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• Marc Behm : ceci n'est pas un polar

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Marc_Behm_.jpgQuand on évoque les grands auteurs de polars et de série noire, on cite rarement le nom de l'auteur de "Mortelle randonnée". Marc Behm est mort en 2007 sans que son décès ne fasse la une des gazettes. Sans doute le romancier est-il le principal responsable d'une telle méconnaissance. À force de surfer sans cesse entre les genres et les styles, il en vient à défier toute étiquette et à se révéler inclassable. Une particularité qui n'est pas des plus cotées dans l'hexagone. Mais qui est précisément la marque de son génie.

 


 

Comme pour nombre de ses lecteurs français, ma première rencontre avec son œuvre fut le film de Claude Miller, qui s'inspire d'une de ses œuvres. "Mortelle randonnée" : le cocktail incomparable d'un Michel Serrault impérial, d'une Adjani resplendissante à métamorphoses multiples et de la puissante musique de Carla Bley. Un film au statut d'œuvre culte. Une histoire si intrinsèquement tordue qu'elle suscite en moi l'envie immédiate de lire le livre. Soyons honnêtes : je ne reçois pas le choc que j'en espére. Certes, "Mortelle randonnée" est un excellent polar déjanté ; mais sans vouloir jouer les rabat-joie ou les blasés, ça sentait le déjà lu. Au centre du récit, un détective privé. Il a basculé dans la folie MORTELLE RANDONNEEdouce, mais demeure assez conscient pour le dissimuler aux yeux de tous. L'origine de son mal : son ex qui lui ferme la porte, lui interdisant de voir sa fille. Il ne l'a connue que bébé. Un jour, elle lui envoie une photo de classe. Sa fille est là, dit-elle. À lui de la reconnaître. Cruauté gratuite qui le fait basculer de l'autre côté. Irrémédiablement. Quand il est amené à suivre les pas d'une aventurière qui tente d'arnaquer un jeune homme de bonne famille, il ne se doute pas encore qu'il va assister en direct à l'assassinat de ce dernier. Au lieu de la dénoncer, il va tout faire pour effacer les traces de ses crimes, l'identifiant à sa fille absente.

 

Le thème est développé sans accrocs. Le livre se lit avec plaisir. Avec jubilation quelquefois. Dire qu'on y sent la griffe d'un très grand semble pourtant exagéré. À dire vrai, le film est, sur bien des plans, supérieur au roman, notamment dans sa dernière scène. J'avais passé un bon moment de lecture, mais j'étais loin d'imaginer qu'un jour, je me jetterai avidement sur chaque nouveau roman de Marc Behm.

 

 

Ce fut de nouveau le cinéma qui m'invita dans la planète Marc Behm. Jean-Jacques Beineix en ces temps-là, devait porter à l'écran un livre réputé inadaptable : "La Vierge de Glace". Qu'on juge par le thème de la difficulté à mettre la chose en images : parce qu'ils en ont assez de se cacher, de devoir sans arrêt trouver des subterfuges pour se procurer discrètement du sang, un groupe de jeunes vampires décide qu'il faut se mettre au vert dans une grande maison, où nul ne cherchera à leur nuire. La fin justifiant les moyens, ils envisagent, pour ce faire, de cambrioler une banque située au dernier behm la vierge de glaceétage d'un gratte-ciel. Ce qui présente quelques difficultés : ils ne connaissent plus les trucs pour se transformer en chauve souris, en loup ou en fumée. Il leur faut par conséquent un mentor. Ils le trouvent en la personne d'un vieux vampire, autrefois initié par Robin des Bois (!!!). Il est expert en ces matières, bien qu'il soit affligé d'un sérieux handicap : une verge éléphantesque, par lequel le maître est obsédé jour et nuit.

 

Un tel projet, s'il n'est pas mené d'une main experte, peut rapidement sombrer dans le plus total ridicule. Si le film au finish ne se réalise pas, son scénario me remet le nom de Marc Behm en bouche et l'envie de me plonger dans le livre sans plus attendre. Une merveille de drôlerie et d'inventivité. Partant d'un postulat de départ aussi délirant, l'auteur arrive même, par moments, à faire surgir d'on ne sait où l'émotion. Transposant les codes de la série noire dans le monde des vampires, Marc Behm fait mouche dans ce roman souvent très drôle.

 

Je note cette fois le nom de l'auteur, afin de ne pas l'oublier. Difficile, voire impossible, après son glaçant "Reine de la nuit". Un livre qui se passe pendant la seconde guerre mondiale. Qui dresse le portrait d'une jeune femme ambitieuse sous le Troisième Reich. Marc Behm se permet au début quelques passages hilarants. Décrivant les travers et ridicules des grands pontes du régime d'une plume alerte et corrosive. Ce n'est que pour mieux nous serrer le cœur dans un étau par la suite. Car son livre ne raconte rien d'autre que l'ascension de cette femme. Jusqu'à se trouver à la tête d'un camp de concentration. Pas un monstre. Juste une femme normale qui veut réussir. Qui se laisse entraîner par les circonstances à l'impensable…  "La reine de la nuit" :  un brûlot à lire toutes affaires cessantes.

 

Déconcertant les puristes, enthousiasmant les amateurs d'œuvres du troisième type, les livres de Marc Behm ne se

trouille

laissent pas aisément apprivoiser. Avec "Trouille", il créera un thriller implacable, dont le héros n'est pas très net et le vrai méchant invisible. Avec un culot renversant, le romancier anticipe de dix ans le thème des "Destination finale". Parce qu'il l'a frôlée de près un jour, le héros du livre se persuade que la Grande Faucheuse en personne le traque. Pour récupérer son dû. Au moindre signe - une allusion dans la conversation par exemple…- il change de domicile, au besoin trouve un subterfuge. Roman haletant, poignant, troublant, où toutes les portes restent ouvertes. D'une logique terrible.  Course-poursuite sans merci ou livre sur la paranoïa ? Thriller fantastique ou voyage dans le cerveau d'un psychotique ? Quelle que soit notre propre interprétation, impossible de lâcher "Trouille" avant la fin.

 

La vérité commence à m'apparaître, à la lecture de "Trouille"  : si "Mortelle randonnée" est, à l'aune de la production courante un excellent polar, ce n'est qu'un livre mineur en regard des autres romans de Marc Behm. Son œuvre la plus classique en somme, qui en ferait presque un auteur "fréquentable". Ce que bien heureusement il n'est pas.

 

à côté de la plaqueOn peut pourtant se demander, au vu de ce qui précède, si le romancier s'est risqué de nouveau à la série noire classique après "Mortelle randonnée"… La réponse est assurément "oui". La preuve en est "À côté de la plaque". Encore un détournement -mais quel !- des codes en vigueur dans le genre. C'est par hasard que le héros, gérant de garage et insomniaque chronique se trouve nez à nez avec une scène de crime. Les flics sont déjà sur place. Lui ne voit rien d'autre que les beaux yeux d'une inspecteur, et n'a de cesse de la revoir. Bien trop timide pourtant pour lui avouer sa flamme.

