tableaux flamboient d'une variation quasi-infinie de tonalité. Avec le prodigieux "Martyre de Sainte Catherine", le déluge visuel entre en apothéose. Ce bourreau vêtu d'un bouffon costume d'harlequin, ce ciel chamarré d'où jaillit la foudre, tout ici donne un sentiment de fête, d'exubérante catharsis. Sensation paradoxale qui nous trouble et fait jaillir l'émotion de manière inattendue, quand une approche dramatique nous eût sans doute laissés froids.

 

 

cranach_la_bouche_de_la_verite.pngPuis s'accoutumant à ce flamboyant vertige, l'œil se prend à voyager sur la toile… et va de surprise en surprise. Ces œuvres si précises, si léchées, si techniquement maîtrisées que nous n'y voyons d'abord que du feu, abondent en incongruités. Visages grotesques, parfois proches de la caricature, impossibles trognes qu'eût pu peindre un Bosch, un Brueghel, un cranach_couple.jpgGoya.

 

 

Représentations bibliques qui frôlent parfois l'irrévérence. Allégories parsemées d'objets si hétéroclites qu'elles eussent pu être peintes par Dali ou De Chirico. Voire plus rarement représentation de la violence dans toute sa crudité, comme dans ce Christ en croix qui saigne abondamment par toutes ses plaies.

 

Dans la série "Gueules d'atmosphère", son "Hercule chez Omphale" mérite une mention particulière. Un Hercule obèse aux yeux de merlan frit, ridiculisé par les femmes de l'entourage de la belle, qui ne le regarde même cranach_HerculechezOmphale.jpgpas. Béat, dévirilisé au possible, le vainqueur de l'Hydre de Lerne n'est plus qu'un pantin, un bouffon de cour. Une vision plutôt culottée en ce seizième siècle naissant. Mais les trognes carnavalesques hantent toute l'œuvre de Cranach, de son Tryptique de la Crucifixion au Martyre de Sainte Catherine.

 

 

 De la mort du Christ il nous livre des versions presquecranach_crucifixion_gravure.jpg "déviantes" en ce siècle féru de religiosité. De la version "gore" susmentionnée, en passant par un Christ bien nourri (sans couronne d'épines) ou cet autre plus conforme mais dont les deux "larrons" sont pour le moins surprenants. L'un, rondouillard, semble affalé sur sa croix et totalement ivre. L'autre a le corps arquebouté au sommet de la croix, la tête tournée vers le bas. Quand aux crucifix, ils sont plus proches, par leur forme du Tau grec que de la croix chrétienne.

 


cranach-luther.jpegPlastiquement parlant, Cranach est un excentrique raisonnable (et inversement). Politiquement, il est insituable, véhiculant dans certaines toiles les préceptes de la Réforme, peignant Luther, zélateur du protestantisme en exil. Mais n'en oeuvrant pas moins avec le même zèle pour ses commanditaires catholiques. Peut-être est-ce dans ces contradictions que réside la richesse d'une peinture protéiforme.

 

 

On pouvait craindre d'une expo intitulée "Cranach et son temps" que ne soient exposées que quelques toiles cranachiennes pour une pléthore d'artistes mineurs de la même époque. Cela s'est déjà vu dans certaines autres expos, hélas ! Il n'en est fort heureusement rien.

cranach_melanco.jpg Quelques peintres oubliés certes (dont certains méritent le détour) et qui ont inspiré notre homme. Quelques gravures de son contemporain Dürer (qui s'en plaindrait ?). Mais en grande majorité les toiles du maître allemand. Et quelles toiles ! 

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

cranach-et-son-temps-copie-1.jpg

 

 

Cranach  et son temps 

9 février - 23 mai 2011

 

Musée du Luxembourg

Paris 6°

 

 

Plus d'info  ICI

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• Julien Beneyton : peindre vrai

Publié le par brouillons-de-culture.fr

orelsan.jpgJulien Beneyton peint vrai. Sans se laisser happer par les sirènes de l'hyperréalisme qui, passé l'effet de surprise - est-ce une photo ou un tableau ? - se révèlerait rapidement un brillant mais vain exercice de style. Sans sacrifier aux dieux de l'abstraction, terre d'exploration qui s'avère limitée quand on ne possède pas le génie d'un Delaunay ou d'un Kandinsky.

