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# brèves de culture

Lundi 26 septembre 2011 1 26 /09 /Sep /2011 14:05

Blake Edwards aurait pu être considéré comme l'équivalent d'un Cukor, d'un Minnelli ou d'un Billy Wilder. Il en avait Blake-Edwards.jpg assurément l'étoffe. On peut dès lors se demander pourquoi sa place demeure, aux yeux de bien des cinéphiles, plus proche d'un Jerry Lewis que d'un Lubitsch. Amuseur public ou grand cinéaste ? La question, en l'occurrence est difficile à trancher. En littérature, il existe nombre de génies velléitaires, se souciant davantage d'écrire à perte de vue que de ne laisser derrière eux que des chef d'œuvres. Habités pourtant d'une vraie flamme, d'un vrai regard qui leur permit de laisser, parmi nombre de romans, chansons ou poèmes inaboutis, quelques véritables diamants. On peut citer, par exemple, Vian, Cendrars, Cocteau, Topor qui, pour avoir atteint souvent au génie, n'en ont pas moins livré un certain nombre d'écrits brouillons, traversés de fulgurances. Blake Edwards semble appartenir à cette espèce-là. Aimée parfois du public, mais sévèrement boudée par la postérité. Ce type de désinvolture semble rédhibitoire. Elle condamne Richard Fleisher ou Robert Wise à être assimilés à de solides artisans, en dépit d'une pléthore de films majeurs.

 

 

Le problème de Blake Edwards : avoir réalisé davantage de brouillons de chef-d'œuvres et de petits films traversés de somptueux éclairs que de chef-d'œuvre proprement dits. Et d'avoir énormément tourné. N'eût-il livré que des bijoux à l'aune de "Victor Victoria", du "Jour du vin et des roses", de "l'Extravagant Monsieur Cory" ou de "Diamants sur canapés" que son statut serait singulièrement revu à la hausse. Et pourtant, le cinéaste a fort peu livré d'œuvres indignes. Le plus médiocre de ses films (par exemple "Darling Lili" ou "Elle" qui a très mal vieilli) est toujours sauvé in extremis par un ou Blake-Edwards_peter-sellers-party.jpgdeux -et plus si affinités- dialogues cultes, un slapstick renversant, un moment de pure émotion, des personnages secondaires éblouissants.

 

Bien sûr, l'humour de la série des "Panthère rose" ou de "la Party" passe moins bien l'épreuve du temps que celui d'un Chaplin, d'un Lubitsch ou d'un Tati. Certes "Boire et déboire", "L'amour est une grande aventure", "Mickie et Maude" ou "Dans la peau d'une blonde" ne peuvent être mesurés à la toise d'un film de Wilder. Et il est évident que "La grande course autour du monde" n'est pas le "Citizen Kane" du film drôle. Et pourtant… gageons que chacun de ces films sera vu et revu plus longtemps que ne le voudrait la tatillonne postérité.

 

Parce que Blake Edwards est un directeur d'acteurs hors normes. Beaucoup d'entre eux, peu remarqués ailleurs, se sont révélés chez lui totalement époustouflants. Je pense bien entendu à ces deux "muses". L'une au masculin : Peter Sellers. L'autre au féminin : Julie Andrews. Mais également à James Garner dans "Victor Victoria". À Tony Curtis, tout à fait exceptionnel dans le rôle dramatique du "Jour du vin et des blake-edwards_julie-andrews.jpgroses" ou dans la comédie de mœurs "L'extravagant monsieur Cory". 

 

L'autre point fort de l'auteur est de ne jamais juger ses personnages, fussent-ils odieux. Il les montre, dans leurs excès, dans leurs failles. Il peut être de ce point de vue d'une grande justesse psychologique et émotionnelle. Chacun de ses protagonistes possède une vraie épaisseur humaine ; Blake Edwards, avec un talent inouï, les fait exister sur l'écran. Il les rend sensibles, attachants, touchants, jusque dans leurs défauts les moins avouables.

 

Parce que le sourire discret peut s'y transformer en éclat de rire lors d'une scène inoubliable. Parce qu'il se dégage de ces films une vraie humanité. Parce qu'enfin, chez Blake Edwards, hommes et femmes sont d'une beauté troublante ; le réalisateur sait attendre et capter l'état de grâce d'une situation, d'un visage.

