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• Je hais la musique.

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Bosch18.jpgJe hais la musique. La musique que j'aime tant. Devoir subir ce bruit de fond que devient la musique, quand elle n'est pas écoutée. D'espace en espace, la même poursuite infernale, seul le rythme change. Harcèlement permanent que ce fond sonore.

Fond sonore.

Quoi de plus laid qu'un tel concept ? Quel fond ?

Pour parfaire le tableau, des écrans à présent.

Que de restaurants, de lieux publics... où les télévisions -grand écran SVP, ultra Ensor_OK.gifplat- diffusent clips ou films. Des images défilent sans texte, sans voix, puisque la musique s'acharne en parallèle. Cinéma muet façon XXI° siècle. Ni radio, ni télévision, mais des engins à fabriquer du bruit, des  formes. Partout, sans relâche. Je hais la musique. Rejet épidermique qui me submerge de violence.

fussli_silence.jpg

Tout pour que le regard ne rencontre jamais le silence ; pour que les oreilles ne se reposent guère. Au point de s'étonner quand résonnent nos voix dans un restaurant aphone. Devenus fantômes à nous-mêmes tant nos sens sont saturés...

Illustrations :
© Bosch

© Ensor
© Fussli

Gracia Bejjani-Perrot

Publié dans tout y passe

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• Livres en bref : Mon oncle Benjamin, à lire et à relire

Publié le par brouillons-de-culture.fr

OncleBenjamin.jpgIl faut lire ou relire "Mon oncle Benjamin" de Claude Tillier (Le Serpent à plumes).

 

Un roman étonnant, surprenant, détonant à chaque page. Savoureusement indispensable. Un brûlot anarchiste d'une belle vigueur, dont le film de Molinaro (en dépit d'un Jacques Brel impérial) ne rend qu'une faible idée.

 

Livre épique sur un homme qui ne croit à rien d'autre qu'en la vie. Et par voie de conséquence, ni à l'argent, ni au pouvoir, ni aux responsabilités. Picaresque, pétri d'humour, d'une belle humanité et souvent très politiquement incorrect, même de nos jours.

 

Quand je pense que cette œuvre a été écrite au 19ème siècle, par un écrivain mort dans la fleur de l'âge, j'en reste bouche bée…

 

En cherchant des illustrations à cette notule, j'ai trouvé ce bijou de vidéo : Brassens et Fallet discutant avec Michel Polac de littérature et de... Claude Tillier et de... "Mon oncle Benjamin" et de biens d'autres écrivains, dans "Les Livres de ma vie". Quelle joie d'écouter Brassens parler en ces termes de Claude Tillier et par le plus heureux des hasards.

retrouver ce média sur www.ina.fr

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, illustration

 

Publié dans brèves de culture

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• Ciné en bref : et c'est ainsi qu'Hitchcock est grand…

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Hitchcock--Alfred.jpgLa rétrospective Hitchcock continue jusqu'au 28 février. Où ça ? À la Cinémathèque. Voir le programme ICI. Une manifestation qui encourage tous les grands magasins et les éditeurs vidéos à ressortir du placard tous ses films. Et nombre de salles de cinéma à sortir leurs copies.

 

Il est surprenant que ce diable d'homme ait réussi à nous faire croire qu'il réalisait des films policiers. Car si suspense, rebondissements, escroqueries... et naturellement meurtres sont souvent présents dans ses œuvres, ils n'en sont la plupart du temps qu'un des multiples éléments. Le point central, le plus souvent, réside dans la peinture des caractères. Par exemple, dans "L'ombre d'un doute", la nature criminelle du "héros" apparaît dès les premières minutes. Le vrai sujet : les illusions de sa nièce qui le vénère, et la dislocation de la famille.

 

Films romantiques (Rebecca, les Amants du Capricorne…), psychologiques voire psychanalytiques (Pas de printemps pour Marnie, La Maison du Dr Edwards, Lifeboat, Soupçons...), humour noir (Mais qui a tué Harry ?, La Corde)..., films fantastiques ou d'horreur (Les oiseaux, Soupçons, Vertigo...) cet immense directeur d'acteurs a en réalité exploré tous les genres.