 

 

Il faut pour cela inventer un autre langage, envisager autrement le figuratif. Et la tâche n'est pas à portée de tous. C'est avec une décomplexion qui ne manque pas de panache que depuis quelques années s'y attache Julien yoshi.jpgBeneyton. Le trait est précis, incisif, ancré dans une contemporanéité qui relève de l'évidence. Mais on le sait, tout ce qui semble couler de source découle d'un travail, d'une réflexion.

 

Beneyton mixe de nombreux styles qu'il transforme en sa griffe unique, reconnaissable au premier coup d'œil. Il ne s'y soumet pas. Mieux, il les dompte pour les engager dans sa direction. Ce qui exige une volonté de fer. S'il absorbe quelques effets de l'hyperréalisme, il les percute aussitôt avec des emprunts à l'art naïf. S'il intègre l'univers du graph, c'est pour mieux l'amener sur son propre territoire. Ses tableaux fourmillent de détails, qu'on ne peut embrasser d'un seul regard, et qui disent notre réalité sans fard.

 

Définir Julien Beneyton comme un Douanier Rousseau qui aurait rencontré Basquiat et Norman Rockwell serait un raccourci tentant.

50cent-d.jpg

Mais ne saurait en résumer le style, tant celui-ci demeure unique. Portraits vérité fourmillants de vie, fresques des rues new-yorkaises ou de semi-bidonvilles, rappeurs saisis au plus vif de l'instant, en concert ou dans leur intimité.

Ou sculpture de SDF endormi sous des cartons et entouré d'objets, si réaliste que j'ai un temps cru qu'on avait squatté le lieu de l'exposition.

 

Julien Beneyton multiplie les talents. Il nous donne à voir et à réfléchir, au travers du miroir abrupt de ses toiles. Lesquelles sont en trois dimensions, les côtés révélant des détails, anecdotiques ou essentiels, qui enrichissent et éclairent parfois son "état des lieux".

 

breakers.jpgEn un mot précipitez-vous à l'expo qui lui est consacrée à la Maison des Arts de Malakoff. Le cadre est agréable. Le choix d'espacer les tableaux, de les laisser "respirer" permet de prendre son temps pour entrer dans l'univers de l'artiste. Le nombre d'œuvres exposé peut nous laisser sur notre faim, mais il permet également de prendre le temps de voir chacun des éléments qui composent les toiles. Ce qui n'est pas à négliger, une seule vision ne saurait tous les embrasser…

 

 

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

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Pour plus de détails sur l'exposition voir ICIphotobeneyton.jpg

 

Julien Beneyton  - A la régulière

15 janvier - 27 mars 2011

entrée libre  

 

Maison des Arts de Malakoff

105, av du 12 février 1934 - 92240 Malakoff

Métro : Malakoff-Plateau de Vanves

mercredi au vendredi de 12h à 18h - samedi et dimanche de 14h à 19h

Tél. : 01 47 35 96 94

maisondesarts.malakoff.fr

julienbeneyton.net

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• Aragon et l'art moderne : derniers jours !

Publié le par brouillons-de-culture.fr

 

mur-aragon.jpgAllez savoir pourquoi certaines expositions vous semblent moins prioritaires que d'autres. Différées sine die, vous ne les visitez qu'en tout dernier recours pour réaliser parfois combien vos réserves étaient injustifiées. Ainsi en est-il pour moi d'"Aragon et l'art moderne".

 

Les raisons de mes "réticences" : en premier lieu, l'envergure exceptionnelle du poète ne parvint jamais à éclipser tout à fait une personnalité controversée, dont certains traits me sont peu sympathiques. De plus, les historiens de l'art se sont tant focalisés sur ses "mauvais goûts" -entre autres, sa passion de l'art réaliste soviétique- que le reste avait tendance à passer au second plan.