La belle est chargée d'enquêter sur un tueur en série, qui trucide ses victimes à la hache. L'occasion rêvée pour notre anti-héros d'attirer l'attention sur lui. Il multiplie les indices, les pistes remontant vers lui, jusqu'à en devenir suspect numéro un. Ce qui lui vaut, bien entendu, quelques visites de la belle. Je ne vous révélerai pas la fin, bouleversante, qui, comme toute série noire qui se respecte, laisse un goût amer dans la bouche. C'est tout simplement grandiose.

 

et ne cherche pas

Chassez le (sur)naturel et il revient au galop… Retour donc à la case "polar psychédélique" et "thriller fantastique" avec le surprenant binôme créé par "Et ne cherche pas à savoir" et "Crabe'. L'héroïne est une collecteuse d'âmes. Elle fait signer des contrats  qui promettent amour, gloire et beauté en échange du "système homéostasique" de ses clients. Lesquels immanquablement interrogent "Qu'est-ce que ça veut dire au juste". "Ne cherche pas à savoir" répond du tac au tac la belle. "Et ne cherche pas à savoir" donne une épaisseur à ce qui n'eût pu être qu'un personnage prétexte. Depuis qu'elle fait ce travail (dans l'Antiquité déjà …), elle s'est fait beaucoup d'ennemis. Comme ce bon vieux Hannibal (pas Lecter, mais bien celui de Carthage avec ses éléphants), rancunier au possible, qui ne lui pardonne pas de l'avoir piégé autrefois et tente de la mettre en échec depuis quelques siècles déjà. L'ennui, c'est que ses pouvoirs se sont redoutablement accrus. Marc Behm ne joue pas, comme dans "La vierge de glace" la carte de l'humour, le délire du romancier trouve un parfait contrepoint dans la manière ultra-précise dont il brosse les caractères de ses héros.

 

tout un romanSi l'on excepte un recueil de nouvelles écrit à quatre mains avec Paco Ignacio Taibo II, l'auteur achève son parcours en beauté par un livre qui me fit tordre de rire. Le bien intitulé "Tout un roman". Parodie des romans d'espionnage aussi speed en quatre pages que tous les épisodes de James Bond réunis. En dix pages, le héros se met à dos le FBI, la Mafia, l'Ira et j'en passe… Et ça continue sur ce rythme, sans jamais s'essouffler, jusqu'à la dernière page. Entre deux esclaffements, Marc Behm parvient à rendre son héros attachant. L'auteur passe à la moulinette tous les thrillers des dernières décennies, les condense, et pousse l'absurdité des situations initiales à peine quelques crans au-dessus pour les rendre d'une inoubliable drôlerie.

 

L'éclectisme du romancier, dans un premier temps, déconcerte. Mais finit toujours par séduire. Parce qu'il ne prend jamais ses lecteurs pour des imbéciles. Parce qu'aussi tordus que soient ses projets, il y apporte toujours l'amour, l'enthousiasme et la force de conviction nécessaires pour les rendre crédibles. 

 

Que restera-t-il de l'écrivain ? Certes, une poignée de romans à peine. Mais pour la plupart insensés. Vertigineux. Indispensables… Marc Behm a bien mérité son accès à l'éternité.

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

Publié dans polar pour l'art

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• Toni Morrison : Love & Nobel

Publié le par brouillons-de-culture.fr

 

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Grand nombre d'immenses écrivains possèdent leurs obsessions récurrentes. Ils y reviennent assez régulièrement au fil de leur œuvre. Il en va de même pour bien des grands lecteurs, gourmands d'un savoureux savoir. J'avoue pour ma part être un pervers polymorphe. Concernant la littérature s'entend. Des préoccupations auxquelles je retourne sans faillir. L'une d'elles consiste à me plonger dans la lecture des prix Nobel, quelle qu'ait été l'époque à laquelle celui-ci fut attribué. Le jeu en vaut croyez-moi la chandelle. L'enthousiasme, mais également le fou rire ou l'ennui peuvent vous guetter au tournant. Et par instants, le choc salutaire : le génie oublié à tort, enseveli par l'histoire des lettres mais d'une puissance renversante (par exemple Pär Lagerkvist, dont chaque livre est un chef d'œuvre).

 

Ne croyez pourtant pas que je snobe les plus récents nobellisés. J'attends généralement que l'excitation médiatique retombe, puis je n'y pense plus. Jusqu'au jour où mon innocente manie vient reprendre le dessus. "Et si je lisais un auteur qu'auparavant je n'avais jamais lu ? Toni Morrison par exemple… Bon sang ! J'avais presque oublié qu'elle avait eu le Nobel… C'était en quelle année déjà ?". Impardonnable oubli… Non seulement parce que Toni Morrison est la première afro-américaine à avoir obtenu la fameuse distinction, mais également -mais surtout- parce que j'avais jusqu'alors ignoré cette plume d'une prodigieuse intensité. Je m'en suis mordu les doigts en commençant à dévorer "Love".

 

En quelques pages -que dis-je, quelques lignes à peine !-  l'auteur parvient à déjouer tous les pièges d'une littérature auto-centrée. Genre "Je suis femme, donc je vais parler de problèmes exclusivement féminins. Avec une sensibilité toni-morrison-prix-nobel-.pngtypiquement féminine". Ou encore "Je suis noire, donc je ne vais parler que de la condition des noirs". Grandes plaies de la littérature, qui, pour quelques sublimes fleurons - je n'irai pas jusqu'à balayer d'un geste négligent des romanciers aussi précieux que Richard Wright, Chester Himes ou James Baldwin ...!- ont donné nombre de copistes peu inspirés.

 

L'appartenance afro-américaine des personnages de ce livre n'est jamais surlignée au crayon gras. Elle est évoquée de loin en loin, toujours de manière pertinente et efficace, quand la couleur de peau joue un rôle déterminant pour l'action, mais n'est en aucun cas centrale. Toni Morrison n'écrit pas sur la condition des Noirs en Amérique. Mais sur des êtres humains qui vivent. Aiment. Souffrent. Vivent. Se passionnent. Et n'hésite pas à dire que, si elle possède moins de pouvoir, la petite ou grande bourgeoisie chez les hommes de couleur peut rendre aussi stupide et infatué de soi que son équivalent chez les blancs.

 

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S'il trace quelques superbes personnages de femmes, "Love" n'est pas non plus intrinsèquement écrit pour elles et seulement elles. Il touche, par l'humanité de ses propos et son foisonnement sensuel et émotionnel, à quelque chose d'universel. L'auteur évite un autre piège, plus subtil celui-là : l'impasse de la "belle écriture". Le début de "Love" est ponctuée de phrases magnifiques.