 

Une rétrospective Blake Edwards lui est consacrée à la Cinémathèque Française

Voir ICI pour plus détails sur la programmation

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

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Mardi 5 avril 2011 2 05 /04 /Avr /2011 21:49

Salman-Rushdie_.jpgSalman Rushdie et son oeuvre ne se résument pas à la fatwa lancée à son encontre par les intégristes islamiques depuis la parution des "Versets Sataniques". Cette menace de mort, plusieurs fois réactualisée, est l'arbre maléfique qui  cache la forêt.

 

Une envergure rarement atteinte dans la littérature contemporaine. Une richesse de pensée et d'écriture en constante effervescence. Qui mêle l'histoire au conte, l'humour à la philosophie. Dont les fruits sont des livres souvent enthousiasmants. Ses livres "mineurs", en dépit de leurs défauts de couture, se révèlent plusieurs crans au-dessus du tout venant littéraire.

 

 

luka_et_le_feu_de_la_vie.jpg Si "Luka et le feu de la vie" repose sur une fausse bonne idée, celle-ci n'en aboutit pas moins, au final, à un livre superbe. La fausse bonne idée de Salman Rushdie : introduire dans son conte l'univers des jeux vidéos de son fils. Elle se révèle à l'usage, un peu à côté de la plaque. Tout simplement parce que l'imaginaire de l'auteur est souvent cent coudées au-dessus de celui de la plupart des concepteurs.

 

Mais quel plaisir de voir Salman Rushdie replonger dans l'univers du conte, des lustres après le titanesque "Haroun et la mer des histoires" ! Certes, "Luka et le feu de la vie" n'est pas toujours au niveau de "Haroun et la mer des histoires", mais les trouvailles fourmillent et l'humour est omniprésent.

 

Le père de Luka, conteur émérite, s'endort d'un sommeil qui pourrait bien être le dernier si son plus jeune fils n'y veillait. En compagnie d'un ours, d'un chien, et du double maléfique de son géniteur, il se rend dans le monde des histoires pour voler le feu de la vie. Il y rencontrera nombre de personnages étranges, et la plupart des dieux des mythologies antiques. Un conte initiatique de haut vol.

 

 

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme
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Lundi 28 mars 2011 1 28 /03 /Mars /2011 21:35

benoit-sokal.jpgAprès un long détour par le jeu vidéo, Benoît Sokal a retrouvé les chemins du neuvième art.

 

Mais il y a le Sokal qui livra avec l'inspecteur Canardo (19 volumes parus à ce jour) l'une des plus grandes séries policières animalières qui soit. Nihiliste et réjouissant, changeant de cap d'un album sur l'autre.

 

kraa_vallee-perdue_BD.jpgEt le Sokal moins connu, tel qu'il apparut un jour aux lecteurs de Métal Hurlant. Qui revit le jour avec "Sanguine". Dont chaque planche est une œuvre d'art.

 

Kraa, la vallée perdue (Casterman) est de cet ordre-là. Porté par un récit prenant et émouvant. Thriller chamanique qui raconte la complicité d'un jeune ado et d'un aigle. Mais également histoire de vengeance et western écologique dans les paysages sibériens. Le premier album est incontournable. Vivement le second tome !

 



Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

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Jeudi 24 février 2011 4 24 /02 /Fév /2011 21:49

OncleBenjamin.jpgIl faut lire ou relire "Mon oncle Benjamin" de Claude Tillier (Le Serpent à plumes).

 

Un roman étonnant, surprenant, détonant à chaque page. Savoureusement indispensable. Un brûlot anarchiste d'une belle vigueur, dont le film de Molinaro (en dépit d'un Jacques Brel impérial) ne rend qu'une faible idée.

 

Livre épique sur un homme qui ne croit à rien d'autre qu'en la vie. Et par voie de conséquence, ni à l'argent, ni au pouvoir, ni aux responsabilités. Picaresque, pétri d'humour, d'une belle humanité et souvent très politiquement incorrect, même de nos jours.