 

 

delaunay.jpg

Sans pour autant se prétendre critique d'art, Aragon écrivit beaucoup sur les peintres de son temps, dont beaucoup devinrent des amis. C'est à la rencontre de leurs œuvres que nous emmène cette exposition.

 

En quelques salles, on aura parcouru un résumé fulgurant de l'histoire du XXème siècle.

 

chagall_arag.jpg

 

 

Casting impressionnant que celui qui réunit Braque, Chagall, Matisse, Picasso, Gromaire, Fernand Léger, Picabia, Tanguy, Robert Delaunay, De Chirico, Giacometti, Klee, Miro, Signac, Man Ray, Masson, Marquet.

 

Des œuvres souvent fortes, dérangeantes, stimulantes, qui disent le monde autrement. Sans nécessairement user du filtre du surréalisme, mouvement qui, s'il fut l'un de ses trois co-fondateurs, Aragon déserta tôt.

 

 

picabia.jpg

Reconnaissons au fou d'Elsa un éclectisme réjouissant. Ample est le spectre de ses admirations.

 

Ce qui étonne pourtant, c'est la remarquable sensation de cohérence qui se dégage de ce qui n'eût pu qu'être un fouillis hétéroclite de haut niveau mais un peu vain.

 

Comme s'il existait entre tous ces peintres, quelquefois aux antipodes dans leur manière d'habiter la toile, d'obscurs liens de parenté spirituelle.

 

Peu de place pour la tiédeur, la douceur ou la mièvrerie … Ici, on taille direct dans la lave en fusion des paradoxes humains. Chaque œuvre vous happe et vous brusque, vous bouscule.

 

Dans cette famille reconstituée de peintres guerriers habités, c'est tout naturellement que Bernard Buffet trouve sa place.

buffet.JPG

En regard de nombre de toiles, quelques phrases d'Aragon. Vivaces comme l'éclair, vibrantes de fougue et d'intelligence. lorjou.jpgPlus proches d'un écho sculpté dans les mots à l'œuvre représentée que de sa critique "objective".

 

Davantage incantations que sous-titrages. La plume d'Aragon n'a pas besoin de forcer pour nous faire voyager très loin sur les terres de l'esprit.

 

Son œil aux aguets défriche tout autant qu'il accompagne. J'avoue ne pas le suivre quand il porte aux nues les naïfs Jules Lefranc et Pirosmani.

 

Mais quelle jubilation que de se laisser surprendre par l'inconnu. Ainsi Bernard Lorjou, entre Grosz et Goya, grinçant à souhait. Ou le sombre et puissant Malkine.

Malkine.jpeg

 

Voigruber.jpgre le fort méconnu Francis Gruber, considéré comme le seul peintre expressionniste français.

 

fougeron.jpg

Ou découvrir Fougeron, qui jusqu'alors pour moi n'était qu'un nom, à travers une œuvre saisissante, qui donne une dimension quasi-biblique à une scène de la vie quotidienne.

 

 

 

Un seul regret : le nombre de peintres représentés permet de voir peu des œuvres de chacun.

Mais le parcours est propice à toutes les métamorphoses de l'esprit. Et donne envie d'explorer d'autres routes, pulsant à travers nous un puissant désir d'art moderne.

 

Une expo qui donne faim d'autres expo, ce n'est pas chose si fréquente… À tout cela ajoutez un prix d'entrée des plus corrects, des salles où l'on circule à son aise, sans faire nécessairement du sur-place et vous comprendrez qu'il vous faut profiter de ces derniers jours pour vous rassasier et l'âme et la rétine.

appart-Aragon.JPG

 

Pascal Perrot, textes

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

cp-idtimbre-aragon-art-moderne-dos.jpg

Aragon et l'art moderne

 L’adresse, Musée de la Poste

34, bd de Vaugirard

75015 Paris

 

www.ladressemuseedelaposte.com/

 

Du 14 avril au 19 septembre 2010

du lundi au samedi de 10h à 18h


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• L'expo DÉ-CRI-ÉE qui fait MUNCH !