"Les couleurs deviennent si sauvages qu'elles pourraient vous terrifier"

"Même celles qui arborent leurs cicatrices comme des médailles présidentielles et qui portent leurs bas roulés aux chevilles ne peuvent cacher les adorables petites filles qu'elles ont été, ces enfants délicieuses lovées quelque part en elles, entre leurs côtes, ou bien sous leur cœur"

"Mon fredonnement à moi est avant tout très doux, très intime ; il convient à une vieille femme que le monde embarrasse ; c'est sa manière de désapprouver ce que le siècle est en train de devenir "

Le lecteur est en droit de craindre que le style n'étouffe ici toute autre préoccupation. Toni Morrison ne le laisse jamais prendre le pas sur l'histoire, l'émotion qui se dégage de chaque personnage. N'hésitant pas à être crue lorsque cela devient absolument nécessaire.

 

Deux femmes vivant dans une grande maison, unies par une haine farouche, façon "Qu'est-il arrivé à Baby Jane". Entre les deux une jeune fille, officiellement chargée d'écrire les mémoires de l'une d'elles. Les deux ennemies vivent dans le souvenir de l'hôtel, aujourd'hui fermé, tenu trentetoni-morrison-2.png ans durant par Bill Cosey. Un personnage fascinant, ambigu, paradoxal, dont chacun se souvient à sa manière. Généreux et mauvais, tyrannique et cordial à la fois. Un lieu où chacune d'elles a tenu un rôle important. L'hôtel et son propriétaire sont d'ailleurs le point focal vers lequel retournent sans cesse la plupart des gens du village, un passé pas nécessairement meilleur, et non exempt de sales secrets, mais qui est pour eux comme une source. Les liens qui unissent les différents protagonistes de l'histoire, nous ne les apprendrons qu'au fur et à mesure d'un récit qui multiplie allers-retours entre présent et passé. Et nous voici le cœur pris en tenaille, otages d'une écriture aux multiples métamorphoses, de situations poignantes et de personnalités fortes.

 

Un autre écrivain demanda un jour à l'auteur du "cœur est un chasseur solitaire", pourquoi son livre ne comportait pas d'histoire d'amour. Sincèrement étonné, Mc Cullers répondit "mais il n'y a que ça". "Love" semble faire écho à cette anecdote. Mais d'une façon détournée, déviante : car ici, c'est avant tout le manque d'amour qui est évoqué. Une absence

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qui précipite ceux qui en souffrent dans la pure tragédie grecque. Pas de sentiments à l'eau de rose, mais des individus qui se cherchent et ne se trouvent pas. Ou parfois se trouvent trop tard…

 

Toni Morrison trace un trait d'union entre littérature classique et littérature moderne, entre la précision doucereuse d'une Carson Mac Cullers et les plongées en apnée aux enfers d'un Hubert Selby Junior ou d'un Breat Easton Ellis. En réalisant cette impensable synthèse, sa plume  se révèle vite indispensable au lecteur le plus exigeant.

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

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• Van Dongen... fauve, anarchiste et mondain

Publié le par brouillons-de-culture.fr

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La peinture est un terrain idéal pour les associations d'idées. Dites Magritte ou Man Ray, "surréalisme" vous vient aussitôt à l'esprit. Monet, Renoir, Cézanne ? Impressionnisme of course. Otto Dix, Klimt ? Expressionnisme. Mais à ce jeu, certains noms ont l'art de vous déconcerter.

 

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Ainsi, lancez le nom de Van Dongen au hasard d'une conversation. Un grand assurément. Mais à quel courant le relier ? Quel est le tableau le plus représentatif de son art ? On cherche des faux fuyants, on parle d'autre chose. On répond tout à trac, confondant le plus souvent avec un autre peintre.

 

Mon ignorance réelle n'était pas moindre, mais une part de responsabilité en incombe à ce diable d'homme lui même. Qui semblerait toute sa vie s'être acharné à brouiller les pistes, s'amusant à demeurer perpétuellement insituable.

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van-dongen-nu-couche.jpgL'exposition "Van Dongen, fauve, anarchiste et mondain" possède, pour une fois, un titre on ne peut plus approprié. Qui paraît représenter et la peinture et l'homme. Qui était tout cela à

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la fois -et bien d'autres choses encore- sans jamais trancher en faveur de l'une ou l'autre tendance. Impeccable dandy au bras de son épouse dans les réceptions cotées et dans le même temps illustrant les brûlots anarchistes les plus révolutionnaires.

 

N'appartenant à aucun courant, parce qu'il les brasse tous, empruntant, d'un tableau à l'autre, à tel ou tel style ce qui le séduit le plus pour en livrer la quintessence. Car Van Dongen a du panache et le génie des métamorphoses.

 

Fauve, quand il laisse exploser les couleurs dans ces merveilles absolues que sontvan-dongen-enjoleuse.jpg "Le doigt van-dongen-jack_johnson.jpgsur la joue" ou "Jack Johnson". Impressionniste dans les "Marchandes d'herbes et d'amour" ou dans "L'autoportrait en Neptune". Expressionniste dans "L'enjôleuse" "Le vieux clown", qui, en s'affranchissant de Grosz et d'Otto Dix, anticipe déjà Buffet. Voire Lucien Freud.  Proche de Kisling quand il peint Anna de Noailles. Surréaliste dans "Le Tango de l'Archange" ou dans "La nuit".

 

Cette dernière œuvre m'a mis à genoux. Les larmes aux yeux, je suis resté longtemps à la contempler. Tant de simplicité dans autant de beauté. 

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Van Dongen aurait pu n'être qu'un pasticheur de génie. Or, c'est un explorateur. Loin de copier, il anticipe. Il peint comme un Cézanne, un Klim ou un Magritte peindraient trente ou quarante ans plus tard. Il peint surtout comme Van Dongen, avec un sens exceptionnel des formes, des lumières et des mises en espace, jouant avec les perspectives, drainant nos regards

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vers un point focal qu'il a décidé par avance.

 

Il ne s'approprie aucune technique, aucun courant par hasard ; ils deviennent vite, sous ses doigts, la matière même de ses rêves. Alchimiste du regard, il transforme l'or  en nature luxuriante de son paysage intérieur.

 

Qu'il opte pour tel ou tel style, il est toujours Van Dongen. Ne se cantonnant à aucune école, pour mieux donner son art à tous.

 

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Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

 

Van Dongen  Fauve, anarchiste et mondain 

25 mars - 17 juillet 2011

Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

 

plus d'info  ICI

 

 

 

Publié dans plein la vue

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• Trois ténors du jazz libanais 1) Ibrahim Maalouf

Publié le par brouillons-de-culture.fr

musique-danse-1268899327609jpg.jpgBien plus qu'un genre musical, le jazz est un pays. Ouvert aux étrangers, aux gens venus d'ailleurs. Ceux qui, à la palette des couleurs musicales, apporteront leur singularité, et donneront du sang neuf à cette vieille dame indigne. Dès lors, ils seront accueillis comme des frères. "Toi qui est différent, tu m'enrichis" disait Saint-Exupéry.

 

Loin d'être figé dans une posture qui virerait vite à l'imposture, de se replier, comme le pensent certains, dans des chapelles, le jazz est l'une des musiques actuelles les plus ouvertes au monde extérieur qui soit. Le métissage demeure la condition sine qua non de son actualité. Au Bataclan à la Villette et ailleurs les rats de cave se mêlent aux novices et aux curieux pour des communions magnétiques. Son étonnante vitalité demeure pourtant inversement proportionnelle à l'inertie des grands médias audiovisuels.

