• Van Hamme 2) XIII, le roman-feuilleton du XXIème siècle

Publié le par brouillons-de-culture.fr

L'immense succès rencontré par Thorgal ne met pas pour autant Van Hamme à l'abri des revers. Il en connaîtra un sanglant avec la série Arlequin (dessinée par Dany). Trop sophistiquée pour les jeunes lecteurs. Pas assez pour un public plus adulte.

 

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Mais Van Hamme n'est pas homme à rester sur un flop. Une rencontre antérieure ne va pas tarder à porter ses fruits et asseoir définitivement son statut. En 76, Greg, alors directeur des éditions Dargaud, l'avait mis en contact avec William Vance, dans la perspective de reprendre la série Bruno Brazil. Mais, las de jouer les "scripts doctor" pour séries en perte de vitesse, Van Hamme ne donnera pas de second souffle au célèbre agent secret albinos. Il reste cependant en relation avec le dessinateur. D'autant plus qu'il habite à deux pas de chez lui.

 

Le dessin de Vance est aux antipodes de celui de Rosinski. Là où le second s'adonne volontiers au lyrisme et à l'onirisme, le second offre un trait précis, réaliste, d'une redoutable efficacité. L'homme idéal pour une série d'espionnage.V-Vance-J-Van-Hamme-XIII-BD

 

Elle prendra naissance en 1984. Van Hamme vient d'achever la lecture de "La mémoire dans la peau" de Robert Ludlum. Si les tribulations de Jason Bourne ne lui parlent pas outre mesure, il retiendra du roman l'idée d'un héros amnésique. Variations sur un thème ? XIII est  bien davantage que cela. Instinctivement, Van Hamme retrouve le secret des grandes séries paranoïaques qui, des "Envahisseurs" au "Prisonnier", ont bercé ma folle jeunesse.

 

Mais, au-delà des références télévisuelles évidentes, Van Hamme est de la raceXIII 3 des grands feuilletonnistes du siècle dernier. Il évoque une sorte de petit-fils caché de Gaston Leroux. Même sens du rebondissement et du coup de théâtre. Même manière d'abandonner ses héros dans une situation dramatique, voire apparemment insoluble, en fin d'épisode, pour y offrir une issue inattendue lors du chapitre suivant.

 

XIII_t6.jpgUne tendance qui s'affirmera de plus en plus dans Thorgal, mais qui est, dès le premier épisode, au cœur de la série XIII.

Blessé par balle, le héros porte tatoué sur le bras l'inscription XIII en chiffres romains. Il s'échoue, évanoui, sur la plage et est recueilli par un couple de personnes âgées. À peine a-t-il le temps de s'attacher à eux et de retrouver la santé que des tueurs surgissent dans ce havre de paix. Mais notre homme a la peau dure et des réflexes à toute épreuve et s'il ne parvient pas à protéger ses hôtes, il triomphera de ces pros du meurtre. Qui sont-ils et surtout qui est-il, lui ? Qui en a fait une telle machine de guerre? Et dans quel but ?

 

XIIICes questions hanteront les 18 albums de XIII, tenant en haleine des millions de lecteurs à travers le monde. Car rien n'est stable ni évident en ce qui concerne son identité, chaque indice tendant à l'égarer sur une fausse piste. Rien n'est plus facile à manipuler qu'un homme d'action amnésique. Sinon fabriquer des preuves.

 

Dès le premier épisode, on lui prouve qu'il est l'assassin du président des États-Unis. Qu'il était le soldat d'élite Steve Rowland, porté disparu depuis plus d'un an dans un crash d'hélicoptère. Et ce n'est là qu'un début … XIII, homme sans identité, ou jouissant au contraire d'identités multiples ? Un mystère qui ne sera résolu que dans le dernier album.

 

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Il a des ennemis acharnés et puissants. Non content d'avoir à ses trousses un tueur redoutable, La Mangouste, qui fait de sa poursuite une affaire personnelle, il se met progressivement à dos le FBI, la Mafia, la CIA et le Président de la République.

 

Pourtant, notre héros déjoue tous les pièges qui lui sont tendus. Formé à faire front en toutes circonstances. Mais ce n'est pas le seul atout dans sa manche.

 

Comme Thorgal, le bel amnésique séduit sur son passage hommes et femmes de tous âges. Il est entier, loyal, droit, fiable, même si plus fidèle en amitié qu'en amour. Et c'est ici que la série opère une transition de taille, qui la fait entrer de plain pied dans notre époque : à la famille de sang de son héros viking, Van Hamme substitue la famille de cœur, la tribu, qui se formera au fur et à mesure des épisodes. Le Général Carington, le Major Jones, le colonel Amos, le Marquis de Préseau, et le major Betty.

 

 

Une intrigue échevelée aux rebondissements perpétuels, des femmes d'action, des archétypes puissamment revitalisés et réactualisés, XIII devient vite une série culte, si populaire qu'elle déclenche un merchandising des plus rares en BD. Jeu à gratter, jeu vidéo, film TV en deux épisodes. Chaque nouvel épisode est annoncé par des affiches gigantesques, jusqu'à la conclusion avec "Le dernier round", efficace mais sans surprise. Bien sûr, certains albums nous laissent un peu sur notre faim. Je pense notamment à "L'or de Monte Cristo" avec son abus de dessins pleine page ou à "Lâchez les chiens", XIII mystery couv2trépidant certes mais ne donnant aucune nouvelle information sur l'identité de XIII. Mais ce n'est que pour mieux nous éblouir à l'épisode suivant.

 

Et l'un dans l'autre, Van Hamme aura réussi à nous tenir en haleine pendant 23 ans, au fil de 19 albums !

 

Si en 2007, Van Hamme lâche l'affaire, le mythe aura marqué plusieurs générations. À tel point que son éditeur décide de relancer la "franchise" avec une vraie bonne idée : faire de chaque personnage secondaire (et dieu sait s'ils fourmillent dans XIII) le héros d'un album. Pour chacun d'entre eux, un scénariste et un dessinateur différent, n'ayant jamais œuvré ensemble.

 

Ainsi naît la série XIII Mystery. Pari réussi avec un premier épisode qui parvient à donner chair et émotion à la Mangouste.

 

 

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

Publié dans avec ou sans bulles

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