Publié le par brouillons-de-culture.fr

edvard-munch.gifSoyons honnête : comme beaucoup de mes contemporains hexagonaux, du peintre norvégien Munch, je ne connaissais essentiellement que "Le cri". Du moins le croyais-je jusqu'alors. En vérité, nombre d'œuvres m'étaient connues sans que j'eusse pu en nommer l'auteur.

 

Or, voici qu'avec un certain sens de la dérision, la Pinacothèque  intitule la première expo qui lui est consacrée en France : "Munch ou l'anti-cri". L'objet de ce titre : faire découvrir l'univers de l'artiste au delà de cette œuvre culte et emblématique. Laquelle ne participera pas, par conséquent, au programme des toiles exposées.

 

 

munch-l-anti-cri.jpg

Et la provocation fait mouche. Levée de boucliers, sur Internet entre autres. Si "Le cri" ne figure pas à la Pinacothèque, c'est parce que la Norvège refuse de le prêter, suite à de multiples tentatives de vol. L'expo serait surfaite et comprendrait principalement des gravures. Simple rumeur ou authentique état des lieux ?

 

J'avoue que c'est un peu à reculons que nous nous sommes rendus sur place. Pour très vite constater que nos peurs n'ont pas lieu d'être.

 

 

 

edvard-munch-04.jpgMunch est un peintre à la production pléthorique, véritable stakhanoviste du pinceau.

 

Il n'a de cesse de chercher, de tenter, d'innover. Impressionniste, expressionniste, fauve, pré-cubiste : il est tout cela à la fois, alternativement ou ensemble. Mais ne peut y être cantonné : du grattage de toiles aux distorsions de la lumière, de la multiplication des techniques aux gestes souvent précurseurs, il aura tout essayé. Et souvent beaucoup réussi.

 

Si dans l'ampleur de son appétit munch-enfant.jpgcréateur, tout n'est pas à retenir, les œuvres fortes sont légion. Elles jalonnent son parcours avec une belle constance.

 

Enfants au regard égaré, paysages aux limites de l'abstrait le plus somptueux, femmes énigmatiques …

 

La gravure ne prévaut pas sur les tableaux, mais occupe une place importante dans le monde de l'art munchien. Elle est en tant que telle amplement présente dans l'expo.

 

Le traitement de la gravure par Munch est unique. Peu sensible généralement à cette technique, j'ai ici été touché, bouleversé quelquefois.

 

edvard_munch_madone-3656b5.jpg

 

 

Sublimes noirs et blancs, perspectives tronquées et visages marquées. Des êtres jaillis de quel abîme semblent vous scruter jusqu'au fond du cœur. 

 

Munch n'hésite pas à ajouter une touche de couleur à ses gravures, voire les transformer en tableaux et les décliner dans différents tons. Telle cette sublime Madone ou ce couple face à la mer, dont chaque variation semble conter une histoire différente.

 

 

 

Alors n'en déplaise à ses détracteurs, force est de constater que l'expo remplit parfaitement son office : faire découvrir la somptueuse forêt que jusqu'alors nous cachait l'arbre…

 

munch-jealousy_litho_3.jpg

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

Edvard Munch ou l'anti-Cri, Pinacothèque de Paris,

28 place de la Madeleine, 75008 Paris
tous les jours 10h30-18h (14h-18h le 14 juillet)
nocturne le mercredi jusqu'à 21h
19 février - 8 août 2010

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• Lucian Freud : l'œuvre au noir

Publié le par brouillons-de-culture.fr

photo_expo-freud-gracia.jpgQu'on ne s'y trompe pas : si Lucian Freud est un peintre figuratif de la plus belle eau, ses œuvres n'en sont pas pour autant "reposantes".