 

Dans ce premier volet (en 3 articles) consacré au jazz d'aujourd'hui, je parlerai de trois compositeurs-interprètes d'origine libanaise, qui ont su fusionner les langages musicaux de l'Orient et de l'Occident avec swing et élégance.

 

À trente et un ans, Ibrahim Maalouf, est doté, non seulement d'une maîtrise époustouflante de la trompette, mais également d'une inventivité constante dans ses créations. Loin de tout exotisme, de tout effet facile, il n'additionne pas les sciences musicales des deux mondes, mais les multiplie l'une parIbrahim-Maalouf-43.jpg l'autre. En y ajoutant, au passage, cet élément qui échappe à tout calcul : la grâce.  Pour ceux que l'homonymie troublerait, sachez que Ibrahim est le neveu de l'écrivain Amin Maalouf. Il est également petit fils de Rushdie Maalouf, poète, journaliste et musicologue. Fils de Nadia Maalouf, pianiste et du trompettiste Naasim Maalouf. Si le milieu ambiant semble propice à développer une sensibilité musicale, il serait en revanche vain et dangereux de tenter d'expliquer le talent par les gênes. Surtout quand le talent a quelque ampleur. La création se nourrit du regard et des expériences. Mais ne peut s'élaborer sans un travail acharné. Et sans ce plus imprévisible qui sépare l'habile technicien du mélodiste accompli.

 

Ces ascendants revêtent pourtant quelque importance ; c'est son père qui lui donna le sésame pour ouvrir sa propre caverne d'Ali Baba. Elle prit la forme d'une trompette diatonique qu'inventa Naasim Maalouf dans les années cinquante. Cet instrument possède pour particularité de pouvoir jouer les quarts de ton. Ce qui ne signifie rien d'autre que pouvoir, ainsi, interpréter les musiques arabes. Outil dont Ibrahim va transformer la stupéfiante grammaire en luxuriante poésie sonore.

 

ibrahim_maalouf_album.jpg

Auprès de son père, l'enfant s'initiera non seulement aux mélodies orientales, mais également aux classiques ainsi qu'aux contemporains. Un bagage dont il saura se servir à bon escient. Dès neuf ans, l'enfant témoigne d'une belle maîtrise de l'instrument. Bientôt, la guerre du Liban et les interrogations qu'elle suscite, participeront douloureusement à la genèse du musicien. Exilé avec sa famille dans une banlieue parisienne, il y demeurera fidèle à sa passion. Il travaille d'arrache-pied afin de se préparer à participer à un maximum de concours internationaux. S'initie à toutes sortes de répertoires.

 

 

Ce n'est que parvenu à un certain stade de perfection technique (il fut récompensé, entre autres, par une Victoire de la Musique l'année dernière pour ses interprétations) qu'il se permettra d'exprimer sa sensibilité. À travers deux disques qui ouvrent de nouvelles voies dans le jazz. En dépit de son jeune âge, Ibrahim Maalouf a l'étoffe d'un défricheur. Une sorte de Miles Davis version orientale. La totale sincérité de sa démarche, la puissance émotionnelle qu'offrent chacun de ses concerts : autant d'atouts qui lui évitent bien des culs de basse-fosse. En premier lieu celui qui ferait de ses origines un élément "exotique". En second que sa maîtrise extrême de l'instrument ne devienne un obstacle.

 

 

"Diasporas" séduisait sans totalement convaincre. On y sentait un créateur (et pas seulement un interprète) d'exception. Mais qui creusait encore, cherchait sa voie. Sa voix. Elle se mit à résonner avec une force phénoménale dans son second album "Diachronism", qui révèle une identité musicale forte, dont "Diasporas" constituait une première approche. On n'y assiste pas à un simple dialogue entre Orient et Occident, mais à une sorte de transmutation alchimique, énergétisante au Evry-Daily-Photo---Theatre-de-l-Agora---Ibrahim-Maalouf-2.jpgpossible, des deux visions, pour n'en plus former qu'une à travers cet ardent terreau de convergences qu'est le jazz.

 

Sur scène, Ibrahim Maalouf électrise totalement son public. : Il joue avec lui, l'interpelle, bouscule ses habitudes. Et les notes s'emballent, frôlant de près la beauté sombre et dynamique du rock. Énergie rockn'roll, désinvolture apparente de qui tutoie si souvent l'excellence… Maalouf aspire tous les genres dans un tourbillon magnétique pour mieux les transformer dans ses notes. Rock, jazz-rock, jazz-fusion : des étiquettes dont il semble se défier. Qu'importe, au bout du compte demeure la Musique, avec sa belle majuscule.

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans polyphonies

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• Otto Ganz : une leçon de souffle

Publié le par brouillons-de-culture.fr

GANZ-2.jpgPoète, romancier, plasticien, Otto Ganz est sans doute l'un des plus beaux fleurons de la jeune scène poétique belge. L'un des romanciers les plus innovants de l'outre-Quiévrain. Et… je ne parlerai pas ici de son activité de plasticien, non seulement car ceci m'éloignerait du sujet, mais parce que j'avoue en ignorer quasiment tout, Otto Ganz ayant essentiellement exposé en Belgique.

Tant de dithyrambes peuvent sembler excessives, mais les œuvres dudit les justifient pleinement.

 

À vrai dire, j'aurais pu totalement passer à côté de Otto Ganz. Tout commença avec le livre d'un ami écrivain, Orlando De Rudder : "Rhétorique de la scène de ménage". En exergue de nombreux chapitres, Orlando cite une phrase d'Otto Ganz, dont la beauté et la profondeur me laissèrent sans voix. Qui était cet auteur dont je ne savais rien et qui déjà m'apparaissait majeur ?

 

otto-ganz-enroulement.jpgQuelques recherches en librairie plus tard, je savourais "L'enroulement". Succulente entrée en matière que ce roman sublimé par une langue unique, qui porte le verbe haut et maîtrise le lyrisme à froid mieux que personne, ne le laissant jamais prendre le pas sur l'histoire et sur des personnages forts.

 

Plus épicée fut ensuite ma lecture de "La vie pratique", roman érotique d'une force terrible, surfant entre Bataille et Sade mais sachant imposer sa propreotto-ganz-vie-pratique.jpg musique et dressant le portrait d'une femme multiple, maîtresse femme et enfant fleur. Ça secoue, ça remue, d'autant que Ganz voue à ses maudit(e)s une impitoyable tendresse.

 

Il me tardait de lire sa poésie. Outre l'impression tenace que m'avaient laissée les ouvrages précités, mon a priori positif se trouvait renforcé du fait que l'homme avait écrit à quatre mains avec Werner Lambersy et Daniel De Bruycker. Soit deux figures emblématiques de la poésie walonne d'aujourd'hui.

