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• Sugar Man : l'héritier de Capra est un documentaliste

Publié le par brouillons-de-culture.fr

C'est un documentaire et l'on pleure à la fin.

Rodriguez-Zenith-cigale.JPG

Sans jamais avoir recours à l'effet lacrymal facile, "Sugar Man emporte haut la main la palme de l'émotion. Parce qu'il ne perd jamais de vue l'essentiel :
user d'un matériau réel ne dispense nullement, bien au contraire, d'un œil cinématographique. Construction des plans, mais également du scénario.

"Sugar Man" remplit ce cahier des charges avec une sidérante efficacité. Chaque protagoniste occupe sa juste place dans la durée. Héros, gentils ou ambigus, personnages secondaires, tout y est. Le cinéaste filme les petites villes comme personne -l'image est simplement splendide. Pas de septième art au rabais, mais bel et bien un grand film.

L'histoire est en elle-même assez invraisemblable. Pas un scénariste soucieux de crédibilité ne l'oserait. C'est celle de Sixto Rodriguez. Deux disques au tout début des seventies. Deux flagrants échecs. Le silence. Pour ceux qui l'ont écouté, il est l'égal d'un Bob Dylan. Mais l'histoire du rock ne retient pas son nom.

Tout pourrait s'arrêter là. Un couple de fans va en décider autrement. Quand ils s'installent en Afrique du Sud, ils emportent dans leurs bagages une cassette du folk-singer, le font écouter autour d'eux. Le "buzz" ne tarde pas à s'emballer. A tel point que le gouvernement s'affole de certaines paroles subversives qu'elle censure. Qu'importe, on les connaît par cœur. Elles ont inspiré toute une jeune génération de rockers afrikaners qui vont précipiter la chute de l'apartheid.

En Afrique du Sud, Sixto Rodriguez est un véritable dieu vivant. Vivant ? Pas si sûr … Les rumeurs les plus folles circulent sur sa mort. Le mystère entourant l'artiste disparu des radars contribue à les faire enfler démesurément. Jusqu'au jour où un journaliste musical décide de mener l'enquête.

Emouvant, "Sugar Man" est également drôle et haletant. Riche en personnages hauts en couleur. Doté d'un suspense qui nous tient en haleine. Malik Bendjelloul possède une vue d'ensemble de son jeu et distribue à merveille ses cartes. sugarmansheffield600.jpgN'hésitant pas à nous orienter, comme tout bon thriller, vers de fausses pistes. Tel ce producteur qui nous apparaît sympathique et "bigger than life" mais devient franchement agressif lorsqu'on se met à parler argent.

Depuis plusieurs décennies, bien des cinéastes cherchent à retrouver la recette magique des films de Frank Capra, sommets incontestés du "feel good movie". En vain ! Trop de sucre ou trop de mélo vient souvent gâcher la recette. Les voici coiffés au poteau par un documentaliste algéro-suédois surdoué qui livre avec "Sugar Man", couronné par de nombreuses récompenses, dont un oscar, un puissant remède contre la morosité.

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

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Publié dans sur grand écran

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• Tronchet (1) cinquante nuances d'humour noir

Publié le par brouillons-de-culture.fr

tronchet.jpgS'il pratique également avec bonheur l'humour absurde, sa déclinaison des nuances les plus subtiles de l'humour noir singularise les albums de Tronchet. Acide, grinçant, doux-amer ou jusqu'auboutiste, du simple grain de sable à l'arme de destruction massive, le bédéaste manie avec la même aisance l'arsenal du rire qui fait mal. Genre transgressif s'il en est qui permet d'évoquer tout ce que nous refusons de voir pour déclencher simultanément l'hilarité et le malaise.

Tronchet ne lésine pas sur les sujets qui fâchent : la maladie, la vieillesse, les SDF, la misère affective et matérielle, le harcèlement sexuel... tout passe au filtre de son esprit frondeur. Avec une rage de détruire les tabous qui nous fait quelquefois songer à un Reiser qui serait adepte de la ligne claire. Le dessin est précis, classique sans excès, même lorsqu'il croque des trognes impossibles et renforce 34blog373q_s.jpgsouvent l'horreur des situations. Tronchet n'hésite pas à surcharger ses personnages jusqu'à l'hallali de coups durs ; mais ces losers de naissance savent encaisser, ils en ont vu bien d'autres.

Tronchet eût pu se contenter d'aligner des gags trash dans des histoires sombres et drôles, révélatrices du monde où nous vivons. Ce qui en soi déjà serait digne d'éloges en ces temps de retour au politiquement correct. Au lieu de quoi il s'attache à faire vivre sous nos yeux une ébouriffante galerie de perdants, insupportables mais attachants dans leur manière incongrue d'affronter l'adversité. 

Jean-Claude Tergal, Raymond Calbuth, les époux Poissard, l'épicier Grobert ou jean-claude-tergal-4.jpgMonsieur Paintex restent des figures inoubliables de la BD contemporaine. Victimes d'une malchance incurable qui leur colle littéralement à la peau, ils savent la plupart du temps garder la tête haute dans les pires circonstances. Mieux : ils formulent des projets insensés, des rêves de gloire dont ils ne sont pas dupes. Ils savent qu'un impondérable, quand ce n'est leur propre nature, les empêcherade se réaliser ; ils n'en mobilisent pas moins toute leur formidable énergie pour une hypothétique victoire.

Si Tronchet est impitoyable envers ses anti-héros, jamais il ne les juge ou ne les prend de haut. Il rit et souffre avec eux. Il est le grand frère qui s'en est sorti, pas l'adulte moralisateur. S'il les accable de tous les maux, c'est parce que leur vie est ainsi.

 

Une gueule d'atmosphère, une hygiène douteuse, portant été comme hiver une impayable doudoune, possédant une vision très basique de la vie, Jean-Claude Tergal pense et vit petit. Il est affligé d'amis à l'humour assez lourdingue, qui jean-claude-tergal.jpgn'hésitent pas à l'occasion à faire de lui leur souffre-douleur, à contrecarrer voire à lui voler ses rares "bons plans". Car Jean-Claude possède une obsession récurrente : trouver l'amour. Il ne s'est jamais vraiment remis de sa seule grande histoire. Quand ses amis ne s'attachent pas à lui "casser la baraque", notre champion de la lose y parvient fort bien lui-même. Du détail qui tue à la phrase de trop, d'une maladresse irréparable, il semble avoir pour mission de scier la branche sur laquelle il est assis. Une tâche dont il s'acquitte avec célérité.

Pourtant, à sa façon particulière, Jean-Claude Tergal est un battant, qui baisse rarement les bras. Régulièrement, il passe "à l'attaque". L'échec ne le décourage pas. Il ne recule pas devant illustration_tergal.jpgles moyens les plus absurdes et les plus improbables (par exemple, appeler toutes les femmes de l'annuaire de sa ville). De plus, son aptitude à l'auto-dérision nous le rend souvent touchant. Pathétique, mais touchant. Et ses amis, même s'ils le vannent sans cesse, s'ils sont pétris d'égocentrisme, même s'ils pointent impitoyablement chacune de ses tares; ils n'en répondent pas moins présent au moindre coup dur. Cependant, si elle est l'une des plus populaires, la série n'est pas sans défauts. La thématique tergalienne possède ses limites intrinsèques ; si certains albums frôlent l'excellence, d'autres en revanche se révèlent extrêmement inégaux.