 

Son sujet de prédilection, comme nombre de grands peintres d'autrefois : les damnés. Ceux-ci sont d'autant plus troublantsFreud-homme.jpg qu'ils sont désespérément quotidiens. Regards vides, corps martyrisés, que les épreuves ont quasi scarifiés, ces hommes et femmes brisés paraissent interroger notre modernité.

 

Mais la réponse déjà les indiffère. Ils sont bien au-delà d'elles, au delà de la vie même, ayant depuis déjà longtemps bifurqué vers les bas-côtés. Ils semblent avoir depuis longtemps perdu ce qu'ils aimaient. Ou la saveur de cet amour qui, même présent, est absent à leurs yeux.

 

Freud peint les loosers, les fracassés de la vie. L'enfer dont ils sont issus n'est jamais explicitement dit. Mais chaque détail de la toile le suggère. À chacun d'entre nous de reconstruire l'histoire.  D'y trouver un écho à sa propre défaite. À celle de tous ceux que nous refusons de voir. Car le perdant, c'est toujours l'autre.

 

fille-grenier.jpgCette femme nue, sur un lit de fer sans couvertures, dans une pièce sans meubles, s'endort-elle épuisée après que les huissiers lui aient tout pris? Cette jeune fille déjà brisée qui apparaît à l'embrasure d'un grenier, qui est-elle? Cette autre, à peine pubère, recroquevillée nue sur le sol, aurait-elle été victime d'un inceste? Ce qui se tisse en filigrane, quel qu'il soit, est toujours terrible. D'autres histoires, d'autres interprétations peuvent naître. Aucune d'entre elles n'est rassurante ni confortable.

 

Chaque tableau, d'une sombre beauté, dérange nos certitudes et distille un certain malaise.freud-femme-nue.jpg Car si Lucian Freud se veut un "peintre de la chair", c'est de chair martyrisée qu'il s'agit le plus souvent en l'occurrence. Peaux flasques et ridées, visages marqués, comme taillés à la serpe et vidés de leurs subsistances. Corps adipeux et malsains, striés de vergetures et de cellulite.

 

Ici, le charnel se désolidarise de la sensualité. La nudité est une mise à nu. Celle d'une lassitude sans artifices.

L'obésité des femmes et des hommes de Lucian Freud est résolument maladive. N'y cherchez pas la rondeur d'un Botero, l'érotisme gourmand d'un Renoir ou d'un  Rubens.

 

Là, la chair est en délucian-freud-autoportrait.jpgclin. Peintre de la chute, de la déshérence et du profond déni de soi, l'artiste ne se ménage pas davantage dans ses autoportraits, cherchant sur la peau les marques du temps, avec réalisme et crudité. Même si, de l'outrance naît parfois un lyrisme incandescent, d'autant plus puissant qu'il est comprimé sous les replis du réel.

 

Au diable le repos, on est bousculé, bouleversé, déstabilisé, incontestablement en présence d'une œuvre forte. L'exposition privilégie les grandes toiles, qui vous happent dans des tourbillons d'émotions contradictoires. Par contrecoup, on peut se révéler frustré du nombre restreint d'œuvres présentes.

livre-expo.jpg

Alors, pourquoi ne pas oser la jouissance totale en complétant, comme nous l'avons fait, par l'indispensable visite de la collection permanente du Musée d'Art Moderne du Centre Pompidou. Un voyage commencé avec ce grand peintre anglais d'aujourd'hui, et s'achevant sur des toiles de Grosz, Dali, Picabia, Bacon, Derain, De Chirico, Léger, Soutine... ou des sculptures de Giacometti …

C'est pour l'âme et l'esprit le meilleur des fortifiants connus !