 

Et c'est paradoxalement dans ses films les moins truffés en rebondissements qu'on prend toute la mesure de l'élégance et de la précision de sa mise en scène. Ainsi que de sa singulière omniprésence. Chaque cadre, emplacement, configuration de l'image est fruit d'une réflexion personnelle de l'auteur. Hitchcock ne laisse rien au hasard. Un simple objet (bouteille de champagne, ciseaux, téléphone ou paire de lunettes) peut devenir un enjeu dramatique majeur. Et livrer nombre d'informations essentielles en une scène muette (le commencement du "Crime était presque parfait"). Caractériser les personnages avant leur apparition à l'écran, comme ces chaussures en mouvement (le début de "L'Inconnu du Nord Express")...

 

Qu'il ait entre les mains le script le plus élaboré ou le scénario le plus linéaire, il en fait une œuvre personnelle. Tout ici réside dans l'art de mettre en forme la matière, dans le traitement qu'il lui impose, source d'une manière unique de filmer. Et c'est ainsi qu'Hitchcock est grand…


Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, illustration

Publié dans brèves de culture

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• Van Hamme 3) du Chninkel à Largo Winch

Publié le par brouillons-de-culture.fr

vanhamme cover 2Comme Gaston Leroux, Van Hamme est un "ogre" littéraire, un infatigable raconteur d'histoires, enchaînant les scénarios les plus explosifs avec un bel appétit. En 86, alors que les séries XIII et Thorgal tournent à plein régime, ce stakhanoviste effréné trouve encore le temps d'accoucher de ce que beaucoup considèrent comme son Grand Œuvre : Le Grand Pouvoir du Chninkel. Une réinterprétation décalée du Nouveau Testament dans un univers d'héroic fantasy.  A priori, pas de quoi affoler les aficionados de BD. Un projet qui, avec tout autre aux commandes, eût semblé irréalisable et voué à l'échec. Ou au ridicule… Avec Van Hamme, le résultat est proprement renversant.

 

grand-pouvoir-du-chninkel-01.jpg

Un monde en proie à des guerres meurtrières, où les plus pauvres font les frais des massacres seigneuriaux. Mais le Très Haut apparaît à l'un d'entre eux. Un pauvre hère sans la moindre influence. Et pourtant, c'est à ce cœur pur et innocent que va être confiée la lourde tâche de faire entendre une parole de paix. Une mission qu'il voudra d'abord refuser. Et qu'il assumera du mieux qu'il peut, se découvrant des facultés qu'il ignorait posséder.

Chninkel.jpg

 

Pas un instant Van Hamme ne lâche son lecteur, dans un récit qui alterne avec brio l'humour et l'émotion pure. Je défie quiconque de ne pas avoir usé quelques mouchoirs avant la fin, bouleversante. Une œuvre qui fut récompensée par  le grand prix des Alpages à Sierre en 1987 et l'Alph'art du public à Angoulême en 1989.

 

En 90, Van Hamme met en branle une nouvelle série "Largo Winch". J'avoue avoir mis du temps à me pencher sur cette BD. L'histoire de ce jeune milliardaire un peu voyou, héritier d'un empire financier, ne m'excitait pas outre mesure. J'avais évidemment tort, car sitôt refermé le premier album, je me mis à dévorer le suivant.

 

largowinch 2

Tout commence par un homme d'affaires à la tête d'un des plus gros empires financiers mondiaux. Face à lui, un homme dont le visage demeure dans l'ombre. On comprend vite que l'intrus est venu pour le tuer. Et que la victime est loin d'être un enfant de chœur. Mais la série n'est pas un  whodunit à l'Agatha Christie. On connaît en fait assez rapidement le meurtrier, pas plus reluisant que le défunt milliardaire. Le pivot de l'histoire : l'héritier du groupe W. Se sachant stérile, le nabab a adopté un jeune orphelin yougoslave, auquel il a donné son nom. À défaut de l'élever lui-même, il le rencontre de temps à autre pour l'initier aux arcanes de la finance.