Tronchet s'autorise de fait quelques échappées hors des bornes qu'il a lui même fixées. Vers l'histoire longue ("nous deux moins un", le moins réussi de la série. Ou vers le passé de son personnage ("raconte son DamnesDeLaTerreAssocies02V_15860.jpgenfance martyre" ou "découvre les mystères du sexe", deux opus des plus savoureux). Un personnage que Tronchet incarnera en personne pour la scène, troquant la doudoune grise contre une dorée du plus bel effet.

Avec "Les damnés de la terre associés", le bédéaste n'hésite pas à passer du gris froncé au noir absolu. La cruauté, l'indifférence à autrui font main basse sur les cœurs purs. Egoïstes forcenés (qui parfois se croient généreux), monomaniaques tyranniques, animateurs télévisuels cyniques... Tronchet grossit à peine le trait et fait très souvent mouche.

L'épicier Grobert se persuade d'être un génie littéraire, monsieur Paintex, l'animateur de supermarché, un artiste et Jeff, l'animateur de Cosmos 2000, un rebelle. L'employé de la morgue s'amuse, histoire de mettre de l'ambiance, à des jeux des plus macabres. Tous sont dépassés par le monde réel, à la masse.

Ou broyés par lui, comme les Poissart, poissart-2.jpgcouple uni et heureux. Expulsés de leur maisonnette, ils vivent dans une caravane avec leurs deux enfants. Poissart, affligeant de naïveté, contre lequel le sort s'acharne mais qui jamais ne perd le désir de se battre, ni sa foi en un avenir meilleur. Les Poissard et leurs relations avec un couple de riches jovialement odieux, feront d'ailleurs l'objet d'une série d'albums indépendants.

DamnesDeLaTerreAssociesLes1a_19042005.jpg

Dans le glauque et le sordide, Tronchet va parfois très loin. Il arrive même qu'il franchisse la ligne rouge. Dans certaines histoires du sanatorium, ou un gag déplacé dans les camps de concentration… Mais curieusement, c'est dans l'enfer des "Damnés de la terre associés" que s'invite le plus souvent, au détour d'une histoire comi-tragique, l'émotion. Dans l'histoire d'amour malheureuse de Ronald Potiron, dans les vicissitudes des Poissart, ou encore dans cette histoire sur le harcèlement sexuel qui fait froid dans le dos.

Si regarder en face l'humain dans ce qu'il a de plus vil et de plus misérable ne fait pas peur au bédéaste, il garde pourtant foi en l'humanité ; il le prouve avec la série tronchet-1.jpgRaymond Calbuth, cet aventurier du quotidien, ce seigneur en charentaises, qui sera l'objet de ma prochaine étude.

 

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

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Publié dans avec ou sans bulles

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• Ken Bruen, faux prophète ou grand de la série noire ?

Publié le par brouillons-de-culture.fr

barra_bruenphoto_post.jpgUn auteur de série noire made in Irlande, voici qui ne peut qu'intriguer et exciter tout polarophile digne de ce nom. Pourtant, ma première pinte de Ken Bruen fut une demi-déception. Un privé (ou un flic) alcoolique et cocainomane, dont les erreurs de jugement frôlent parfois la catastrophe, voire sont à l'origine de réactions en chaîne… j'avais l'impression d'avoir déjà lu cela mille fois, en mieux, ailleurs… Dans les livres de James Crumley par exemple… La sensation gênante que l'élève Bruen avait bien retenu les leçons de ses maîtres à écrire, mais qu'il manquait à sa copie l'apposition de son propre sceau. Telle fut du moins la première impression que me laissèrent "Toxic Blues" et son détective Jack Taylor. Rien de vraiment honteux, mais un manque de relief qui coinçait aux entournures.

toxic-blues70016.gifUn côté un peu artificiel que venait renforcer encore l'aspect ultra-référentiel de l'œuvre. "Toxic blues" regorge de citations de romanciers, poètes et chanteurs irlandais. Jusqu'à l'indigestion pratiquement. Ce n'est qu'avec le recul que certaines qualités de l'œuvre, que mon agacement avait jusqu'alors occultées, ont soudainement pris du relief. Une réelle tendresse pour les laissés pour compte de la société de consommation, entre autres (en l'occurrence les Gitans). Une phrase qui parfois vous croche le cœur. Des personnages secondaires bien campés.

Dès lors, une seconde chance s'imposait. Ce fut "Le mutant apprivoisé". Exit Jack Taylor, bienvenue aux inspecteurs Roberts et Brant. Les vertus brueniennes pré-citées gagnent ici en puissance, grâce à un récit fluide et sans accrocs. Roman choral, dialogues vifs, personnages attachants, méchant charismatique. Tant et si bien que l'accumulation de citations, cette fois en version internationale (de Proust à Abba, du vieux film hollywoodien au film noir anthologique), passe comme une lettre à la poste. Mieux encore : ce qui apparaissait dans "Toxic Blues" comme un tic, voire une vague tendance à la pédanterie, s'impose ici comme une marque de fabrique narrative. Les chapitres sont souvent courts et Ken-Bruen-1.jpgdotés d'intitulés intriguants. "Chantez dansez agressez qui vous voulez" "Nu intégral de face" : des titres prometteurs qui tiennent la plupart du temps leurs promesses. Chaque personnage possède son épaisseur et ses failles. Mais aucun n'est pour autant noir ou blanc, possédant sa part de bonté comme d'infamie.

En dépit d'un départ en demi-teinte, ma relation avec l'écriture de Ken Bruen commençait vraiment à prendre bonne tournure.

Un troisième ouvrage suivit, qui n'appartenait à aucune des deux séries "En effeuillant Baudelaire". Pas d'enquête policière. Juste l'histoire d'une descente aux enfers. De compromissions en compromissions, poussé par l'appât du gain, le héros de l'histoire s'enfonce de plus en plus loin dans le vice et dans le dégoût de soi. Un récit noir comme il en jaillissait jadis de la plume d'un Jim Thompson ou d'un David Goodis. Bruen échoue à mon sens dans son entreprise, mais il s'en faut de très peu. Quelque chose dans la sauce ne prend pas. Mais c'est un genre délicat : il convient de n'être ni trop près ni trop loin de son personnage. Une juste distance complexe à obtenir. Il n'empêche que "En effeuillant Baudelaire" recèle nombre de moments forts, d'instants où la magie fonctionne.

bruen.jpgJe décidai de me replonger dans les aventures de Jack Taylor, le privé alcoolique et cocaïnomane. Grand bien m'en prit : j'ai marché à deux-cent à l'heure dans "Le martyre des magdalènes". Toutes les idiosyncraties brueniennes sont bien là, mais cette fois-ci à la bonne place et dans le juste tempo. L'enquête sert ici de prétexte pour raconter l'incroyable histoire vraie du couvent des Magdalènes. Les filles-mères qui y étaient envoyées dans les années cinquante devenaient de quasi-esclaves, sévices corporels à la clé. Parce qu'il cherche la trace d'une supposée "ange des magdalènes" qui aurait sauvé bien des sœurs, le détective s'introduit dans les eaux d'un passé dangereux et particulièrement déstabilisant. Un livre-somme, parfois choquant, qui entraîne le lecteur dans un tourbillon tumultueux.