 

Étrange et fabuleux objet que cette poésie-là. On se laisse porter et imprégner par elle. Le cœur et le cerveau l'absorbent comme des éponges. Pour qui veut la disséquer par le seul biais de l'intellect, elle demeure pour ainsi dire inaccessible et hermétique. Mais pour qui sait vivre dans l'unique instant du vers, pour qui prend la beauté qui le submerge sans poser de questions inutiles, pour qui la reçoit avec simplicité et naturel, elle est immédiatement familière et pénètre en profondeur.

 

Pour chaque recueil, il est parfois difficile de trancher -d'ailleurs, est-ce vraiment nécessaire ?- S'agit-il d'une multitude de poèmes de trois ou quatre lignes, façon haikus ? De poèmes courts ? D'un seul et unique poème dont chaque page constituerait un nouveau chapitre ? Otto Ganz brouille les pistes. Et comme il a raison… car on aime à se perdre dans cette jungle hospitalière de mots, d'images et d'émotions.

 

Le doute vient de ce que l'auteur commence chaque paragraphe par le même mot. Pour "Pavots", "je crois" constitue le pivot de l'ouvrage.otto-ganz-pavots.jpg

"je crois

à la fulgurance

des vertus

du silence

 

je crois

qu'il a fallu perdre

sans cesse avant

de savoir parler"

 

Ou encore :

 

"je crois

le bonheur

érigé sur une

acquisition de lumière

 

je crois

sans erreur

que l'on se trompe

d'autrui"

 


Tout autre semble être le sujet central de "À l'usage de ceux qui apprennent à entendre les mots. Note Didactique". Un titre volontairement pompeux, grandiloquent, sorte de pied de nez sémantique à ceux qui se prennent trop au sérieux. Otto Ganz ne nous trompe pas pour autant sur la marchandise, même s'il interprète l'intitulé à sa manière. Si chaque phrase de cette "note didactique" commence par "Il se peut que le poème", elle s'achève invariablement par "Et ce n'est pas ici qu'est le sens"

otto-ganz-usage.jpg

"Il se peut que le poème

soit un élagage si fort

que l'essentiel des voix

subsiste

 

Et ce n'est pas ici qu'est le sens"

 

Ou encore :

 

Il se peut que le poème

soit une des marches

de l'escalier branlant

qu'est la survie

 

Et ce n'est pas ici qu'est le sens"

 

 

 

otto-ganz-lecon-souffle.jpg

Cette obsession stylistique, signe d'un recommencement perpétuel pour tenter d'exprimer au plus juste, au plus précis, est déjà présente dans le magnifique recueil antérieur "Leçons de souffle".

"Voici diront-ils

les émotions qui

te seront interdites

pour toujours

 

celles qui ont

tenu jusqu'à présent

dans l'espoir

d'en goûter plus"

 

 

Il serait tentant de séparer le romancier du poète. Mais les choses ne sont pas si simples. Il y a dans ses romans de purs moments de poésie, même si ses poèmes ne contiennent en aucun cas des fragments de romans. Certes, ses récits narrent des histoires, et brossent avec brio le portrait de personnages hors norme ; quand Otto Ganz poète décrit un ressenti, une émotion, tente de traquer l'indicible. Certes, Ganz romancier ne rechigne guère aux envolées lyriques, quand le barde Otto Ganz, à chaque nouveau recueil, semble tendre vers l'épure.

 

otto-ganz-3.JPGMais il existe entre ces deux facettes une convergence majeure : ce que semblent raconter les romans d'Otto Ganz, c'est la difficulté d'être pleinement. En filigrane de ses poèmes, la difficulté à dire vraiment ce qui est, à ajuster paroles et pensées pour transcrire au plus exact notre réalité intérieure.

 

Et dans les deux cas, dans une sorte d'optimisme lucide, Otto Ganz paraît affirmer que cela n'a pas d'importance. Que tout cela n'est qu'un jeu, même si la farce est parfois cruelle. Et qu'il est capital de rire de nos impasses, de peu d'importance face à cette chose immense, essentielle : nous sommes vivants !

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans peau&cie

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• En attendant "Le chat du rabbin"

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Joann-Sfar_medium.jpgSfar, en tant que dessinateur, scénariste ou co-scénariste, a collaboré avec une bonne partie de ce que la jeune BD compte de talents exigeants."Petit vampire", "Le petit mousquetaire", "Socrate le demi-chien", "Les olives noires", autant de séries qui brillent par une imagination picaresque constamment renouvelée.

 

L'humour y est omniprésent ; Johann Sfar fait cohabiter la trivialité la pluschatrabbin_tn.jpg rabelaisienne et le gag le plus subtil, tout en finesse et en délicatesse, avec une remarquable virtuosité. La philosophie s'y invite sans façons. On parle beaucoup dans ses BD. On y parle souvent bien. De la vie, de l'amour ou de la religion. Du simple plaisir d'exister, des nécessaires compromis et de leur manque de gravité. Souvent le dessin se fait aussi fluide que la parole, que la pensée en action, et les personnages ont l'air de flotter dans un brouillard fuligineux aux couleurs vives. Mais il y a davantage encore : une tendresse innée envers ses personnages, fussent-ils ambigus au possible, voire carrément amoraux.

 

chat-rabbin.jpgAvec "Le chat du rabbin", Sfar ajoute à sa palette une couleur nouvelle, qui n'était que latente dans ses œuvres précédentes : l'émotion. Fabuleuse saga que ce conte philosophique, livre d'images où de nombreuses scènes sont commentées en voix off. Sfar bouscule les règles de la narration classique avec une humilité rare. Parce que rien chez lui n'est ostentatoire et ne sent l'effet de style.

 

Le héros de cette série est un chat. Après avoir avalé un ara, voici que le félin se Chat-parlant.jpgmet à parler. Sept ans à observer son maître, un rabbin, sa jeune maîtresse Zlabya, fille d'icelui, ainsi que ses multiples explorations dans le monde des humains lui ont donné matière à réflexion. Notre quadrupède possède une faim de connaissances sans limites, un amour de la vie du même acabit, et une langue bien pendue. Seul, il a appris à lire derrière l'épaule de Zlabiya. Il veut à présent apprendre, comprendre et communiquer. Aux préceptes rigides de sa religion (et de toute religion prise au pied de la lettre), que d'ailleurs fort peu respectent, il oppose une tendre ironie et un solide bon sens.

 

CHAT_RABBIN.jpg

Le rabbin est un brave homme, mais ne voit souvent pas plus loin que les réponses qu'on lui a enseignées. S'il proteste vigoureusement à haute voix face à ce chat impertinent et curieux de tout, il n'en est pas moins, dans le secret de son cœur, sérieusement ébranlé dans ses certitudes. Riche en péripéties, constamment drôle, "Le chat du rabbin" rebondit sans cesse vers de nouvelles directions, tenant en haleine ses lecteurs et lectrices.

 

Prince-des-montagnes-1_lightbox.jpg

Faire rire, réfléchir et émouvoir dans un même mouvement, voilà qui n'est pas à la portée du premier venu. L'histoire, portée par des personnages riches et solidement campés (on n'oubliera pas de sitôt le "Malka des Lions") trouve sa parfaite illustration dans le trait précis de l'auteur. Un dessin qui doit tout autant, toutes proportions gardées, aux impressionnistes qu'aux expressionnistes, mais dont la gamme chromatique serait plutôt à chercher du côté des fauves, tant Sfar est un coloriste accompli.