 

francq largo16 hfLargo est un jeune homme turbulent, un peu voyou, un peu anar, don quichotte des justes causes, plus homme d'action que businessmaker. S'il accepte de relever le défi, c'est davantage par jeu que par goût du lucre. Son style, franc et direct ne plaît pas à tout le monde…

 

On notera des points communs entre le fougueux Largo et d'autres héros de Van Hamme. Comme Thorgal thumb-largo-winch---le-personnage-de-jean-van-hamme--2303(à son corps défendant) et XIII, il plaît aux femmes. Comme XIII, il est essentiellement fidèle en amitié et son passé est obscur. Sa famille se compose également au gré des rencontres : Simon, rencontré en prison. Un déserteur israëlien, Kapman devenu son pilote privé et son plus fiable allié. La secrétaire vieille fille qui, déroutée par ses manières, donne d'abord sa démission avant de revenir sur sa décision et de se joindre à son équipe de choc. Et Cochrane, opposé aux méthodes de Largo mais le soutenant lorsque nécessaire.

 

Comme les histoires de Thorgal, chaque récit se déroule sur un seul album ou sur une série pouvant aller jusqu'à quatre. Entre son passé (il a entre autres aidé des rebelles tibétains) qui le suit et les pièges qu'on lui tend pour faire imploser son groupe, à coup d'actions légales ou illégales, Winch a du pain sur la planche. Et n'hésite pas à s'engager physiquement pour défendre les siens ; ni à tout risquer pour honorer sa parole, ou par sens de la justice. Il est demeuré, malgré les apparences, un aventurier.

 

largoVan Hamme avec la série Largo Winch surmonte un certain nombre d'obstacles. En premier lieu, faire un succès d'une série de romans de son crû qui n'a pas caracolé en tête des ventes. En second lieu, initier ses lecteurs à la haute finance (et ses explications sont claires, sans pour autant plomber le récit). En troisième lieu faire d'un milliardaire jouant sur la mondialisation, sans pitié ou presque pour ses adversaires, usant et abusant des paradis fiscaux, un personnage sympathique.

 

L'ultime grain de sable est à mon sens d'ordre graphique. Autant Rosinski et Vance possèdent une identité picturale forte, et une griffe visuelle immédiatement repérable, autant Francq est ce qu'on appelle un honnête artisan, dont le trait ne marque pas les mémoires, s'effaçant souvent derrière ses scénaristes. En dépit de tous ces handicaps, Largo Winch fonctionne et parvient à nous faire haleter à ses trépidantes aventures.

 

 

Le 16 février, sortira dans les salles le second film adapté de la série BD. Avec cette fois-ci un joker de taille : la présence de Sharon Stone au générique. Une consécration rare pour le monde des bulles. 

 



Mais ce diable à ressort de Van Hamme demeure LadyS_tt_05012006_53086.jpgtoujours aussi virevoltant et insaisissable, lançant une nouvelle série "Lady S" (6 épisodes parus depuis 2004). Le dernier Largo Winch "Mer Noire" (le 17ème) est paru il y a peu. De même que sa seconde excursion dans les mondes de E.P. Jacobs.

 

S'il est un scénariste au monde apte à reprendre en main les destins de Blake et Mortimer, à faire revivre cet univers proche de ceux des feuilletonnistes du début du XXème siècle, c'est bel et bien celui de "XIII" et de "Largo Winch".

 

Parallèlement, les enfants issus de ses œuvres continuent à vivre leur vie, de "XIII Mystery" aux "Mondes de Thorgal" qui, comme la première série, enrichit l'existence des personnages secondaires de la saga viking.