Avec ce livre, Ken Bruen m'apparaissait à visage découvert. Non le copieur plutôt doué, spécialiste du "à la manière de" sauce irlandaise que j'avais cru soupçonner en lisant "Toxic Blues". Bruen est avant tout un expérimentateur, bien plus audacieux qu'il n'y parait. Faire bouger les lignes d'un genre ultra-codifié, sans en modifier la structure n'est pas la plus aisée des tâches. Bruen sème en territoire connu quelques zones d'inconnu, par petites touches impressionnistes. Tente des  bifurcations inédites. Prend même le risque d'échouer.

Ken20Bruen.jpgUn diagnostic que confirme l'époustouflant "Le dramaturge". Jack Taylor is again. Et il a sérieusement décidé de décrocher. De l'alcool, de la dope et, pour faire bonne mesure de la cigarette aussi. C'est le moment que choisit son ex-dealer, aujourd'hui en prison, pour le charger d'enquêter sur la mort de sa sœur. Apparemment, une chute d'escalier. Mais la jeune fille n'est ni alcoolique ni droguée. Plus intriguant encore : on a retrouvé sur son corps un livre de poèmes de John Millington Synge. Plusieurs décès suivront dans les mêmes circonstances. Il devient dès lors difficile d'invoquer un simple hasard. Si le grand méchant loup du titre vaut son pesant de Guiness, Bruen a le bon goût de développer davantage intrigues et personnages secondaires. C'est de là que naîtra la fin la plus déchirante qui soit.

Alors oui, même dissipé, inégal, virevoltant, Bruen appartient bel et bien à la grande famille du roman noir. Celle qui laisse des traces et des bleus à l'âme.

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

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Publié dans polar pour l'art

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• Jean-Pierre Como : le jazz-hero du boléro

Publié le par brouillons-de-culture.fr

sixun-24.jpgSensuel, charnel, infiniment gouleyant, "Boléro" de Jean-Pierre Como est un album qui se savoure sans retenue. Sixun, dont il fut le claviériste attitré, avait démontré qu'on pouvait s'aventurer très loin dans la fusion et dans l'expérimental tout en séduisant un large public. Ne pas forcer l'oreille de l'auditeur, mais l'amener, par paliers progressifs, à découvrir et apprécier d'autres types de sonorités, au sein d'une structure mélodique rassurante. Une ligne de conduite que Jean-Pierre Como semble avoir, pour notre plus grand bonheur, définitivement faite sienne. Même au sein de musiques d'autres compositeurs, Como apporte son indéfinissable touche. Notamment dans l'époustouflant "Répertoire".

"Boléro", son neuvième album solo, ne déroge pas à la règle. Composé aux deux-tiers de morceaux de Jean-Pierre Como himself, il parait s'articuler autour d'un triple défi : s'ancrer dans la modernité la plus immédiate, offrir un son intemporel et bolero-jean-pierre-como-947532375_ML.jpgexplorer de nouveaux territoires. "Cahier des charges" apparemment impossible à tenir, dont il s'acquitte pourtant avec brio.

Si le jazz se greffa souvent aux musiques d'Amérique Latine, d'Afrique ou d'Orient pour accoucher parfois de chef-d'œuvres imparables, l'Europe méditéranéenne, en revanche, fut quelque peu laissée délaissée par la fusion. Or, les musiques espagnoles (le Boléro) et italiennes sont sur ce CD en première ligne. Sans jamais sombrer dans l'exotisme de pacotille ni dans de mièvres affèteries, sans exercer pour autant la moindre condescendance envers les musiques populaires dont il s'inspire, Jean-Pierre Como se révèle maître dans l'art de la césure et de l'articulation. Ensemble fluide, sans la moindre suture. Impossible de distinguer la limite entre jazz et danses méditéranéennes, tant ils semblent ici indissociables.

Dans "Boléro", chaque instrument a son rôle à jouer dans le dénivellement des frontières. Les saxophones soprano et naryton de Javier Girotto. La basse électrique et la contrebasse de Dario Deidda. Les batterie et percussions de Minino Garay. Une formation sans fausse note que l'on pourra retrouver in vivo ce lundi sur la scène du Café de la Danse. Un concert qui s'annonce riche en émotion.

Jean-Pierre COMO
Lundi 30 septembre à 20h30  
au Café de la Danse
5 Passage Louis Philippe
75011 Paris

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

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Publié dans polyphonies

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• Bonjour tristesse : Un livre au charme vénéneux

Publié le par brouillons-de-culture.fr

600full-francoise-sagan.jpgDoux plaisirs de la procrastination… Différer ad libitum l'exploration d'une œuvre, d'un auteur. Soit parce qu'on s'en promet des plaisirs inouis. Soit, à l'inverse, parce qu'on en redoute quelque déception amère. Tel fut pour moi le cas de Françoise Sagan. De son vivant, le personnage qu'elle s'était inventée pour le petit écran provoquait en moi un mélange d'attirance et de répulsion. Entre la poupée déglinguée échappée de quelque fête de la jet-set et la bohême ahurie sortie d'une autre planète. Quelque chose de trop fabriqué dans l'image pour correspondre à une vraie personne. Il y avait aussi ces rumeurs persistantes d'une "nothombisation" avant la lettre (cette tendance à remplir de la page au détriment de la qualité) qui me faisaient remettre à plus tard son approche.

Sagan-F-Bonjour-Tristesse-Roman-Livre.jpgOr, ces jours-ci, ma route a croisé "Bonjour tristesse", couronné de louanges non seulement par la critique mais également par des écrivains d'envergure. Et le moment était venu de tenter de pénétrer dans ce premier ouvrage qui secoua sacrément le monde littéraire des années cinquante. Un ouvrage sulfureux écrit par une jeune fille de dix-neuf ans. Une antiquité kitsch écrite à la truelle ? Que nenni ! "Bonjour tristesse" est d'une précision, d'une (im)pertinence, d'une justesse d'analyse, d'une vitalité et d'une force d'écriture qui ne connaissent pas de dates de péremption. Une adolescente qui joue des adultes comme de marionnettes, aux désirs contradictoires. Une farce qui tourne à la tragédie. Des caractères amplement dessinés d'une plume jamais pesante. Un miracle d'écriture enfin, tenu de bout en bout, jusqu'à la dernière ligne.

