• Saïd Dib, insolent et solaire

Publié le par brouillons-de-culture.fr

 

 

topor_1.jpgIl serait facile et tentant de réduire la poésie de Saïd Dib à quelques phrases-choc et provocations insolentes dont il ne se prive guère. À son homosexualité exhibée comme un trophée, au travers d'une sexualité décrite comme exubérante.

 

Ce serait être aveugle à la magie des mots, des métaphores flamboyantes et lyriques qui parcourent ses recueils. De l'extraordinaire puissance d'un style, dont la crudité jamais n'annule tout à fait l'élégance. L'ironie, la révolte, la violence, l'obscénité parfois même du propos n'ont rien de "trucs" destinés à séduire les médias.

 

On en ressent à chaque ligne la nécessité vitale, l'urgence et la cohérence. Parce qu'elles expriment un être entier, dont les mots ne peuvent pas transiger avec la décence. Parce qu'il est temps de dire, sans censure, en toute liberté. Mais dans l'exigence. Toujours indécent, dérangeant, peut-être… Comme les furent en leur temps les deux Jean, Sénac et Genet.

 

Son second recueil,"Tranquillement tranchant", s'il ose des vers tels :

 

tranquillement-tranchant.jpg 

Il suffit !

Livrons le jour aux griffes.

Décalottons le siècle.

Éjaculons sur nos grillages.

 

ou

 

Parallèle et puis pède,

je perdis cul en l'air,

l'axe de mes tangentes.

 

aptes à choquer les nouveaux puritains de ce XXème siècle, aborde les tourments de la conscience, la difficulté d'être, s'aventurant parfois jusqu'au métaphysique, avec une même sincérité.

 

Attendre la bataille

pour noter mes déserts.

Suffoquer d'avoir cru

qu'entre noirceur et nuit

la sente était solide.

  topor_2.jpg

ou encore :

 

La végétation seule

détient notre arrivée.

Pourriture, veux-tu inventorier

mes branches ?

 

Extrême et maîtrisé, tordant la langue pour en extraire une liqueur noire et savoureuse, Saïd Dib fut pour moi une révélation.

 

Je lus dans la foulée son précédent opus "La plèvre des jours". Dans ce premier recueil, déjà, la vigueur de sa plume s'affirmait renversante :

 

img374.jpg

 

Je suis le propriétaire

d'un châtiment qui m'encombre.

Je suis la bouche et l'ordinaire,

feuille sous la feuille,

âme sous l'écriture.

 

Nous assassinons l'horizon

avec nos compas, nos sextants.

Au fond, nous ébréchons nos rebellions

pour signifier l'apesanteur.

 

Premier ouvrage publié par les éditions La Dragonne, "La plèvre des jours" se vendit à plus de mille exemplaires.

 

Éducateur spécialisé de 41 ans, vivant dans les Vosges, Saïd Dib a aujourd'hui trois recueils à son actif. Trois livres qui déjà le placent parmi les très grands d'aujourd'hui.

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

Illustrations :  © Roland TOPOR

 


 

Publié dans peau&cie

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Cellivres 15/11/2010 17:29


comme j'aime bien venir par là, je t'ai tagé sur mon blog... A bientôt !


DIB 09/11/2010 22:11


Bonsoir, je voulais vous remercier pour cet article touchant et juste ainsi que pour ces magnifiques illustrations. Je suis tombé dessus ce soir par hasard alors que vaniteux j'avais tapé dans
google 'citations said dib' après être allé voir celles de Duras. L'actualité et l'empathie de votre parole m'encouragent à oser de nouveau branler mon calame. Il y a des soirs tristes,
isolés,enfanteurs de chaos délicieux. Saïd DIB


brouillons-de-culture.fr 11/11/2010 14:56



Extrêmement touché par votre commentaire, à un point que je ne saurais dire. Parler de poésie n'a rien d'une évidence. Transmettre son enthousiasme. Éviter l'écueil d'une froide analyse qui peut
facilement virer à la dissection clinique, et susciter l'envie de lire. Rien ne me fait davantage fuir en poésie que le discours pontifiant du "spécialiste". J'ai voulu éviter de parler en tant
que tel (poète-interprète, j'ai également organisé des manifestations avec des poètes d'envergure). Parler en passionné, tout en demeurant précis. Avoir l'approbation de l'auteur lui-même ne
saurait me faire plus plaisir. Oui, une voix comme la vôtre est essentielle en ces temps de révoltes pasteurisées. L'illustration est elle aussi fruit du hasard (qui parfois fait bien les
choses). Une photo de  Saïd Dib circule sur le Net. Mais sur un site en anglais, consacré au cinéma. Dans l'incertitude qu'il s'agisse de vous ou d'un de vos homonymes, je me suis tourné
vers le grand Topor, pensant que certaines de ses œuvres pourraient entrer en connexion avec vos univers. Je suis heureux de ne m'être pas trompé en ce sens. Poétiquement vôtre



mikel 01/11/2010 22:37


Merci Pascal ! Je ne manque jamais de lire ce blog...