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

Publié dans avec ou sans bulles

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• Van Hamme 2) XIII, le roman-feuilleton du XXIème siècle

Publié le par brouillons-de-culture.fr

L'immense succès rencontré par Thorgal ne met pas pour autant Van Hamme à l'abri des revers. Il en connaîtra un sanglant avec la série Arlequin (dessinée par Dany). Trop sophistiquée pour les jeunes lecteurs. Pas assez pour un public plus adulte.

 

vance-vanhamme.jpg

Mais Van Hamme n'est pas homme à rester sur un flop. Une rencontre antérieure ne va pas tarder à porter ses fruits et asseoir définitivement son statut. En 76, Greg, alors directeur des éditions Dargaud, l'avait mis en contact avec William Vance, dans la perspective de reprendre la série Bruno Brazil. Mais, las de jouer les "scripts doctor" pour séries en perte de vitesse, Van Hamme ne donnera pas de second souffle au célèbre agent secret albinos. Il reste cependant en relation avec le dessinateur. D'autant plus qu'il habite à deux pas de chez lui.

 

Le dessin de Vance est aux antipodes de celui de Rosinski. Là où le second s'adonne volontiers au lyrisme et à l'onirisme, le second offre un trait précis, réaliste, d'une redoutable efficacité. L'homme idéal pour une série d'espionnage.V-Vance-J-Van-Hamme-XIII-BD

 

Elle prendra naissance en 1984. Van Hamme vient d'achever la lecture de "La mémoire dans la peau" de Robert Ludlum. Si les tribulations de Jason Bourne ne lui parlent pas outre mesure, il retiendra du roman l'idée d'un héros amnésique. Variations sur un thème ? XIII est  bien davantage que cela. Instinctivement, Van Hamme retrouve le secret des grandes séries paranoïaques qui, des "Envahisseurs" au "Prisonnier", ont bercé ma folle jeunesse.

 

Mais, au-delà des références télévisuelles évidentes, Van Hamme est de la raceXIII 3 des grands feuilletonnistes du siècle dernier. Il évoque une sorte de petit-fils caché de Gaston Leroux. Même sens du rebondissement et du coup de théâtre. Même manière d'abandonner ses héros dans une situation dramatique, voire apparemment insoluble, en fin d'épisode, pour y offrir une issue inattendue lors du chapitre suivant.

 

XIII_t6.jpgUne tendance qui s'affirmera de plus en plus dans Thorgal, mais qui est, dès le premier épisode, au cœur de la série XIII.

Blessé par balle, le héros porte tatoué sur le bras l'inscription XIII en chiffres romains. Il s'échoue, évanoui, sur la plage et est recueilli par un couple de personnes âgées. À peine a-t-il le temps de s'attacher à eux et de retrouver la santé que des tueurs surgissent dans ce havre de paix. Mais notre homme a la peau dure et des réflexes à toute épreuve et s'il ne parvient pas à protéger ses hôtes, il triomphera de ces pros du meurtre. Qui sont-ils et surtout qui est-il, lui ? Qui en a fait une telle machine de guerre? Et dans quel but ?

 

XIIICes questions hanteront les 18 albums de XIII, tenant en haleine des millions de lecteurs à travers le monde. Car rien n'est stable ni évident en ce qui concerne son identité, chaque indice tendant à l'égarer sur une fausse piste. Rien n'est plus facile à manipuler qu'un homme d'action amnésique. Sinon fabriquer des preuves.

 

Dès le premier épisode, on lui prouve qu'il est l'assassin du président des États-Unis. Qu'il était le soldat d'élite Steve Rowland, porté disparu depuis plus d'un an dans un crash d'hélicoptère. Et ce n'est là qu'un début … XIII, homme sans identité, ou jouissant au contraire d'identités multiples ? Un mystère qui ne sera résolu que dans le dernier album.

 

xiii-t-9-pour-maria-van-hamme-jean-vance-william-bande-des

Il a des ennemis acharnés et puissants. Non content d'avoir à ses trousses un tueur redoutable, La Mangouste, qui fait de sa poursuite une affaire personnelle, il se met progressivement à dos le FBI, la Mafia, la CIA et le Président de la République.