 

choses-changent-johann-sfar-le-chat-du-rabbin-1-2002.jpg

Vous verrez, les anti-héros du "Chat du Rabbin" deviendront rapidement pour vous comme une seconde famille…Dans laquelle vous pourrez prendre tout le temps de vous installer au fil des cinq épisodes papier, avant d'en voir l'adaptation cinématographique, sortie nationale demain, le 1° juin. "Le chat du Rabbin", un dessin animé réalisé par l'auteur, en 3 D s'il vous plait, et que nous n'avons pas encore eu à cet instant l'heur de voir.

 

 

 

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans avec ou sans bulles

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• Tomboy : un film fragile et précieux

Publié le par brouillons-de-culture.fr

tomboy_4.jpgIl est des films fragiles, qu'on a envie de défendre en dépit de leurs imperfections. Quand indubitablement ils recèlent de précieux instants de grâce. "Tomboy", le second film de Céline Sciamma est de cette espèce-là. 

 

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Tout commence par un enfant dans la pré-adolescence. Cheveux courts, visage exposé plein vent. Enfant dont le sexe demeure à priori un mystère, flottant dans l'ambiguë androgynie d'un entre-deux âges énigmatique.

 

Un trajet en voiture décapotable, aux côtés de son père. Qui, par instants, lui cède le volant. Dès lors, ses allures de "vrai petit mec" nous convainquent qu'il ne peut que s'agir d'un garçon. Le trajet les conduit vers leur nouvelle maison, où les attendent la mère enceinte, en compagnie de la petite sœur.

À peine au terme du voyage, le voile est brusquement soulevé : Laure est un "garçon manqué". Pas par manque d'amour. Le problème est ailleurs et là réside la force du film.

 

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Dès les premiers plans, un certain charme opère. Beauté plastique de l'image, délicatesse des sentiments, justesse de l'observation. Par petites notes, par des signes subtiles, la cinéaste instaure de touchants rapports entre les parents et leurs deux filles, ainsi qu'entre les deux gamines elles-mêmes. Une épaisseur humaine à laquelle l'étonnante présence physique des deux jeunes actrices, qui savent exister sans en faire trop, n'est sans doute pas étrangère.

 

 

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Lorsqu'une jeune voisine, Lisa, demande à Laure son nom, elle répond le plus naturellement "Mickaël".  Lisa introduit ce "jeune garçon" dans une bande de copains dont elle est un peu "la reine des abeilles". Soyons honnêtes : passé ce début prometteur, le film tend quelquefois à s'égarer et à partir à vau l'eau, en dépit de beaux moments.

 

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Mais après quelques passages à vide, il parvient à rebondir et nous offre à foison des scènes magnifiques. Une danse en appartement, où la caméra palpite au rythme du rock avant de fixer dans les souffles et les regards l'émergence du désir. La paire de jambes de Laure, au balcon, dans la lumière de l'été.

 

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Si elle ne peut révéler le secret de Laure, la petite sœur  prend plaisir à faire l'éloge à leurs parents de son nouvel ami "Mickaël", imaginant des détails de plus en plus loufoques, dans une surenchère du plus haut comique. Et tant d'autres scènes, émouvantes ou drôles, parfois même osant le mélange des deux genres.

 

Si "Tomboy" n'a pas l'écrasante supériorité des chefs d'œuvre, il n'en demeure pas moins un très joli film, dont les touchants accents enchantent et envoûtent insidieusement.

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

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• Cranach et son temps

Publié le par brouillons-de-culture.fr

cranach expo

cranach-autoportrait-copie-1.jpg Je possédais de Cranach une ignorance quasi-parfaite. À peine quelques nus élégants, femmes de haute stature aux poitrines nubiles, reproduites mille et une fois, qu'analphabète dans ce registre, j'avais cru être la marque de son style.

L'exposition "Cranach et son temps" arrivait donc à point pour remettre mes pendules à l'heure. Et confus et émerveillé, je m'aperçus qu'il leur manquait un millier de tours d'horloge.

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Mille, comme les toiles qu'il nous reste de ce géant de la peinture, qui en engendra des milliers. Le secret d'une telle productivité : un atelier parfaitement rôdé, d'une efficacité parfaite.

À tel point que les spécialistes peinent à distinguer la main du maître de celle de ses élèves dans les toiles signées Cranach. Usine à rêves dont le critère est l'excellence absolue.

 

 

cranach-herculesandantaeus.jpgcranach trois gracesLe plus surprenant sans doute est que la rapidité d'exécution et la réalisation "collective" ne nuisent pas à l'unité de l'ensemble.

 

Dans chacune d'entre elles, on sent l'omniprésence de la patte du maître, mélange détonnant de classicisme et d'audace.

 

Fleuron de la Renaissance Allemande, Cranach en donne une image savoureusement épicée. Il ose toutes les transgressions et sous les habits du gentilhomme, on ne tarde pas à distinguer l'image du joyeux trouble-fête.

 

cranach_ste-catherine-copie-1.jpgCe qui frappe en premier lieu, c'est cette débauche de couleurs, que n'eût pas reniée un fauve ou un nabi, dont les reproductions, même les plus optimales, ne peuvent donner qu'un faible aperçu. Maëlstrom au vif éclat qui régénère notre regard. Nombre de tableaux flamboient d'une variation quasi-infinie de tonalité. Avec le prodigieux "Martyre de Sainte Catherine", le déluge visuel entre en apothéose. Ce bourreau vêtu d'un bouffon costume d'harlequin, ce ciel chamarré d'où jaillit la foudre, tout ici donne un sentiment de fête, d'exubérante catharsis. Sensation paradoxale qui nous trouble et fait jaillir l'émotion de manière inattendue, quand une approche dramatique nous eût sans doute laissés froids.

 

 

cranach_la_bouche_de_la_verite.pngPuis s'accoutumant à ce flamboyant vertige, l'œil se prend à voyager sur la toile… et va de surprise en surprise. Ces œuvres si précises, si léchées, si techniquement maîtrisées que nous n'y voyons d'abord que du feu, abondent en incongruités. Visages grotesques, parfois proches de la caricature, impossibles trognes qu'eût pu peindre un Bosch, un Brueghel, un cranach_couple.jpgGoya.

 

 

Représentations bibliques qui frôlent parfois l'irrévérence. Allégories parsemées d'objets si hétéroclites qu'elles eussent pu être peintes par Dali ou De Chirico. Voire plus rarement représentation de la violence dans toute sa crudité, comme dans ce Christ en croix qui saigne abondamment par toutes ses plaies.

 

Dans la série "Gueules d'atmosphère", son "Hercule chez Omphale" mérite une mention particulière. Un Hercule obèse aux yeux de merlan frit, ridiculisé par les femmes de l'entourage de la belle, qui ne le regarde même cranach_HerculechezOmphale.jpgpas. Béat, dévirilisé au possible, le vainqueur de l'Hydre de Lerne n'est plus qu'un pantin, un bouffon de cour. Une vision plutôt culottée en ce seizième siècle naissant. Mais les trognes carnavalesques hantent toute l'œuvre de Cranach, de son Tryptique de la Crucifixion au Martyre de Sainte Catherine.