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

 

 

Exposition "Lucian Freud, l'atelier"

Centre Pompidou - Paris

du 10 mars au 19 juillet 2010

Publié dans plein la vue

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• Turner contre Turner

Publié le par brouillons-de-culture.fr

S'il suffisait de s'inspirer des grands peintres des temps passés pour affirmer la force de son propre univers, Fernand Legros, faussaire génial du XXème siècle, serait à placer sur le même plan qu'un Picasso, qu'un Renoir ou qu'un Dali.

 

Deluge turner

Turner s'exerça fort longtemps à peindre "à la manière de", se désespérant de ne pas égaler la puissance de ses modèles. Force nous est de constater, en regardant les premières toiles de l'exposition "Turner et ses peintres"*, que le grand homme n'était probablement pas le plus doué des élèves en la matière. À l'exception d'un stupéfiant "Déluge", dans lequel on trouve quelques touches de ce qui constituera plus tard son univers, les tableaux "inspirés de" souffrent souvent de la comparaison avec leurs écrasantes sources d'inspiration.

 

 

 

Mais reprenons dès le début…

foule.jpg

De prime abord, nous nous félicitons de l'heureuse décision d'opter pour l'une des nombreuses nocturnes. Pas de ces interminables queues  qui rappellent étrangement le métro à l'heure de pointe. Pourtant, très vite nous devons déchanter : dans les salles proprement dites, on peine à circuler.

 

 

Une autre surprise nous attend. Elle est de taille : oublié l'immense peintre des tempêtes et des orages, des atmosphères viscéralement poignantes, où la forme bascule parfois jusqu'à devenir abstraction ; comme si le vent, le tonnerre, le navire devenaient un seul élément. Mis au placard le génial précurseur qui annonce tout à

la fois Manet et Jackson Pollock. 

Ce Turner-là est ici éclipsé au profit d'un Turner plus humble, qui gagne avec lenteur le centre du vortex d'où jailliront ses chefs d'œuvres.

 

Un Turner intimidé par les œuvres du temps passé, qui tente d'en capter l'essence, sans trop oser s'en démarquer. Comme si l'enfant entré à 14 ans à la Royal Academy voulait désormais ralentir le temps.

À 28 ans, il révise ses classiques. Et vers soixante, il tranche définitivement le cordon ombilical, opérant une rupture radicale avec les siècles passés, qui fera sa grandeur et sa célébrité.

 

 

Alors, vous demandez-vous, faut-il y aller ou non ? Il le faut, c'est incontestable. Pourquoi ?

joseph mallord william turner 012

 

 

Tout d'abord parce que c'est une leçon de vie. Devenir un grand homme, dans quelque domaine que se fut, ne se fait que fort rarement par l'opération du saint esprit, mais passe par de multiples trébuchements, erreurs, errances, hésitations . Il n'est jamais mauvais de le rappeler. L'accouchement d'un style ne va pas sans douleurs.

 

 

Secundo, parce que lorsqu'au détour d'un chromo anecdotique mal décalqué par Turner, on se prend de plein fouet un Poussin, un Rembrandt, un Titien, un Claude Lorrain ou un Véronèse, ça fait du bien par où ça passe. Au delà de l'esthétisme culturel, on est dans l'émotion pure.

 

 

Tertio, parce que c'est l'occasion unique de découvrir de petits maîtres David Wilkieoubliés (en tous cas inconnus de moi). Ainsi Van Ruisdael, dont les mers sombres contiennent un nombre de déclinaisons du noir à faire pâlir un Soulages. Ou Sir David Wilkie, peintre écossais dont les personnages possèdent une force d'expression peu commune. Ou Téniers, dont une toile m'a littéralement happé au détour d'une allée. Ou encore Lautherbourg, grand peintre des naufrages ; dans ses toiles on sent souffler le vent âpre, entend la mer en furie.

Sir David Wilkie

 

 

In fine, pour la dernière salle, où figurent les œuvres de la maturité. Ou Turner renonce enfin à être un autre, et peut ainsi devenir lui-même.

 

C'est à dire totalement unique.

 

turner neige

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme


*"Turner et ses peintres" - Grand Palais / Paris - du 22 février au 24 mai 2010

 


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