 

Pourtant, notre héros déjoue tous les pièges qui lui sont tendus. Formé à faire front en toutes circonstances. Mais ce n'est pas le seul atout dans sa manche.

 

Comme Thorgal, le bel amnésique séduit sur son passage hommes et femmes de tous âges. Il est entier, loyal, droit, fiable, même si plus fidèle en amitié qu'en amour. Et c'est ici que la série opère une transition de taille, qui la fait entrer de plain pied dans notre époque : à la famille de sang de son héros viking, Van Hamme substitue la famille de cœur, la tribu, qui se formera au fur et à mesure des épisodes. Le Général Carington, le Major Jones, le colonel Amos, le Marquis de Préseau, et le major Betty.

 

 

Une intrigue échevelée aux rebondissements perpétuels, des femmes d'action, des archétypes puissamment revitalisés et réactualisés, XIII devient vite une série culte, si populaire qu'elle déclenche un merchandising des plus rares en BD. Jeu à gratter, jeu vidéo, film TV en deux épisodes. Chaque nouvel épisode est annoncé par des affiches gigantesques, jusqu'à la conclusion avec "Le dernier round", efficace mais sans surprise. Bien sûr, certains albums nous laissent un peu sur notre faim. Je pense notamment à "L'or de Monte Cristo" avec son abus de dessins pleine page ou à "Lâchez les chiens", XIII mystery couv2trépidant certes mais ne donnant aucune nouvelle information sur l'identité de XIII. Mais ce n'est que pour mieux nous éblouir à l'épisode suivant.

 

Et l'un dans l'autre, Van Hamme aura réussi à nous tenir en haleine pendant 23 ans, au fil de 19 albums !

 

Si en 2007, Van Hamme lâche l'affaire, le mythe aura marqué plusieurs générations. À tel point que son éditeur décide de relancer la "franchise" avec une vraie bonne idée : faire de chaque personnage secondaire (et dieu sait s'ils fourmillent dans XIII) le héros d'un album. Pour chacun d'entre eux, un scénariste et un dessinateur différent, n'ayant jamais œuvré ensemble.

 

Ainsi naît la série XIII Mystery. Pari réussi avec un premier épisode qui parvient à donner chair et émotion à la Mangouste.

 

 

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

Publié dans avec ou sans bulles

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• Ciné en bref : Tron l'héritage, une séquelle qui prend l'eau…

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Tron-legacy.jpg

 

Offrir une suite, près de trente ans après, à un film qui avait, visuellement et techniquement vingt ans d'avance sur son époque est une fausse bonne idée. Car c'est prendre le risque d'avoir une dizaine d'années de retard !

 

Tron l'héritage (sortie en salle le 9 février 2011) étire en longueur deux ou trois trouvailles bienvenues. Pour le reste, on s'ennuie ferme.

 

Rarement la 3D aura été si peu justifiée et si mal utilisée. Même l'immense Jeff Bridges (Fisher King) cabotine en roue libre, c'est dire…

 

 

Pascal Perrot

 

Publié dans brèves de culture

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• Livres en bref : Citizen Sidel, Charyn en état de grâce

Publié le par brouillons-de-culture.fr

 

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Peuplée de personnages haut en couleur, à commencer par son héros lui-même, drôle, intelligente, insolente, la saga Isaac Sidel ne se raconte pas. Elle se savoure à chaque page. Quelque part entre les films de Pagnol et les livres de Rabelais.

 

Loin de s'essoufler, Jérome Charyn se renouvelle avec "Citizen Sidel". Potentiel vice-président des Etats-Unis, Sidel n'a pourtant rien perdu de ses manières de voyou. Poursuit toujours son éternel amour. S'entiche d'une petite fille fantasque et d'un Michel-Ange du graph. Protège coûte que coûte sa famille de cœur, sa tribu quitte à contourner la loi…

 

Savoureusement indispensable !

