• Les univers de Daniel Clowes

Publié le par brouillons-de-culture.fr

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Avec "Daviboring_C.gifd Boring" Daniel Clowes donne un sacré coup de pied dans la fourmilière du neuvième art.

 

Dans cette œuvre foisonnante pourtant, pas de cases éclatées, de bulles explosées ou autres fantaisies picturales.

La vraie révolution est ailleurs. Dans la structure même du tissu narratif.

David Boring, le héros, se raconte à la première personne. Et nous voici embarqués dans le récit humoristique de ses aventures et déboires érotico-sentimentaux.

 

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Serions-nous en présence d'un récit d'apprentissage, voire d'une fable licencieuse ? Pas le moins du monde ! Car ce cher David ne tarde pas à rencontrer celle qu'il pense être la femme de sa vie. Elle le quitte pour entrer dans une secte religieuse. Il la cherche, désespéré… une grande histoire romantique ? Que nenni !

 

Sur ces entrefaites, un  ancien camarade de classe de David reprend contact avec lui… pour mourir peu de temps après, assassiné. Le héros lui-même sera, quelques pages plus loin, victime d'une tentative de meurtre. Serions-nous au cœur d'un polar ? Pas le moins du monde, puisque le récit ne tarde pas à bifurquer dans une nouvelle direction.

 

boringspread1.jpgD'abord déconcerté par ces changements de ton permanents, je ne tardai pas à devenir enthousiaste, me demandant avec jubilation dans quel sens allait s'orienter le récit.

 

"David Boring" brasse tous les genres sans appartenir à aucun. Romantique, parce que le héros rencontre deux fois l'amour et le perd. Il y a des morts, mais on se contrefiche de l'identité de l'assassin.

 

De l'érotisme, même s'il n'apparaît que comme un épiphénomène. On y parle de super-héros, mais David Boring n'en est pas un. Et l'ouvrage n'est pas un comics.

 

Le lien entre ces univers, qui s'emboîtent tels des poupées gigognes ? Les personnages, magnifiques. Le héros tout d'abord : un éternel adolescent qui se laisse porter par les événements, davantage qu'il n'agit sur eux. Son amie, lesbienne et colocatrice, pour qui le terme "à la vie à la mort" n'est pas un vain mot. Sa mère, étouffante sans le savoir et pétrie de bonne volonté. Et une flopée de personnages secondaires, tous infiniment émouvants.

 

Le dessin, d'un superbe noir et blanc, oscille entre les peintures de Roy Lichtenstein et un Norman Rockwell nourri aux pulps.

Stimulés, bousculés, secoués, nous finissons, comme David Boring, par prendre les événements comme ils viennent. L'air de rien.

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Le tour de force de Daniel Clowes : ne jamais provoquer de sentiment de frustration, tout en laissant grand nombre d'histoires inachevées. Un don de conteur rare qui mérite d'être souligné.

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

Publié dans avec ou sans bulles

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