 

Quand je pense que cette œuvre a été écrite au 19ème siècle, par un écrivain mort dans la fleur de l'âge, j'en reste bouche bée…

 

En cherchant des illustrations à cette notule, j'ai trouvé ce bijou de vidéo : Brassens et Fallet discutant avec Michel Polac de littérature et de... Claude Tillier et de... "Mon oncle Benjamin" et de biens d'autres écrivains, dans "Les Livres de ma vie". Quelle joie d'écouter Brassens parler en ces termes de Claude Tillier et par le plus heureux des hasards.

retrouver ce média sur www.ina.fr

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, illustration

 

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Dimanche 20 février 2011 7 20 /02 /Fév /2011 20:39

Hitchcock--Alfred.jpgLa rétrospective Hitchcock continue jusqu'au 28 février. Où ça ? À la Cinémathèque. Voir le programme ICI. Une manifestation qui encourage tous les grands magasins et les éditeurs vidéos à ressortir du placard tous ses films. Et nombre de salles de cinéma à sortir leurs copies.

 

Il est surprenant que ce diable d'homme ait réussi à nous faire croire qu'il réalisait des films policiers. Car si suspense, rebondissements, escroqueries... et naturellement meurtres sont souvent présents dans ses œuvres, ils n'en sont la plupart du temps qu'un des multiples éléments. Le point central, le plus souvent, réside dans la peinture des caractères. Par exemple, dans "L'ombre d'un doute", la nature criminelle du "héros" apparaît dès les premières minutes. Le vrai sujet : les illusions de sa nièce qui le vénère, et la dislocation de la famille.

 

Films romantiques (Rebecca, les Amants du Capricorne…), psychologiques voire psychanalytiques (Pas de printemps pour Marnie, La Maison du Dr Edwards, Lifeboat, Soupçons...), humour noir (Mais qui a tué Harry ?, La Corde)..., films fantastiques ou d'horreur (Les oiseaux, Soupçons, Vertigo...) cet immense directeur d'acteurs a en réalité exploré tous les genres.

 

Et c'est paradoxalement dans ses films les moins truffés en rebondissements qu'on prend toute la mesure de l'élégance et de la précision de sa mise en scène. Ainsi que de sa singulière omniprésence. Chaque cadre, emplacement, configuration de l'image est fruit d'une réflexion personnelle de l'auteur. Hitchcock ne laisse rien au hasard. Un simple objet (bouteille de champagne, ciseaux, téléphone ou paire de lunettes) peut devenir un enjeu dramatique majeur. Et livrer nombre d'informations essentielles en une scène muette (le commencement du "Crime était presque parfait"). Caractériser les personnages avant leur apparition à l'écran, comme ces chaussures en mouvement (le début de "L'Inconnu du Nord Express")...

 

Qu'il ait entre les mains le script le plus élaboré ou le scénario le plus linéaire, il en fait une œuvre personnelle. Tout ici réside dans l'art de mettre en forme la matière, dans le traitement qu'il lui impose, source d'une manière unique de filmer. Et c'est ainsi qu'Hitchcock est grand…


Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, illustration
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Mardi 1 février 2011 2 01 /02 /Fév /2011 19:47

Tron-legacy.jpg

 

Offrir une suite, près de trente ans après, à un film qui avait, visuellement et techniquement vingt ans d'avance sur son époque est une fausse bonne idée. Car c'est prendre le risque d'avoir une dizaine d'années de retard !

 

Tron l'héritage (sortie en salle le 9 février 2011) étire en longueur deux ou trois trouvailles bienvenues. Pour le reste, on s'ennuie ferme.

 

Rarement la 3D aura été si peu justifiée et si mal utilisée. Même l'immense Jeff Bridges (Fisher King) cabotine en roue libre, c'est dire…

 

 

Pascal Perrot

 

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Vendredi 28 janvier 2011 5 28 /01 /Jan /2011 20:02

 

Jerome-Charyn.jpg

Peuplée de personnages haut en couleur, à commencer par son héros lui-même, drôle, intelligente, insolente, la saga Isaac Sidel ne se raconte pas. Elle se savoure à chaque page. Quelque part entre les films de Pagnol et les livres de Rabelais.

 

Loin de s'essoufler, Jérome Charyn se renouvelle avec "Citizen Sidel". Potentiel vice-président des Etats-Unis, Sidel n'a pourtant rien perdu de ses manières de voyou. Poursuit toujours son éternel amour. S'entiche d'une petite fille fantasque et d'un Michel-Ange du graph. Protège coûte que coûte sa famille de cœur, sa tribu quitte à contourner la loi…

 

Savoureusement indispensable !

 

 
Pascal Perrot
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