 

 
Pascal Perrot

Publié dans brèves de culture

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• Ciné en bref : another year, une autre fois…

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Another-Year-001 "Another Year" contient, il est vrai de purs moments de cinéma. Est joué, je n'en disconviens pas, par des acteurs stupéfiants. Il est, certes, tout à l'honneur de Mike Leigh de porter le regard sur des générations -la précinquantaine et la pré ou post soixantaine- souvent maltraitées ou ignorées par le cinéma.

 

Mais notre intérêt se dilue au fur et à mesure que progresse l'histoire : Mike Leigh est de ces cinéastes dont on ne parvient jamais à oublier la mise en scène. Aussi dérangeant qu'un marionnettiste qui, par son omniprésence, crée une constante distance entre ses personnages et nous.

 

Dommage… En l'état "Another Year" n'est qu'un bon film, à mille lieues du chef-d'œuvre qu'il eût pu être.

 

Pascal Perrot

 

Publié dans brèves de culture

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• Octopus de Decouflé

Publié le par brouillons-de-culture.fr

 

Octopus de Decouflé. Magistral spectacle où beauté, inventivité et exigence s'accordent avec plaisir, ludisme, jubilation. Magistral et accessible. Du spectacle bien vivant ! Viscéral... Octopus aux multiples facettes. Tentaculaires, audacieux.

 

Decouflé a préféré créer son spectacle "comme on fait des disques rock, avec plusieurs morceaux, plutôt qu'une sorte d'opéra d'un seul tenant". Des formats courts, jalousieShiva pashélas tiqueboîte noiresquelettesl'argothique, talons aiguilles, boléro...  où alternent, duo, solo,trio, quatuor... "octo" avec ses 8 danseurs tout en grâce, en sensualité, en énergie. Octopus, un explosif mélange de genres chorégraphiques, qui trouve son apothéose dans le Boléro dédicacé à Maurice Béjart.

 

Octopus, c'est aussi un foisonnement de formes, de genres artistiques... Danse, musique et vidéo s'entrelacent sans octopus-decoufle.jpgjamais se court-circuiter. La chorégraphie est portée par les notes inspirées de Labyala Nosfell et Pierre Le Bourgeois, créations originales interprétées en direct par ces 2 musiciens. La vidéo fonctionne comme un neuvième danseur, ou un musicien surgi d'un autre univers. Un spectacle ponctué d'extraits poétiques, comme "Hermétiquement ouvert" de Gherasim Luca, interprété avec superbe par l'une des danseuses.

 

Decouflé réussit le pari des paradoxes. Tant dans la matière dont il tisse ses mini-chorégraphies, que dans le déploiement de son art. Ruptures sans cassure. Emotion et joie charnelle. Une maîtrise tout en souplesse.

 

Au théâtre de Chaillot jusqu'au 4 février 2011. Pour en savoir plus sur la distribution, les informations pratiques... se rendre ici !

 

 

Gracia Bejjani-Perrot

 

Publié dans spectacle... vivant !

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• Bénier-Bürckel, l'infréquentable

Publié le par brouillons-de-culture.fr

 

Certaines œuvres ne sauraient être partagées avec tous. Sombres, fortes et cruelles. Choquantes, dérangeantes. Si eric-beniel-burckel-copie-1.jpgtordues, si exigeantes qu'elles peuvent vous lier d'une amitié indissoluble à quelqu'un qui la vénère. Ou être à l'origine d'un clash relationnel . Dangereuses en quelque sorte. On ne les manie qu'avec précaution, comme des bâtons de dynamite. Les recommander vous dévoile, vous démasque imparablement.

 

Telle est la nature des livres de Éric Bénier-Bürckel. Une sève volcanique en fusion, d'une noirceur éblouissante qui remue les entrailles et bouscule les neurones. Le romancier explore les ténèbres du siècle, en extirpe les redoutables poisons. Plus proche d'un Baudelaire, d'un Lautréamont, d'un Marcel Moreau, d'un Chuck Palahniuk ou d'un Ryû Murakami que d'un énième clone houellebecquien ou d'un sosie de Jonathan Littell. S'il est pour moi le frère jumeau de ces voyageurs âpres des zones infréquentables, ce n'est point tant par l'écriture que par la texture de ses univers. 

