• ONJ, démons et merveilles

Publié le par brouillons-de-culture.fr

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L'ONJ version Olivier Benoît est une fabuleuse bête hybride, composite ébouriffant des musiques qui ont secoué le XXème siècle. On s'étonne de sa souplesse, de sa prodigieuse énergie. Aucune trace de "couture"; les articulations fonctionnent avec une belle fluidité. L'Orchestre National de Jazz adopte dès lors une forme relativement inédite : il n'est plus seulement passeur des grandes compositions passées, ni étendard d'une musique actuelle. L'ONJ jette un pont non seulement entre des musiques que tout oppose apparemment, mais suit sans s'essouffler une ligne droite qui va du passé au futur.

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Toutes les formes de jazz sont là, des plus séduisantes aux plus rudes : jazz post-coltranien, jazz fusion, jazz-funk, électro-jazz, jazz-rock, mais également le free le plus pur. Ce qui amène naturellement à flirter avec la musique contemporaine. Et pourtant…

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Tout en multipliant les ruptures de ton, Olivier Benoît conserve une remarquable homogénéité. On comprend vite que le voyage sera parfois mouvementé, qu'il comprendra des accidents de parcours, mais on a envie de suivre jusqu'au bout cette étrange odyssée, portés par la tonicité sans failles de son dynamique équipage.

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Sur scène, l'hydre à onze têtes prend toute son ampleur. Elle déploie avec majesté ses souples anneaux et, fascinés nous l'observons dans toute sa miraculeuse monstruosité. Olivier Benoît s'entend à structurer un chaos en trompe-l'œil pour nous offrir de violentes merveilles. Au sein de ce corps composite, chaque instrument, d'abord transfondu dans la masse, affirme son identité.

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Théo Ceccaldi, au violon et alto, aux faux airs de savant fou s'envole dans des exubérances quasi-paganiniennes. Bruno Chevillon extrait de sa contrebasse et de sa basse électrique des sons inouïs, toujours sur le fil du rasoir entre jazz classique et musiques contemporaines, un entre-deux sur lequel il danse tel un funambule. Eric Echampard, à la batterie sait se faire tour à tour percussif ou caressant, s'effacer ou exploser en magnificences exaltées.

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La section cuivres n'est pas en reste. Langoureux, dissonants, déchainés, distillant tour à tour l'amour et l'inquiétude, la joie et la tristesse, Fabrice Martinez (trompette, buggle et saxhorn) et Fidel Fourneyron (Trombone et tuba) repoussent les limites du souffle et du son.

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Jean Dousteyssier (clarinettes et saxophone ténor) et Hugues Mayot (saxophones et clarinette) s'imposent par paliers successifs, chaque niveau étant d'une intensité supérieure au précédent.

Confinés en début de concert à un rôle le plus souvent dévolu à la contrebasse, celui de la ponctuation sonore, dont ils s'acquittent à merveille, ils ne laissent en rien présager le feu d'artifices acoustique auquel ils ne tarderont pas à nous convier.

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Du jazz classique au free, du stravinskien gouleyant au bebop, ils mélangent et superposent les strates d'audition avec une totale homogénéité.

A leurs côtés, les saxophones de Alexandra Grimal, dont le souffle semble souligner l'action musicale avant de littéralement exploser en un solo d'anthologie.

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Le piano de Sophie Agnel passe avec élégance de la caresse au coup de griffe, du chuchotement au hurlement, de la joie à la panique. Entre ses mains, il devient être vivant et machine de guerre. Toucher fluide ahmadjamalien et expérimentations johncagiennes se chevauchent sans s'annihiler.

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Presque crossover un instant, la voici le suivant penchée sur les cordes qu'elle triture, malaxe, pince, martèle...

pour en extraire des sons d'animal écorché et de folie urbaine.

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Au sein de cet univers foisonnant, les claviers de Paul Brousseau et la guitare d'Olivier Benoît semblent demeurer un point focal de stabilité. Comme un contrepoint au déchaînement des forces musicales.

Solides, presque classiques dans leur approche jazzistique. Et paradoxalement, assurent la cohésion de l'ensemble.

Ce premier volet du projet "Europa", qui prend pour thématique une ville européenne, ici Paris, nous laisse essorés, retournés, estomaqués et, sitôt remis de nos fortes émotions, nous donne envie de connaître la suite de cette passionnante mise en danger, mise en abîme des codes musicaux en vigueur.    

Pascal Perrot, texte  
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme
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Publié dans polyphonies

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