Sagan apparaît ici comme un Radiguet version féminine. Son style, incisif, ne s'encombre pas toujours des bons sentiments, ni de ce que nous appellerions aujourd'hui le "politiquement correct". "Bonjour tristesse" est un livre marquant, dont on se remet à tâtons. 211179-sagan-une-jpg_105029.jpgEt l'on conçoit que, de ce coup d'éclat précoce, faire une carrière ne fut pas de tout repos. Car ce seul ouvrage eût suffi à  lui assurer une postérité.

Cette apparente légéreté ne dissimule qu'à peine une mélancolie poignante, qui nous entraîne irrémédiablement dans ses courants tumultueux. "Bonjour Tristesse", onde de choc qui se répercute encore quelques décennies plus tard. On en trouve trace dans les romans d'Eric Neuhoff, de Patrick Besson, de Didier Van Cauwelaert ou de Nicolas Rey. Un très grand roman, au charme vénéneux.

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

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Publié dans brèves de culture

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• Alabama Monroe : tonique, émouvant, audacieux

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Van-Groeningen.jpgFélix Van Groeningen est un grand. Ceux qui ont vu "La merditude des choses" (lire l'article que nous lui avons consacré en 2010) n'ont aucun doute sur la question. De ces cinéastes capables d'entreprendre le tournage d'un mélodrame doublé d'une comédie musicale country sans qu'on se prenne à redouter le pire : un film à fuir de toute urgence. Voire même, en en espérant le meilleur. Et ce, même si a priori on ne s'enthousiasme ni pour le mélo ni pour la "musique de cowboy". Il n'en demeure pas moins qu'"Alabama Monroe" (The Broken Circle Breakdown) est, pour un cinéaste belge, un pari sacrément gonflé.

alabama-monroe_affiche.jpgLe superbe "Alabama Monroe" n'est pas un film parfait, mais recèle pléthore de moments magiques, de fulgurances proches du génie, d'idées fortes de mise en scène qui en rendent la vision délectable. S'il pèche quelque peu en sa seconde partie, c'est essentiellement par excès de générosité. Une petite fille malade, un couple au bord du gouffre. Lui est chanteur dans un groupe de bluegrass (la country à l'état pur, s'exclame extatique notre héros). Elle est tatoueuse. Deux êtres un peu en marge qui se trouvent et se perdent ; tous les éléments semblent réunis pour une œuvre lacrymale quasi-hollywoodienne. Mais le cinéaste préfère jouer d'autres cartes : celle de la pudeur et de l'humour décalé.

L'émotion est bien là, indisidieuse et poignante. Mais jamais elle n'occupe le devant de broken_circle_breakdown-3.jpgl'écran. Par la grâce d'une écriture scénaristisque toute en nuances et d'une direction d'acteurs au cordeau, Félix Van Groeningen transforme une scène qui s'annonçerait plombante, en bijou d'humour subtile. Juxtapose tristesse et joie, détourne les broken_circle_breakdown-4.jpgrègles et conventions en un petit feu d'artifices. Omniprésente, sa mise en scène n'est jamais ostentatoire, se plaçant toujours au service du récit et des personnages. Dans une première partie étonnante de maîtrise, le réalisateur n'hésite pas à faire confiance à l'intelligence du spectateur. Il multiplie les audaces visuelles, ramifie à l'envi les allers-retours entre présent et passé. Superpose parfois l'un et l'autre en ébourrifants raccourcis. Sans jamais perdre son spectateur en route. Chacun de ses rôles (même le plus petit) existe, possède une épaisseur, une densité surprenantes.

Ces qualités, dont il est rare qu'elles se conjuguent chez un cinéaste en herbe, broken_circle_breakdown-5.jpgengendrent parfois un résultat paradoxal : c'est au détour d'une scène drôle, ou mêlant rire et larmes comme à la grande époque de la comédie italienne, que nous sommes le plus touchés. Sans jamais en avoir honte. Sans jamais que nous ayions l'impression gênante d'avoir eu la main forcée.

Et la musique dans tout cela direz-vous ? Loin d'être plaquée sur le alabama-monroe-2.jpgfilm, elle est un des éléments-clés de l'histoire. Elle jaillit, impériale, en des moments inattendus, et lui donne son tempo, sa saveur douce-amère. J'étais jusqu'ici persuadé de n'apprécier que très modérément  la musique country, et je savais à peine ce qu'était la bluegrass. "Alabama Monroe" m'a donné envie d'en savoir et d'en entendre davantage. Tant ses passages chantés explosent d'une beauté simple et troublante, mélange d'euphorie et de mélancolie mis en avant par une bande son impeccable.

alabama-monroe-1.jpgParce qu'il ne désire laisser aucun point de son récit en suspens, Félix Van Groeningen livre une seconde partie parfois trop explicative. Mas si cette dernière comporte quelques longueurs, elle contient également nombre de scènes marquantes : du "pétage de plombs"  en scène du chanteur bluegrass à un déchirant adieu en musique.

De la première à la dernière scène, les acteurs sont d'une vérité criante, en alabama-monroe.jpgparfaite symbiose avec leurs personnages. Si Johan Hendelbergh est digne d'éloges dans un rôle complexe et riche en nuances, Veerle Baetens est proprement renversante. Tour à tour forte et fragile, lumineuse et effondrée, elle habite son rôle avec une puissance et une subtilté rares.

 

En dépit de ses imperfections, "Alabama Monroe" est un film culotté, qui a de l'allure et du panache.  L'enfant turbulent du cinéma belge nous donne, avec "Alabama Monroe", une raison de croire encore au Septième Art. Qu'il en soit loué !

Alabama Monroe (The Broken Circle Breakdown) sort en salle ce mercredi 28 août.

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans sur grand écran

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• Le pays de l'alcool de Mo Yan : le Nobel et la bête

Publié le par brouillons-de-culture.fr

mo-yan-4.jpg

Le dernier prix Nobel de Littérature récompense avant tout une phénoménale puissance d'écriture et une impressionnante richesse stylistique. Il s'agirait là d'une quasi-litote s'il ne s'agissait de Mo Yan, l'un des lauréats les plus controversés de ces dernières années. Car à l'inverse de son compatriote Gao Xingjian (qui reçut le Nobel treize ans auparavant), Mo Yan n'est ni un dissident, ni un expatrié. Ce qui, lorsqu'on vient d'un pays où les droits de l'homme ne sont pas, c'est le moins que l'on puisse dire, une priorité nationale, fait quelque peu tâche dans le monde des lettres. Un certain tollé s'éleva, à l'annonce des résultats, de la part des artistes chinois exilés. On accusa Mo Yan d'être le "poète du régime".