 

Éric Bénier-Bürckel donne une vigueur nouvelle à un genre où peu osent s'aventurer. Un genre qu'on pourrait appeler, faute de mieux, le thriller sémantique. Où le suspense, haletant, provient de la vie, organique et tumultueuse, des mots eux-mêmes.

 

© Picasso, Guernica

PICASSO-GUERNICA.jpgComment et d'où, après telle envolée de romantisme noir, dont la déflagration nous laissa essoufflés, le livre pourra-t-il rebondir ? À quelle vertigineuse envolée de mots drus, visant leur cible sans faillir, devons-nous nous préparer ? Qu'on ne s'y trompe cependant pas : si elle stimule notre intellect, la prose d'Éric Bénier-Bürckel est avant tout viscérale.

Tripale. D'un uppercut rageur, elle nous frappe au plexus avec punch et panache. Et nous tient pourtant en haleine, nous empoignant sans relâche, ne lâchant jamais sa prise. On en sort broyé, lessivé mais paradoxalement heureux.

 

Le premier livre qui tomba entre mes mains fut "Un peu d'abîme sur vos lèvres". Écrit en réaction au tollé suscité par le précédent Un-peu-d-abime.gifroman de l'auteur. Pour avoir écrit un ouvrage abominable, le héros, jamais nommé, est traqué, vilipendé, haï. Lui-même affirme avec force être responsable de toutes les horreurs du XXème siècle - et au-delà même. Pamphlet corrosif ? Essai survolté sur la littérature du mal ? Poème incantatoire au verbe tonitruant ? Roman décalé qui ne ressemble à nul autre ? "Un peu d'abîme sur vos lèvres" zigzague allègrement entre les frontières des genres.

 

Sur un thème pour le moins minimaliste, l'auteur brode à foison des variations d'une estomaquante richesse. Par la seule force de sa plume, il nous maintient en haleine, crée au détour de chaque page le choc, la surprise. Exhibe les trophées décadents de nos pauvres alibis pour nous justifier de vivre. Je fus happé par ces premiers mots :

"C'est l'esprit libre qu'on blâme en moi, le briseur d'idoles, la méchanceté sans tabou, le vaurien, que dis-je, la canaille sans foi ni loi à qui la douleur ne fait pas froid au verbe"

 

Et porté par une rage salubre, qui n'épargne rien de nos faiblesses, jusqu'à l'ultime phrase, en forme d'issue :

"Je suis arrivé dans la paix du monde, là où la beauté, immense comme le ciel, se serre avec amour contre le cœur de la Lumière."

 

Bénier-Bürckel ne recule pas face à la provocation :

"Vous espériez peut-être une histoire, un roman, de la saga des familles bien distrayantes, vous serez déçus, pas d'histoire, pas de roman, mais un intermède de puanteurs et de trous, un entracte de pompes funèbres, allongez-vous, c'est tout pour vous, cercueils et tombes, je vous enterre vivants."

 

Mais son ironie cruelle pourtant n'est jamais gratuite :

"Si je vous écorche avec ma langue râpeuse et brûlante, c'est pour rappeler à la vie le malheureux Lazare qui se putréfie dans les vagues mourantes et les élans brisés de vos entrailles ! Qu'il se lève et marche ce dépossédé, et qu'il prenne part au monde, dans tout ce qui se fait sous le soleil ! Dieu n'est pas dieu de morts, mais dieu de vivants !"

 

 

Une telle fièvre d'écriture ne pouvait que m'inciter à aller voir de plus près le sulfureux "Pogrom".

