Quantcast
Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 19:28

kaurismaki_le-havre_affiche.jpgLoin des effets de mode et des bons sentiments, lesquels trop souvent engendrent la mièvrerie, Aki Kaurismaki, avec "Le Havre" redonne aux sans-papiers une dignité cinématographique perdue.

Beaucoup de cinéastes, parce qu'ils veulent dire des choses, décident d'en faire un film. Kaurismäki décide de faire un film, et en profite pour dire des choses, ou plutôt pour les montrer. Sans jamais perdre de vue qu'il fait du cinéma. Pour faire SON cinéma. Car les œuvres du réalisateur ne ressemblent à aucune autre. C'est ce qui fait sa force et  son hétérodoxie.

 

kaurismaki.jpg

La tendresse envers les maudits, les déshérités, les damnés de la terre ne relève pas, chez lui, d'une quelconque "indignation" consensuelle et de commande. On croise depuis toujours, au fil de son œuvre, paumés, loosers, chômeurs, hommes et femmes que le malheur frappe, accablés par les circonstances. Se retrouvant en marge de la société, voire de leur propre existence. Sans que Kaurismäki ne cède jamais au pathos ni au misérabilisme. Un tour de force suffisamment rare dans le septième art  pour qu'on le souligne. L'apitoiement de bon ton, ce n'est pas le genre de la maison. Kaurismäki éprouve une vraie empathie pour les losers, comme David Lynch pour les monstres.

 

Wilms_Outinen.jpgLes films "français" de l'artiste finnois occupent une place particulière dans son œuvre.

Car à ces obsessions récurrentes s'en ajoute une autre : une diction singulière des acteurs (qu'on rencontrait déjà dans "La vie de Bohême") qui déconcerte de premier abord. Mais finit par créer une juste distance, étouffant dans l'œuf toute tentation mélodramatique. On parle Kaurismäki comme on parle Godard ou Bresson Les SDF s'expriment avec des intonations d'aristocrates décadents. On constate les faits les plus ahurissants avec la neutralité d'un procès-verbal. En résulte une interprétation décalée, autre, qui trouble, puis agace avant de charmer définitivement.

 

clandestins-le-havre.jpgDans la ville du Havre. Marcel Marx, ex SDF et cireur de chaussures, vit sous l'aile de l'étrange Arletty. Tous ignorent que cette dernière est atteinte d'une maladie grave.

La route de cet anti-héros croise bientôt celle d'Idrissa. Un jeune clandestin autour duquel se tisse un réseau de solidarité et d'entraide. Marcel Marx va tenter de lui faire rejoindre sa mère, déjà installée à Londres. Une histoire qui oscille entre Capra et Douglas Sirk. Que Kaurismäki traite avec l'austérité d'un Bergman. Ce qui ne l'empêche guère de s'autoriser des traits d'humour à la Bunuel, ou des effets slapstick marxbrotheriens.

 

Wilms_Miguel.jpg

On l'aura compris : Aki Darroussin-le-havre.jpg Kaurismäki n'en fait vraiment qu'à sa tête. Filmant en silence des clandestins  cachés dans un containers.

 

La caméra s'attarde sur les visages, les regards. Beau comme un tableau de Goya et plus parlant que bien des pensums.

S'attardant, en un plan superbe, sur la pousse des bourgeons et l'arrivée du printemps. Nous livrant  in extenso la prestation scénique d'une chanson de Little Bob Story (pionnier du rock français). Juste parce qu'il aime ça. Ou faisant débarquer un flic atypique  dans un café d'habitués, un ananas dans les mains.

 

Kaurismäki ne joue pas avec les codes : il possède juste les siens. Avec un soin extrême attaché à l'image. On ignore souvent ce qui va se passer dans le plan suivant.

 


 

 

S'il donne à leurs dialogues d'étranges consonances, le cinéaste ne choisit pas ses acteurs au hasard. Leur parler décalé est un choix, non une preuve d'amateurisme. Chacun d'entre eux est doté d'une présence qui crève l'écran

Wilms Darroussin

 

De ses acteurs fétiches André Wilms et Kati Outinen, au nouveau venu dans son univers Jean-Pierre Darroussin. Ou Jean-Pierre Léaud, impressionnant en dénonciateur halluciné. En passant par tous les autres, connus ou inconnus, qui arpentent son univers. Ainsi du petit clandestin ou de son grand père, ou de ces piliers de comptoir plus vrais que nature possédant d'incroyables gueules d'atmosphère.

 

Au final un film "autre" mais maîtrisé d'un bout à l'autre, suivant des chemins de traverse qu'il nous donne envie d'emprunter, ponctué de moments magnifiques, magiques. D'une inventivité constante, Kaurismaki parvient, après un nombre de films conséquent, à surprendre ses spectateurs. Allez y jeter un œil, vous ne le regretterez pas…

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

 

Par brouillons-de-culture.fr - Publié dans : # sur grand écran
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Retour à l'accueil

BROUILLONS DE CULTURE

  • : brouillons-de-culture.fr
  • brouillons-de-culture.fr
  • : Partager nos réflexions, coups de cœur et de gueule, émotions, passions dans des domaines aussi divers que littérature, poésie, peinture, cinéma… Donner à voir, à rêver, à penser dans un esprit de partage… Ce site écrit à quatre mains ne se veut pas détaché de l'actualité culturelle, sans y demeurer pour autant soumis. Il s'autorise à parler d'auteurs,de cinéastes,de poètes qui ne sont pas sous les feux des sunlights… Pari risqué mais ô combien stimulant…Une parole résolument subjective,vivante.
  • Partager ce blog
  • Contact

en images

  • jacques jouet
  • Chat-parlant
  • relic - loin des apparences
  • chat rabbin-2
  • TouficFarroukh2011CinemaBeyrouth
  • comes2

A PROPOS DE NOUS

  • brouillons-de-culture.fr
  • brouillons-de-culture.fr
  • cinema peinture Culture création Littérature
  • Pascal : Poète-interprète, romancier. Pascal et Gracia : Passionnés d'écriture, littérature, peinture, cinéma, poésie, livres, expositions… toutes formes d'art et d'expression personnelle.

RECHERCHE

CALENDRIER

Mai 2013
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés