• Le combat ordinaire : Larcenet forever

Publié le par brouillons-de-culture.fr

• Le combat ordinaire : Larcenet forever

Avec "Le combat ordinaire", Manu Larcenet empruntait une voie relativement peu fréquentée dans le neuvième art.

Il y eut des prédécesseurs (Jean-Claude Denis, Cabanes, Gimenez, David B) et des successeurs (Marjane Satrapi, Riad Sattouf) mais jamais aucun ne le surpassa tant dans la finesse de l'observation que dans la justesse de l'émotion.

"La vie ordinaire" appartient à cette catégorie de BD qui ne cherche ni à provoquer le rire, ni à entretenir le suspense ou mettre en scène des personnages "bigger than life".

Ambition quasi-littéraire, fort éloignée en apparence des canons de l'univers des bulles.

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Larcenet se distingue nettement de ses coreligionnaires, en ne se revendiquant pas de l'autobiographie, ni même de l'auto-fiction. Si l'on peut raisonnablement supposer que s'y glissent de ci de là, de manière volontaire ou non, des éléments de la vie de l'auteur, là n'est pas l'essentiel du propos.

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Comme pour la plupart de ce type de récits, quel que fusse le genre auquel ils appartinssent, ce qui s'y dit compte bien davantage que ce qui s'y passe. De ce point de vue "Le combat ordinaire" se révèle d'une incroyable densité. Manu Larcenet brasse, avec une générosité sans faille, multitude de thématiques essentielles.

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Les rapports délicats à la paternité, au deuil, à l'engagement, tant humain que politique, au couple, à la fraternité, au pardon et au passé ; les ajustements nécessaires et quelquefois douloureux entre nos idéaux et la pesanteur du réel. Autant de sujets abordés avec un œil profondément lucide, où une forme mélancolique de désenchantement ne cède jamais la place à l'amertume. Interrogations ponctuées de réflexions d'une belle profondeur.

• Le combat ordinaire : Larcenet forever

"Le combat ordinaire" n'est pas pour autant un récit statique, où le poids de la parole étoufferait toute vie dans ses personnages. À chaque instant, ça vibre et ça respire avec une touchante humanité. Dans sa fragilité, sa force et ses errances, son anti-héros nous touche comme jamais. Chaque personnage secondaire possède une épaisseur que bien des romanciers ou cinéastes pourraient leur envier.

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Côté dessin, Larcenet parvient à trouver le juste équilibre entre le trait ludique du dessinateur d'humour et une dose de réalisme ancrant son trait dans une réalité quotidienne. Si le bédéaste n'en est pas à son coup d'essai en matière de "BD vérité" (on lui doit également la série "Le retour à la Terre"), il atteint avec le cycle du "Combat ordinaire" une dimension inédite, à laquelle peu peuvent prétendre. Incontournable ? Cela va de soi.

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans avec ou sans bulles

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