Appellation ambiguë, puisqu'elle présuppose un certain Qingnian-Bao-12-Oct-12-e1350016600722.jpgniveau d'exigence littéraire. L'artiste, par quelques propos sinon tendancieux du moins maladroits, rajouta quelques brindilles au bûcher que certains souhaiteraient allumer pour lui. Mais loin de posséder un talent, même très affirmé -ce qui fut le cas de bien des Nobel oubliés, en phase avec leur époque, mais plus guère avec la nôtre-, l'écrivain Mo Yan possède du génie. A mille lieues du consensuel, sa plume pourrait passer pour politiquement incorrecte s'il n'avait la carte du Parti. Mo Yan ne saurait en aucun cas être évacué d'un simple haussement d'épaules. Que ses livres aient, pour la plupart, obtenu la bénédiction des autorités est pour moi un grand mystère. Ainsi du "Pays de l'alcool"qui ferait passer le plus provocateur des auteurs occidentaux pour un joyeux plaisantin tout droit sorti de 'L'île aux enfants".

le-pays-de-l-alcool.jpgCannibalisme, éloge de l'éthylisme, corruption policière : tels sont les thèmes que Mo Yan passe à la moulinette d'un esprit joyeusement frondeur et d'une imagination fertile. "Le pays de l'alcool" emprunte les habits du polar pour mieux ensuite les jeter aux orties, rejoignant par l'esprit des livres aussi atypiques qu'"Un privé à Babylone" de Richard Brautigan ou "L'affreux pastis de la rue des merles" de Carlo Emilio Gadda. Ici, l'inventivité de l'intrigue ne le cède en rien à celle de la langue, bifurquant sans cesse dans des directions imprévues, voire imprévisibles, explosant en bouquet de métaphores. Le lecteur aura rarement été convié à un semblable festin. Pas depuis certains livres du grand Salman Rushdie. Roman drôle et furieusement décalé, "Le pays de l'alcool" use de toutes les formes d'humour, du plus absurde au plus noir, s"élance vers des sommets de lyrisme échevelé avant de conclure d'un grand éclat de rire rabelaisien. Nous embarque dans une énigme insensée dont la résolution apparaît rapidement secondaire. Emboîte avec brio les strates successives d'un récit en forme de poupées gigognes avant de volontairement laisser s'écrouler le château de cartes qu'il a si patiemment construit.

U154P5029T2D535574F34DT20121209094247.jpg"Le pays de l'alcool" prend toutes les libertés, s'autorise toutes les licences et toutes les parenthèses. Nous voici donc plongé dans les tribulations de l'inspecteur Ding Gou'er. Mandé par le juge d'instruction pour enquêter sur de prétendus banquets d'enfants. Entendez par là qu'on y sert des bambins jouflus, cuits à point, en plat de résistance. Drôle de personnage que ce Ding Gou'er. Totalement cyclothymique, il passe par toutes sortes d'états, de préférence les plus extrêmes. Parfois dépressif jusqu'à être tenté de mettre fin à ses jours, en d'autres instants il manifeste un enthousiasme excessif pour des êtres ou des choses qui lui sont, peu de temps après, devenues indifférentes. Pour corser le tout, l'inspecteur est grand amateur d'alcools, mais ne le supporte pas… Or, dès son arrivée dans la ville minière de Jiuguao, tout un chacun lui propose de boire, ce qu'il se doit d'accepter pour ne pas déshonorer ses hôtes. Pire encore : les directeurs de la mine font en son honneur un festin pantagruélique (qu'ils qualifient de simple repas) dont le mets de choix est un enfant habilement cuisiné… faux enfant, lui dit-on, simple artifice de décor, mais en est-il vraiment sûr.

mo-yan-3.jpgParallèlement un étudiant docteur en alcools de la ville de Jiuguo entre en correspondance avec l'écrivain Mo Yan. Et lui envoie ses nouvelles, lesquelles tournent principalement autour des "enfants de boucherie" et d'une belle mère fantasmée. Il incite Mo Yan à venir le voir et lui parle longuement du nain charismatique Yu Yichi, lequel se retrouve également présent dans les tribulations de l'inspecteur Ding Gou'er. "Le pays de l'alcool" déplace sans cesse les centres d'intérêt et l'on ne sait jamais d'où peut surgir le trait de génie. Chaque récit offre des morceaux de bravoure. Tant la correspondance entre Mo Yan et l'étudiant que les nouvelles de celles-ci, et naturellement l'histoire du trafic d'enfants. Et naturellement, toutes les pistes finissent par se rejoindre en un chaos invraisemblable et bouffon. Chaque page réserve des surprises, des trouvailles, des éblouissements.

Mo-Yan-prix-Nobel-de-litterature_article_landscape_pm_v8.jpgIl n'est pas interdit de penser que l'homme qui donne à ses livres des titres aussi insensés que "Enfant de fer" "Beaux seins belles fesses" "Le radis de cristal" ou "La mélopée de l'ail paradisiaque" se plaise à jouer avec les limites de ce qui peut être dit.  Toujours plus loin, protégé par l'écran de fumée de la fiction. Qu'il fusse, d'une certaine manière, un dissident intérieur. Même si tel n'était pas le cas, et quelles que soient l'ambivalence possible de l'homme, force nous est de reconnaître que Mo Yan est un immense écrivain.

Pascal Perrot, Texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

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• L'ange du bizarre : le côté obscur de la force

Publié le par brouillons-de-culture.fr

3-sorcieres-Fussli.jpgUne expo qui nous offre bien plus qu'elle ne promet est chose suffisamment rare pour qu'on salue l'exploit accompli par le musée d'Orsay.

Une scénographie rigoureuse, une déclinaison méthodique des thématiques associées participent au plaisir voluptueux de cette plongée en apnée dans les sombres marais du romantisme noir. Bienvenue au royaume des sphynges, des sorcières, des vampires et autres créatures fantasmatiques transcendées par la magie picturale. Dans le monde des pulsions violentes et des instincts barbares enfouis qui émergent en pleine lumière.

von-stuck-ange-du-bizarre.jpgL'exposition "L'ange du bizarre - Le romantisme noir de Goya à Max Ernst", loin du fourre-tout qu'on pouvait redouter, repose sur un concept pour le moins audacieux, puisque le terme de "romantisme noir" n'était jusqu'alors appliqué qu'à des œuvres littéraires. Il naquit en 1930, sous la plume de l'historien Mario Praz qui, dans son livre "la chair, la mort et le diable", sous-titré "le romantisme noir" désigne les caractéristiques de ce courant artistique sous-jacent dont les ramifications s'étendent de Sade aux poètes symbolistes. On peut situer son émergence vers la fin du XVIIIème, époque troublée s'il en fut. La Terreur semble enterrer tous les espoirs placés dans la Révolution Française. Le "romantisme noir" exerce alors le rôle d'un puissant et libérateur exorcisme. Sous une forme symbolique, il parvient à transmettre l'indicible et explorer la face ténébreuse de l'homme. Mouvement informel dont il n'est pas interdit de chercher les racines chez des peintres aussi différents que Bosch, Bruegel ou Le Caravage. Appliquer aux arts plastiques une telle grille de lecture, était tentant mais périlleux. Or, Côme Fabre, conservateur du Musée et commissaire de l'exposition, réussit presque un sans faute.