 

 

 De la mort du Christ il nous livre des versions presquecranach_crucifixion_gravure.jpg "déviantes" en ce siècle féru de religiosité. De la version "gore" susmentionnée, en passant par un Christ bien nourri (sans couronne d'épines) ou cet autre plus conforme mais dont les deux "larrons" sont pour le moins surprenants. L'un, rondouillard, semble affalé sur sa croix et totalement ivre. L'autre a le corps arquebouté au sommet de la croix, la tête tournée vers le bas. Quand aux crucifix, ils sont plus proches, par leur forme du Tau grec que de la croix chrétienne.

 


cranach-luther.jpegPlastiquement parlant, Cranach est un excentrique raisonnable (et inversement). Politiquement, il est insituable, véhiculant dans certaines toiles les préceptes de la Réforme, peignant Luther, zélateur du protestantisme en exil. Mais n'en oeuvrant pas moins avec le même zèle pour ses commanditaires catholiques. Peut-être est-ce dans ces contradictions que réside la richesse d'une peinture protéiforme.

 

 

On pouvait craindre d'une expo intitulée "Cranach et son temps" que ne soient exposées que quelques toiles cranachiennes pour une pléthore d'artistes mineurs de la même époque. Cela s'est déjà vu dans certaines autres expos, hélas ! Il n'en est fort heureusement rien.

cranach_melanco.jpg Quelques peintres oubliés certes (dont certains méritent le détour) et qui ont inspiré notre homme. Quelques gravures de son contemporain Dürer (qui s'en plaindrait ?). Mais en grande majorité les toiles du maître allemand. Et quelles toiles ! 

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

cranach-et-son-temps-copie-1.jpg

 

 

Cranach  et son temps 

9 février - 23 mai 2011

 

Musée du Luxembourg

Paris 6°

 

 

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• Didier Lockwood : état de grâce

Publié le par brouillons-de-culture.fr

 

didier-lockwood.jpgLes néologismes "jazz-fusion" et "electro-jazz" ont rarement trouvé un si plein et juste emploi que dans le cas de Didier Lockwood. Comme s'il s'appropriait ces mots galvaudés pour en faire un langage à part entière. Langage complexe et pourtant directement accessible. Qui nous semble d'emblée familier, évident.

 

Didier Lockwood ne triche pas : il ne recourt pas davantage aux derniers tics jazzistiques à la mode qu'il ne copie les grands anciens, fût-ce avec ingéniosité. À chaque note il dessine les contours d'un univers qui lui est propre. Quelles que soient ses sources d'inspiration, il les passe au travers du filtre de son génie créateur.

 

Musiques africaines, turques, musique classique, électro, jazz : des ingrédients jetés dans son chaudron magique, en véritable maître queux, Lockwood concocte un plat sonore qui enchante nos oreilles. Son sens aigu de la mélodie et un don pour l'improvisation qui semble chez lui une seconde nature finissent par mettre tout le monde d'accord.

 

© McYavell

Didier_Lockwood-jazz-angels.jpg

La salle comble de la Grande Halle de la Villette (28 avril dernier*) était des plus hétérogènes. De tous âges, de toutes origines et surtout de toutes familles musicales. Des habitués des clubs et des caveaux, applaudissant vigoureusement à la fin de chaque solo aux éclectiques éclairés qui goûtaient chaque morceau comme un grand crû, en passant par les fans de musiques urbaines qui secouaient leurs fauteuils à chaque morceau un peu groovy. Tous communiant dans un plaisir intense, exprimé de mille et une façons.

 

 

Didier Lockwood aime les gadgets et les innovations techniques. Mais ne les conçoit pas comme une fin en soi. Ils deviennent instruments au service de son art. Il leur insuffle vie, ampleur, ne transigeant jamais avec l'excellence. Et son public métissé est sensible à cette sincérité absolue, sans concessions. Avec eux, il muse et s'amuse. Le musicien joue, dans tous les sens du terme, et sa délectation d'être là est des plus communicatives. Sur scène il se plie, se déploie, bondit, au rythme de la musique. Maniant son violon électrique avec une dextérité volcanique, conjuguant à chaque instant énergie et maîtrise, exubérance et raffinement.

 

 

Étrangement, la césure entre composition et improvisation est invisible au profane. Aucun défaut de couture dans les transitions. Pour les "variations sur un thème" comme pour le reste, Lockwood n'offre aux spectateurs que le meilleur de lui-même. Et c'est à l'aune qu'il s'est fixée que travaillent ses musiciens : les "Jazz Angels", issus des meilleurs éléments de son école de jazz. Enseignement, transmission : une générosité et un don de soi qui portent leurs fruits.

 

didier-lockwood-the-jazz-angels.jpgUn batteur (Nicolas Charlier) stupéfiant d'inventivité et de maîtrise, exceptionnel dans le déchaînement orgastique comme dans le frôlement ou l'oscillation ; un pianiste (Thomas Enhco) qui joue, compose et improvise avec fougue, tendresse et amour du son. Un bassiste (Joachim Govin) qui ne se contente pas de jouer les utilités et tisse une toile musicale d'une maturité impressionnante. Un trompettiste (David Enhco ) qui sait faire de chacune de ses interventions un miracle d'équilibre et de justesse.

 

Avec eux, par eux, pour eux, Didier Lockwood se réinvente à chaque concert. Et trouve un second souffle pour d'autres aventures et collaborations qui, chaque fois, nous éjouissent l'âme.

  didierlockwood.com/fr


* en 1ère partie de concert, le légendaire Biréli Lagrène maria élégamment swing et electro-jazz dans une superbe énergie viscérale ; mais ceci est une autre (très belle) histoire que nous conterons à l'occasion d'un prochain article dédié au jazz manouche. To be continued...

 

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

Publié dans spectacle... vivant !

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• Les thrillers addictifs de Serge Brussolo

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Depuis plus d'un quart de siècle, je suis un drogué notoire. Accro irrémédiable aux œuvres de Serge Brussolo. Avec plus d'une centaine de livres à son actif, ce magicien me fournit régulièrement ma dose. Avant de passer aux drogues dures, j'ai Serge-Brussolo.jpgcommencé par celles que l'on dit douces : ses deux recueils de nouvelles "Plus lourd que le vent" et "Vue en coupe d'une ville malade". Du fantastique, de la SF, mais comme on n'en avait jusqu'alors jamais lus, portés par une imagination sans limites.

 

Chaque nouvelle comporte, au minimum, une idée novatrice par page. Et les inventions les plus "délirantes" trouvent rapidement crédit à nos yeux, par la grâce d'une plume qui peut, en quelques traits, poser les fondations d'un personnage ou d'un paysage. Quand les lieux et les êtres sonnent vrais, qu'on peut en respirer l'odeur et la couleur, peut s'établir en nous la vérité des faits qui nous sont livrés. Brussolo romancier ? Fi donc ! Comment aurait-il pu, sur 250 pages -et plus si affinités- reproduire le miracle de ses textes courts ?