 

Lui est professeur et aspirant écrivain. Criblé de dettes comme il se doit. Elle est d'une aisance tapageuse et écume les benier-burckel pogromboutiques de luxe où elle dépense sans compter. Il est plutôt beau gosse. Elle tombe sous son charme. Lui ne songe qu'à une chose : installer chez elle ses pénates. Pour enfin tourner le dos aux jours maigres et, jouissant de son opulence à elle, pouvoir écrire en toute tranquillité. L'homme est rarement appelé d'un autre nom que "l'inqualifiable". Elle n'est désignée que par celui de "l'hôtesse". Ils vont mutuellement s'autodétruire. L'hôtesse passe son temps à dénigrer ses projets d'écriture, ne livre son argent qu'au compte-gouttes, accompagnant souvent ce don de quelque propos méprisants. Lui n'aspire qu'à sortir de cet enfer, la trompe, résiste, l'injurie à son tour. La blesse. Se réconcilie. Prétend la haïr, la vomir.

 

À priori, "Pogrom" avait presque tout pour me faire fuir : une thématique très proche des plus minimalistes des partisans de l'autofiction ; des personnes sans nom, comme dans le pire du Nouveau Roman.


© Francis Bacon, Head

francis-bacon-head-1953.jpg

Mais le thème du livre n'est pas son vrai sujet. "Pogrom" parle avant toutes choses de la confrontation de l'homme à ses ténèbres. De la nécessité d'un tel voyage au cœur de nos abîmes intérieurs pour en jaillir transformé. Ou ne pas en resurgir. L'ensemble tournant autour d'une écriture de haut vol, nerveuse et riche en métaphores. Éruptive et cabossée. Excessive et secouante.

 

Le projet littéraire du "héros" en dit long : un texte qui soit à la littérature ce que le hard rock est à la musique. Une plongée en apnée dans le plus obscur de l'homme, une exaltation des pulsions les plus malsaines. Une destruction systématique des valeurs du monde ancien, qui suscite la haine, le dégoût. Qui brusque, secoue, interpelle. Qui soit un appel à l'éveil.

 

 © Oskar Kokoschka, Die Windbraut

Kokoschka-WindBraut.jpgQui est victime ? Qui est bourreau ? Qui exploite réellement l'autre ? La ligne de partage n'est jamais simple entre ces deux êtres survoltés, engoncés dans un amour/haine impitoyable où tous les coups semblent permis. L'écrivain mérite peut-être vraiment son titre d'inqualifiable et l'hôtesse est sans doute davantage que cela. Toute histoire comporte sa part d'inconnu et d'inquantifiable. 

Le livre à venir n'est pas davantage "décrit" que les "scènes de ménage" du couple. Dans les deux cas, le lecteur est directement projeté au cœur du vortex.

 

"Pogrom" n'est pas un livre confortable. Ni même poli, gentil policé. Parce que l'un des personnages du livre, d'origine maghrébine, se livre à une longue diatribe contre les Juifs ; parce qu'une scène du livre, insoutenable, lorgne du côté du "Château de Cène" de Bernard Noël, il fut accusé de tous les maux. Le Monde le taxe de racisme et d'antisémitisme. Le Nouvel Obs va plus loin encore en affirmant que l'auteur ne peut être que fasciste et raciste. Raffarin s'empare de l'affaire, qui ira jusqu'au procès, aboutissant à une relaxe. Soulignons quand même que si l'anti-héros du livre se répand parfois en propos douteux, les scènes incriminées par la Justice ne représentent, mises bout à bout, que cinq pages et cinq lignes (sur les 240 du livre !).

 

 

Auparavant, Bénier-Bürckel avait publié deux livres "Un prof bien sous tous rapports" et "Maniac". Après  Pogrom, "Un peu d'abîme sur vos lèvres" et "Le messager".

 

Il nous rappelle que la vraie littérature ne se fait pas nécessairement avec de bons sentiments, ni avec des matériaux de récupération. Et que l'écriture n'est pas affaire de morale mais d'exigence.

 

 

Pascal Perrot, textes

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

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