"L'Ange du Bizarre" mêle, sur quasiment l'ensemble de son parcours, habilement le risque et l'évidence, maîtres archi-célébrés, peintres obscurs ou méconnus et artistesla-foilie-de-kate-Fussli.jpg dont nous ignorions la face sombre. Ceux qui s'imposent d'office à notre esprit dans une telle perspective et ceux dont nous ignorions non seulement les œuvres jusqu'à l'existence ; flagrantes injustices de l'histoire ou curiosités étonnantes, contre-emploi fascinants… Impossible, quand on affiche une telle thématique de ne pas croiser les chemins de Bocklin, de Félicien Rops, de Füssli ("Le cauchemar"  "la folie de Kate"ou "Les trois sorcières", bien que leurs images aient été galvaudées, n'épuisent pas leur pouvoir de fascination), les gravures de Victor Hugo (leurs petits formats eussent sans doute mérité plus d'espace afin de blake-dragon-rouge.jpgmieux les mettre en valeur) ou de l'incontournable Goya (son "Vol de sorcières" notamment, d'une prodigieuse puissance d'évocation). Impossible de passer outre le charme vénéneux des gravures de Audrey Beardsley, de mettre sous le boisseau William Blake (son terrifiant "Dragon Rouge" provoque une secousse sismique sans égal) ou les toiles somptueuses de Gustave Moreau, peintre visionnaire s'il en fut dont les œuvres irradient une étrange lumière. Les paysages tourmentés de Caspar David Friedrich. Les toiles fantasmagoriques d'Edward Munch. Celles de Franz von Stuck, plus connu des amateurs d'art que du grand public, qui se révèle souvent au même niveau qu'un Klimt. Ou le trop méconnu Odilon Redon. Tous sont venus au rendez-vous, au sabbat, à la bacchanale.

 Réunir ces incontournables (dont certains trop peu exposés), tisser entre eux un lien, démontrer leur appartenance à une même famille d'âmes, prendre de plein fouet le choc de leurs œuvres en format réel ; voilà qui eût en soi seul justifié une telle aventure. Mais sans surprise, elle ne saurait être désignée sous ce nom. Commence l'exploration des gouffres, du côté des peintres ignorés, maudits, méprisés, inconnus ou oubliés. Un territoire dans lequel les habituels repères culturels ne jouent plus. Où personne ne nous dit s'il faut ou non aimer. Où seul notre regard, qu'il fût ou non novice, juge et jauge. Dans lequel bon et mauvais goût se mélangent. L'expérience est intense. Si l'on peut sourire aujourd'hui de certaines représentations kitsch du mal, d'autres en revanche nous empoignent pour ne plus nous lâcher. Il arrive même qu'elles nous mettent mal à l'aise, tant leur image témoigne d'une présence forte.

Qui se laisse emporter par ce flux ravageur ira de surprise en surprise et d'éblouissement en éblouissement. Qu'un peintre bon chic bon genre se prenne à scruter ses enfers intimes, il est peu probable qu'il en ramène un chef d'œuvre.william-bouguereau-dante-et-virgile-dc3a9tail-700x325.png Pourtant Orsay nous prouve qu'un pareil miracle est possible. Ainsi l'académique William Bouguereau, lorsqu'il met son art de la  construction au service de la plus pure sauvagerie accouche-t-il du monstrueux "Dante et Virgile aux enfers": les deux hommes assistent impuissants, à un combat barbare et cannibale d'une brutalité saisissante. Un théâtre de la cruauté orsay-munch-vampire.jpgd'une noirceur étourdissante. Autre peintre totalement inattendu dans ce registre : Alphonse Mucha, dont ceux qui ont vécu les années 70 ou 80 connaissent par cœur les reproductions en posters (ces femmes évanescentes très Belle Epoque qui se pâment au milieu de frisures rococo). Avec "Le gouffre", ses personnages qui s'esquissent dans l'ombre respirent une angoisse insidieuse et nous invitent au grand saut dans une autre dimension. Œuvres si prégnantes qu'elles nous font regretter que ces deux artistes n'aient pas plus souvent souscrit à de telles transes abyssales.

Bocklin quant à lui se surpasse en passant du suggestif qui le caractérise au pré-expressionnisme avec son hallucinante tête Meduse-Bocklin.jpgde Méduse en relief. Les arrière-cours ne sont toutefois pas les moins impressionnantes. Les symbolistes ne sauraient être résumés au très surestimé Puvis de Chavanne. Nombre d'artistes oubliés mériteraient d'être sortis de l'ombre. Ainsi du très perturbant Jean Delville. Son "idole de la perversité" peut faire froid dans le dos. Mais ne saurait en aucun cas laisser indifférent celui qui le regarde.  De même en est-il de Gabriel Von Max dont "La femme en blanc" marque durablement la rétine. Ou de Jean Carriès, dont les sculptures gargouillesques frappent notre imagination.

Bien sûr, on note quelques "oublis". Gustave Doré, les préraphaélites (Burne-Jones et Dante Gabriel Rossetti eussent pourtant été ici comme en famille) sont aux abonnés absents, tout comme les toiles estomaquantes du peu connu Nicolaï gabriel-von-max-1900-1354744165_b.jpgKalmakofft). Si les paysages vertigineux de Friedrich relèvent du romantisme noir, pourquoi n'en irait-il pas de même des mers en furie de Turner ? Mais notre œil s'est tant rassassié de démons et de merveilles qu'on se dit que sur un tel thème, de telles lacunes sont inévitables. De même les projections d'extraits du "Nosferatu" de Murnau, de films de Bunuel ou du "Frankeinstein" de James Whale, dans des espaces qui y sont réservés, m'ont-elle semblé parfaitement dispensables. Mais après tout, pourquoi pas ?

15._delville_l_idole_de_la_perversite.jpg

Ce n'est qu'en entrant dans la partie consacrée aux héritiers que résonnent les premiers couacs. On ne les perçoit pas tout de suite, tant on est encore sous l'emprise des œuvres fortes qu'il nous fut auparavant donné à voir. Mais une certaine gêne s'installe, perceptible dans la manière d'accélérer soudain le pas. Etablir une filiation entre le romantisme noir et les surréalistes n'est pas intrinsèquement une mauvaise idée. Encore eût-il fallu mieux choisir ou les artistes ou les œuvres exposées. Si la mésestimée Toyen trouve ici toute sa place, si Bellmer et Masson livrent des diamants noirs, le lien qui unissait les œuvres se distend jusqu'à la quasi-rupture en présence des œuvres de Max Ernst, de Paul Klee, de Magritte ou de Salvador Dali. Bien sûr, le plaisir de contempler les œuvres de ces ténors de l'art moderne est toujours intact… ou du moins le serait-il si les œuvres présentées n'avaient déjà été vues dans le cadre d'autres expositions.