 

Circonspect, j'entrepris la lecture du "Syndrome duSyndrome-du-scaphandrier.jpgscaphandrier"… pour ne le lâcher qu'à la dernière page. L'histoire ? Celle d'un homme qui, chaque nuit, vit une existence parallèle dans le monde des rêves. Des voyages dont il ramène le sujet de ses sculptures et quelquefois des objets d'une troublante réalité. Mais tout se complique lorsqu'il envisage d'habiter définitivement le monde du rêve … On peut raconter le sujet central d'un livre de Serge Brussolo sans rien déflorer de l'histoire. Tant celle-ci est riche en rebondissements, en coups de théâtre, en trouvailles de génie qui la relancent dans les directions les plus inattendues.

 

Dans ses romans, tout peut arriver : une planète s'avère n'être qu'un alien endormi, comme dans "Territoire de fièvre". Les tatouages peuvent devenir vivants comme dans "Les semeurs d'abîme". Un ensemble de ruines se révéler être le squelette d'un monstre géant. Les livres devenir vivants. On y raconte des histoires aux morts dans leur tombe pour éviter qu'ils ne s'éveillent. Et des animaux empaillés reprennent brusquement vie.

 

La force de conviction de cet homme est immense et son don pour vous terrifier avec les fantasmagories les plus abracadabrantes proprement stupéfiant. Quelques dizaines de titres n'ont pas suffi à apaiser ma faim, tant chaque ouvrage diffère du précédent. D'autant plus étonnant qu'on ne compte pas moins de quatre à cinq romans dans ses années les moins fécondes.

 

 

chien-de-minuit.jpgQuand Brussolo passa en mode thriller, j'eus derechef des réticences. Son talent de conteur ne prenait-il pas le risque de manquer d'envergure confronté à notre monde réel ? "Le chien de minuit" vint me remettre les pendules à l'heure. Quelque domaine qu'il aborde, Brussolo est définitivement l'un des plus grands créateurs de fiction à l'heure actuelle. Un ancien surfeur dans la dèche trouve refuge sur les toits, plutôt que dans la rue. Là vit une tribu de hobos dans laquelle il parvient à se faire admettre. Ils escaladent les immeubles comme des alpinistes urbains. Leur rêve : arriver à planter un drapeau sur "Le chien de minuit", un immense bâtiment gardé par un vigile armé, qui n'hésite pas à traquer (jusqu'à la mort dit-on) ceux qui pénètrent dans son domaine.

 

Atmosphère et péripéties, action trépidante et légendes urbaines créent l'envoûtement parfait. Distillant tour à tour angoisse et coups de sang, Brussolo n'a pas son pareil pour faire monter l'adrénaline.

 

Héritier Brussolo

Dans "L'héritier des abîmes", l'héroïne doit rédiger la biographie de Morton Savannah. Cet auteur d'une série d'aventures fantastiques est devenu une sorte de demi-dieu pour ses fans, qui croient percevoir dans ses livres des messages venus de l'avenir. Une confusion entretenue par l'auteur "gouroutisé", qui se dit en contact avec un prêtre atlante et reproduit dans chaque livre des messages rédigés en une langue inconnue. L'héroïne devra passer plusieurs jours dans son domaine, une étrange communauté, isolée du monde extérieur, et qui possède ses propres lois. Mais auparavant survivre à son armée de fans, dont certains sont organisés comme des polices parallèles, et prêts à tout pour protéger leur idole.

 

Ceux-qui-dorment-en-ces-murs_brussolo.jpg"Ceux qui dorment en ces murs" se passe quelque part en Amérique du Sud. Une ville idéale devenue villégiature de retraite pour vieillards très fortunés. Autour, les bidonvilles. Derrière, la jungle ; menaçante. Les accidents fatals se multiplient soudain face à une police impuissante. Qui refuse de croire à la réalité de ceux que les Indigènes nomment "Le Maître d'École", celui qui, toujours à la même période de l'année, distribue les mauvais points pour ceux qui se sont mal comportés. Sous forme de mutilations, voire de mises à mort en cas de fautes graves ou de récidives.

 

Les points de départ chez Brussolo sont toujours extrêmement excitants. Les bifurcations brutales. Et le dénouement souvent imprévisible. Et ce, même quand on en a, comme moi, dévoré des dizaines.

 

Petit détail amusant : dans les trois-quarts de ses romans fantastiques et de ses thrillers contemporains, l'auteur prénomme ses héros David ou Nathan, et ses héroïnes Sarah. Comme si son imagination, entièrement focalisée sur le récit lui-même, ne pouvait s'encombrer d'autres détails.

L'homme maîtrise également à merveille un genre "déviant" auquel il a donné plus d'un chef d'œuvre : le thriller historique. de l'Ancienne Égypte à la Rome Antique, des pèlerins du Moyen Âge aux Vikings, sa plume nous fait voyager au cœur d'un passé tumultueux.

 

pelerins-Brussolo.jpg

Qu'il s'agisse de récupérer un trésor dans une pyramide truffée de pièges et de faux-semblant, qui plus est enfouie dans les sables mouvants ; de percer à jour le secret d'un chevalier qui ne quitte jamais son armure sans céder aux superstitions locales ; de déjouer le mystère d'un faux pèlerinage et de puissances "démoniaques"… Brussolo ne lâche jamais son lecteur qu'il tient en haleine d'un bout à l'autre. "Pèlerins des ténèbres", "Le labyrinthe de Pharaon", "La Captive de l'hiver" : autant de titres qui semblent avoir été écrits pour des insomniaques chroniques.

 

Impossible ici d'évoquer chacun des fleurons d'une production pléthorique, dans laquelle la qualité est toujours au rendez-vous. Il existe cependant des Brussolo "mineurs", des Brusssolo paresseux, dans lesquels l'intrigue se déroule sans accrocs, sans surprises. Mais même ceux-là témoignent d'un tel savoir-faire qu'ils dépassent de plusieurs coudées la plupart des thrillers basiques : on y décèle malgré tout la griffe inimitable du maître.

 

Les thrillers de Brussolo, qu'ils fussent historiques ou contemporains, peuvent selon moi, se diviser en deux catégories : brussolo_dortoir-interdit.jpgceux dont l'intrigue rebondit pratiquement à chaque page ("Le labyrinthe de pharaon", "La main froide", "La fille de la nuit" par exemple) et ceux où l'atmosphère prévaut. Souvent oppressante, anxiogène. Si l'action finit quand même par avoir le dernier mot, les réflexions et hypothèses des héros et des héroïnes, leurs découvertes progressives y sont prédominantes. Là, Brussolo peut donner totalement libre cours à son imaginaire débridé. C'est le cas de "Armés et dangereux", "Le murmure des loups" ou plus récemment de "Dortoir interdit".

 

Des romans fascinants à plus d'un titre, qui suscitent chez leurs lecteurs une irrémédiable addiction.

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans polar pour l'art

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