• du RAP intelligent et ludique (1) : hardcores et conscients

Publié le par brouillons-de-culture.fr

sinik_1.jpgIl est dans le monde du hip hop deux légendes urbaines qui ont la peau dure. Elles sont souvent, fort paradoxalement, véhiculées par ses acteurs mêmes.

 

La première est "le rap, c'était mieux avant !". 

La seconde consiste à affirmer, péremptoirement, que "le rap est mort !".

 

C'est particulièrement étrange de voir de jeunes ados éprouver la nostalgie d'une époque qu'ils n'ont pas connue, et qu'ils glorifient sous le nom d'âge d'or. Pour ceux qui, à l'instar de votre serviteur, ont vu émerger ce mouvement, la réalité est toute autre.

 

Car, par delà les groupes cultes Ntm, Iam, Assassin, Ministère Amer, Arsenik...Tandem-2.jpgou le méconnu 2 bal' 2 neg' pour ne citer qu'eux, les années 90 virent proliférer nombre de formations aux flows impeccables, d'une technicité soufflante, mais dont les textes étaient souvent d'une ahurissante niaiserie. Des noms ? En vrac Alliance Ethnick, Menelick, Mellowman… j'en passe et des plus croquignolesques.

 

Si comme l'affirment certains "Le rap est mort", force est de constaster que son cadavre PSY-4.jpegsemble d'un dynamisme à toute épreuve. Par delà les dérives et les répétitions, différentes mais somme toutes guère plus nombreuses que celles du tout venant top 50.

 

Nombre de talents émergent ou se confirment avec une vigueur peu commune et une intelligence rare. Tour d'horizon non exhaustif, en 2 volets, avec vidéos à l'appui.

 

Un street CD et un album ont suffi pour imposer durablement Tandem dans le paysage rapologique français. Nous sommes ici incontestablement dans le rap hardcore et revendicatif, celui qui fait fuir les ménagères de plus de cinquante ans. Mais de manière non moins indubitable, nous nous trouvons dans le haut du panier.

Oui les lyrics sont parfois crus. Mais les phrases et les flows percutent : "j'baiserai la France jusqu'à ce qu'elle m'aime" ou "explosif comme une grenade dans un jardin d'enfant". Et, sans jamais inciter à la violence -même si le groupe la constate avec un sens du raccourci frappant, Tandem ne se refuse rien. Ni l'introspection à travers le bluffant "Trop de cœur", ni les morceaux patate avec "Trop speed", l'un des seuls raps à égratigner le MEDEF. Ni de mener un concept sur trois titres successifs, qui trouve son point d'orgue avec "Le Jugement". L'idée : multiplier les points de vue, en racontant le procès d'une sale histoire de banlieue. Les témoins, juge, avocats sont les ténors du rap français. Un grand moment. Les CD solo des deux membres laissent à penser et espérer qu'il y en aura beaucoup d'autres.

 

 

 

Sinik pratique certes l'art de la punchline, cette petite phrase assassine qui renvoie dans les cordes ses adversaires, avec une dextérité ébouriffante. Mais il ne saurait se résumer à cela. Présent en featuring sur de nombreux "raps de rue", le rappeur étonne et détonne quand il évoque la dérive d'un homme alcoolique ou quand il parle de sa rencontre avec des enfants incurables dans la "cité des anges".

Au fil des albums se dessine la figure d'un chroniqueur sensible, même s'il ose mettre le doigt là où ça fait mal. Son phrasé rocailleux parvient à s'adapter à toutes sortes de rythmiques. Sinik décline la "loi de la rue" -dont certains commandements gagneraient à être appliqués par chacun de nous. Nous parle du 11 septembre en multipliant les angles de vue (l'étonnant "2 victimes un coupable"). S'imagine observant le monde post-mortem. Et partout pose sa marque, ce mélange inimitable de lucidité et d'impulsivité, de pertinence et d'impertinence qui fait toute son originalité.

 

 

Psy 4 de la Rime a connu, en quelques années à peine, une fulgurante évolution. À tel point que lorsqu'on écoute successivement "Bloc Party", leur premier album, et "Les cités d'or", leur dernier, on est tenté de penser qu'il s'agit de deux groupes différents. 

Le plus surprenant est que le public de "Bloc Party" ait suivi le combo dans son évolution. Car "Bloc Party" ressemble à nombre de CD de jeunes de banlieue. S'il s'en distingue, c'est par son énergie rageuse et son flow maîtrisé.

Avec "Enfants de la lune", un grand tournant s'opère. Le groupe s'attaque à des sujets plus matures, soigne davantage ses prods, affûte ses lyrics, et pose sur le monde un regard aiguisé. Une bifurcation majeure qui se confirmera avec "Les cités d'or", à l'abri des clichés et du manichéisme facile. Beau et lucide.

 

 

Pascal Perrot, texte

Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans polyphonies

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Ruru 11/07/2010 09:14


Vive Orelsan (voir mon blog ce matin)