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Ici seul 'l'ange du bizarre" est présent. Le romantisme noir est passé à la trappe. Comme si on tremblait d'avoir trop osé, qu'il était temps de revenir à des œuvres plus fédératrices, moins dérangeantes pour nos contemporains, parce qu'elle n'empruntent que des chemins connus. Il eût pourtant été aisé de sortir des sentiers balisés, avec l'audace et l'aplomb qui avait jusqu'alors présidé au choix des œuvres. A condition de ne craindre ni l'éventuel mauvais goût, ni les oubliés de l'histoire de l'art. Valentine Hugo, Paul Delvaux, Clovis Trouille mais aussi Michel Desimon, Di Maccio, Klaus Dietrich, Nicollet, Giger, Frazetta, Léonard Fini ou plus proches de nous, Garrouste,  Denis Grrrr, Ann Van Den Linden, Philippe Pissier m'eussent semblé plus pertinents en héritiers putatifs.

Ne boudons pas pour autant notre plaisir. Avant d'accéder aux toutes dernières salles, nos pas auront longuement arpenté des enfers jalonnés de plaisirs coupables, et délectables ô combien.

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

L'ange du bizarre.
Le romantisme noir de Goya à Max Ernst
Musée d'Orsay
5 mars - 23 juin 2013 


 
Francisco-Jose-de-Goya-y-Lucientes-Le-vol-des-sorcieres.jpg

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• La nouvelle donne du jazz français (2) Pierrick Pédron : Une musique réellement libre

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Pierrick-Pedron_by-EliseDutartre_2011.jpgTous les chemins mènent au jazz. Quand Franck Avitabile lui applique l'élégance et la rigueur de la musique classique, le saxophoniste et compositeur Pierrick Pédron commence précocement sa carrière dans les bals populaires, avant d'être frappé de plein fouet par le jazz lors de sa seizième année. Parcours atypique dont ses créations porteront plus tard la trace. Car tout en s'inscrivant dans la mouvance d'un renouveau du jazz-fusion (porté notamment en France par Erik Truffaz ou Julien Lourau), Pierrick Pédron y apporte une couleur nouvelle, une touche frenchy pop jazzystiquement transmutée.

Après avoir accompagné quelques incontournables pointures (Magic Malik, Stéphane et Lionel Belmondo, Wynton Marsalis, Michel Graillier), tourné dans Pierrick-Pedron.jpgles clubs de jazz new yorkais, Pierrick Pédron fonde son propre quartet. En 2001 sortira son premier album "Cherokee". Une carte de visite, une note d'intention fulgurante, qui rend hommage à ses maîtres en des compositions de haut vol dont certains approchent les cimes atteintes par ses prédécesseurs. Ce qui n'est pas un mince exploit quand les mentors en question se nomment Thelonious Monk, Miles Davis ou John Coltrane. 

Pierrick Pédron offre bien davantage qu'un simple exercice de style, qu'un "à la manière de" somptueux mais un peu vain. Dans ce premier opus, déjà, sa griffe affleure ; même si l'on est encore loin, en apparence, des envolées très personnelles Pierrick-Pedron_2.jpgde ses opus postérieurs. Si "Classical Faces" semble élargir le sillon creusé, il n'en affirme pas moins, paradoxalement, la touche spécifiquement pédronienne. Celle-ci ne se résume pas à son seul "héritage", chose qui fut souvent reprochée à un Wynton Marsalis. Pierrick Pédron se démarque ici nettement des néo-classiques ou des rétro-futuristes du jazz, brillants compositeurs qui recréent une musique à l'ancienne qui sonne comme neuve.

Là où "Cherokee" explorait des univers et des styles, sculptait les sons et les tonalités, "Classical Faces" met en relief les talents de mélodiste du jazzman, qui acquièrent ici une dense évidence. Cherokee_Pierrick-Pedron.jpg"Riton à Nashville", "Naïf", "La chanson d'Hélène" ou "Memrien" possèdent une saveur acidulée et teintée de mélancolie et posent les fondations de la pedron's touch. Les influences s'y métissent et s'y ramifient. On y croise les spectres toniques des chansons de Juliette Gréco, Michel Legrand, Prévert/Kosma ; des films noirs des années 50. Mais également de la musique post-moderne. L'influence de Vincent Artaud, bassiste et arrangeur de cet opus. Ce dernier a en effet offert, en tant que compositeur, nombre d'œuvres instrumentales fortes en bouche qui s'inscrivent dans cette mouvance. Porté par un sextet de référence (dans lequel on trouve également l'indispensable Magic Malik), le disque est un succès critique.

Il en ira de même avec "Deep in a dream". Ici, le saxo de Pierrick se fait moelleux, velouté, d'une délicatesse infinie. Sa palette de jeu s'élargit et s'affine. L'interprète atteint sa maturité, délaissant provisoirement le créateur, qui n'en rebondira que mieux vers des horizons neufs. Deux compositions seulement pour un florilège de reprises à la grâce aérienne. Plus proches du smooth et du cool jazz que du bop. Un trio batterie, piano sax. Deux musiciens américains. Rien ne prépare l'auditeur à la bifurcation radicale que représentent "Omry" et "Cheerleaders".

Il n'est pas exagéré de penser qu'"Omry" est ce qui est arrivé de mieux au jazz-fusion à la française depuis les premiers pas de Julien Lourau. Dès le premier morceau, les ambiances se juxtaposent et se fécondent pour passer à la vitesse supérieure. Chacune des couleurs esquissées dans les précédentes trouve ici sa juste place. Certains artistes arrivent Pierrick-Pedron_5.jpgarmés de pied en cap, déjà porteurs d'un univers dès l'initial balbutiement. Il semble que ce soit par petites touches impressionnistes que Pierrick Pedron crée son univers.

Avec "Omry" il prend toute son ampleur. Aux éléments précités, le compositeur-interprète ajoute une touche d'électro-jazz, susceptible de heurter certes ceux qui n'avaient su voir en lui qu'un énième émule surdoué de Thelonious ou de John Coltrane, mais qui confère à "Omry" une remarquable cohérence, ainsi qu'une rare puissance d'évocation. Car la fée électricité n'est pas ici, comme chez Truffaz, sollicitée pour repousser de quelques crans les limites de l'expérimental ; elle est intégralement mise au service d'une ambiance de film noir. Comme si Art Blakey et Carla Bley venaient à percuter Moby, pour qu'au final les trois ne fassent plus qu'un. Véritable CD manifeste, "Omry" digère et recycle les maîtres, et multiplie les colllages audacieux pour inventer une forme nouvelle. "Omry" est dans le même temps d'avant-garde et grand public, confortable et dérangeant.

PedronPierrick Cheerleaders w-copie-1S'ensuivra le métissage insensé et monstrueusement génial de "Cheerleaders", l'un des paris les plus osés qui soient, musicalement parlant, depuis que la lurette est belle. Fusionner en un corps unique musiques savantes et populaires, celles-là même que les esthètes ne prennent qu'avec des pincettes. Hybridation délirante mais somptueusement maîtrisée de Wayne Shorter et des Pink Floyd, d'Art Blakey et des musiques de fêtes foraines, de Francis Lai et de Sonny Rollins, De Charlie Parker, Francis Lopez et Magma. Une œuvre qui ne raconte rien moins que la vie d'une majorette, une cheerleader. A l'heure actuelle, l'œuvre la plus personnelle et la plus profondément originale de Pierrik Pédron, qui lui vaudra encore une fois la reconnaissance de la critique.

Pour son disque suivant, "Kubick's Monk", le compositeur-interprète retrouve ses fondamentaux, en explorant des morceaux peu connus de l'immense Thélonious. Autre forme d'expérimentation, puisque délivré de l'ombre parfois pesante des interprétations de référence, il peut donner libre cours à sa créativité saxophonique. Le résultat : un disque choc, enrichi par les arrangements du fidèle Vincent Artaud.

Compositeur remarquable, interprète époustouflant, Pierrik Pedron exprime tour à tour chacune de ces facettes. Au gré de ses pulsions, de ses envies. Et offre cette chose devenue si rare et si précieuse : une musique libre.

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

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• Minuit à Paris : un Woody Allen en pantoufles

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Minuit-A-Paris.jpgA de très rares exceptions près ("To Rome with Love", son dernier opus par exemple), il suffit que Woody Allen pointe le bout de sa caméra pour que derechef les médias français se mettent à crier "au chef d'œuvre". Systématisme irritant, qui pourrait tendre à égarer le spectateur qui serait passé à côté de ses très grands films. Car loin d'être linéaire, la carrière du cinéaste, sur le plan qualitatif, présente un profil en dents de scie. Le génie pur ("La rose pourpre du Caire" - "Alice" "Hannah et ses sœurs" - "Tout le monde dit I Love You" - "Manhattan" - "Guerre et amour" - "Bananas"…) y côtoie le bon film du samedi soir, sympathique mais manquant singulièrement d'envergure ("Radio Days" - "Maris et femmes" - "Crimes et délits" - "Harry dans tous ses états"…). Le ratage pur et simple existe également, mais il est plus rare ( "Accords et désaccords" - "Melinda et Melinda"…).

"Minuit à Paris", son avant dernier film, fut, comme il se doit porté aux nues par la critique hexagonale. Louange affiche-minuit-a-paris-midnight-in-paris-2010-1.jpginversement proportionnelle à l'ampleur du naufrage. Une déception d'autant plus consternante que le Woody Allen d'autrefois, celui d'"Alice" ou de "La rose pourpre du Caire" eût tiré du sujet de "Minuit à Paris", une petite merveille.

Le film démarre comme une machine molle. Gil Pender, un écrivain américain frustré, qui rêve de vivre dans le Paris des années 20 et qui n'en peut plus d'écrire pour Hollywood des scenarii au kilomètre. Sa fiancée, riche, frivole et imbue d'elle même, ne pensant qu'à son confort. Les beaux parents très à droite regardant d'un œil circonspect cette union de la carpe et du lapin. Tout ce beau monde se retrouve au sein de la ville-lumière. Notre homme de lettres ne songe qu'à y rester pour y accoucher d'un roman, au grand dam de sa dulcinée.

On connaît la chanson. D'habitude, Woody Allen en enchaîne les couplets avec entrain et, quand le génie ne répond pas à l'appel, sait tirer son épingle du jeu, grâce à son sens Minuit-a-Paris_5_galleryphoto_paysage_std.jpgde la répartie qui fait mouche. Las, le dialoguiste brillant qu'il fut est aux abonnés absents dans "Minuit à Paris". Le temps passe, et l'on se dit que la machine va finir par s'emballer. Car voici qu'un second sujet apparaît : se promenant à minuit près des quais, l'anti-héros allenien est hélé par les occupants d'une vieille voiture -en parfait état cependant. Le voici embarqué par Francis Scott Fitzgerald et sa compagne, la turbulente Zelda, pour aller faire la fête… dans le Paris des années 20. Il y croisera Hemingway, Dali, Bunuel, Gertrude Stein, Picasso et tombera amoureux d'Adriana, l'éphémère maîtresse de ce dernier. Une liaison si sporadique qu'elle n'est même pas signalée par les manuels.

Ce basculement dans le fantastique et le fantasmagorique excite au premier abord. Voilà belle lurette que Woody Allen ne s'y était pas frotté. En général, l'exercice lui réussit plutôt bien : quelques uns des chef-d'œuvres précités obéissent à une woody-allen-et-owen-wilson.jpgtelle dynamique. Bons princes, passons sur le fait que le Paris des années 20 n'apparaisse qu'au travers d'intérieurs nuits et qui plus est dans des endroits luxueux (exit le Paris pauvre de l'époque, auquel furent confrontés bien des artistes). Le budget décoration s'en trouve extrêmement allégé. L'ennui, c'est que le scénario présente également une tendance au "light". Par instants, on retrouve le Woody que nous avons aimé : le héros expliquant sa situation à un Bunuel et un Dali subjugués, ou tentant de suggérer au grand Luis, qui n'y comprend goutte, le scénario de son propre futur "Le charme discret de la bourgeoisie". Mais rares sont ces instants de grâce.

cotillard-et-owen-wilson.jpgL'interprétation -un des points forts du cinéaste- est hélas au diapason d'un synopsis mollasson. Owen Wilson tente de jouer Woody Allen. C'est assez fréquent dans les films ou le maestro n'apparaît pas. En l'occurrence, pourtant, il le joue mal, misant essentiellement sur l'aspect timide et introverti (un comble pour un acteur souvent excessif). Où sont les brusques accélérations et explosions logorrhéiques du cinéaste new-yorkais ? Rachel McAdams interprète sans nuance son rôle de fiancée castratrice. Katy Bates manque d'autorité en Gertrude Stein, Adrian Brody est un Dali plutôt sage… Curieusement, c'est le casting hexagonal qui s'en tire le mieux : Gad Elmaleh, dans un rôle muet, est plutôt drôle en détective dépassé, Carla Bruni joue étonnamment juste et Marion Cotillard, en égérie du grand Pablo, parvient à donner de la chair à un rôle somme toute peu écrit.

En voyant "Minuit à Paris", le allenophile de base -dont je suis- ne peut que formuler deux hypothèses. Soit le réalisateur nous livre quelques films paresseux, histoire de prendre son woody-allen.jpgélan avant de réaliser un tir groupé de chef-d'œuvres. Ce qui est déjà arrivé dans le passé. Soit il s'essouffle sans rémission ; il serait alors peut-être temps pour lui, à 78 ans, de raccrocher les gants. Malheureusement, sa production récente ferait plutôt pencher la balance vers la seconde solution. Grand fan du cinéaste, sans pour autant en perdre toute distance critique, je ne puis m'empêcher de constater -et déplorer- que dans ses films des dix dernières années, aucun ne trône en haut de l'Olympe. Des œuvres sympathiques et savoureuses peut-être, dans le meilleur des cas, mais aucune qui fût forte et marquante.

Impossible pourtant d'en vouloir à celui qui sut me donner tant d'émotions cinématographiques, tant d'instants rares et précieux. Sans rancune Woody…

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans sur grand écran

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