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• Les dragées au poivre de Sushi Typhoon - Chapitre 1 : la genèse

Publié le par brouillons-de-culture.fr

L'image que nous possédons, entre tradition et modernité, de l'Empire du Soleil Levant, et principalement de sa culture, peut agacer ou séduire.

Il en est de même pour son autre face, qui flirte volontiers avec l'outrance, sait jouer avec les extrêmes comme avec le mauvais goût, où l'humour trash et le comique troupier se déclinent avec la même intransigeance, sur le même plan, sans système de valeurs.

Tel est le Japon de Sushi Typhoon, dont un coffret nous restitue les fulgurantes pépites. Ce cinéma-là décourage nos plus savantes étiquettes. Sommes-nous en présence d'un chef-d'œuvre bunuélo-lyncho-cronenbergien ou d'une bisserie assumée ? Dans bien des cas, il est impossible de trancher. Probablement un peu des deux.

L'aventure de la création du label commence par un film matriciel, "Machine Girl" (2008), présent dans ce coffret. Aux commandes, un cinéaste qui deviendra les piliers de Sushi Typhoon : l'indispensable Noboru Iguchi. Indispensable parce qu'impensable, osant tout, sans restrictions d'aucune sorte, et surtout pas celles de la bienséance. Sur le fond "Machine Girl" s'articule autour d'une classique histoire de vengeance. Mais sa forme le classe définitivement parmi les objets filmiques non identifiés.

L'héroïne, amputée d'un bras, s'y fera greffer une mitrailleuse à cinq canons. Fusion de la chair et du métal. Jambes tronçonneuses, soutien-gorge d'aciers qui recèlent des surprises, un délire créatif qui semble sans fin. Chaque combat, sublimement chorégraphié, s'achève dans des geysers de sang, parfois filmés au ralenti. Voire l'héroïne, au look de lycéenne affronter à elle seule des armées de yakusas, de ninjas, de femmes guerrières, possède quelque chose de profondément réjouissant. S'il ne fait pas d'emblée un carton au box-office, "Machine Girl" traumatise chacun des festivals dans lequel il est programmé et devient rapidement un film culte. Un nouveau film, tout aussi frappadingue, voit le jour "Tokyo Gore Police". Signé Yoshiro Nishimura, précédemment responsable des effets spéciaux de "Machine Girl".

S'il est un cran au-dessus de ce dernier en terme d'inventions délirantes, il pèche en revanche par son scénario, lequel s'essouffle aux deux tiers, débouchant sur une fin quasi-incompréhensible. Mais entretemps, l'amateur en aura pris plein les mirettes. Aussi gore que l'indique son titre, "Tokyo Gore Police" ne vaut pourtant pas que par ses excès graphiques.  L'histoire met en scène la lutte contre des mutants capables de transformer chaque partie de leur corps en arme, ce qui nous vaut un festival d'hallucinantes mutations, toutes plus inventives les unes que les autres.

Le succès immédiat de cette œuvre mauvais genre signera l'acte de naissance du label Sushi Typhoon. Label qui vient à point nommé pour jouer les trouble-fêtes. En ces temps-là, le cinéma bis japonais s'est refait une virginité pour le public occidental. La tendance est au fantastique soft, et si le talent est au rendez-vous, l'irrévérence n'y est guère de mise. Les œuvres d'Hideo Nakata (Ring, Dark Water) et de Takashi Shimizu (The Grudge) font un carton sous nos contrées. Sushi Typhoon sonne le retour des sales gosses. C'est un pied de nez, un bras d'honneur majeur à une bienséance obligée.

Un septième art de l'excès, énergique et décalé. Le cahier des charges est simple : de très petits budgets, en compensation desquels les cinéastes ont totalement les mains libres, sans censure et sans limite. Les deux piliers majeurs du label seront Noburoi Iguchi et Yoshihiro Nishimura. À eux seuls ils réaliseront deux tiers des films estampillés Sushi Typhoon. Dont quelques œuvres majeures, même si infréquentables par l'intelligentsia.

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

 

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• Street Génération(s) : des couleurs plein les yeux

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Quand une expo parvient à contourner, avec beaucoup d'intelligence et une classe folle, les pièges de son intitulé, il convient de saluer l'exploit chapeau bas. C'est le cas de "Street Génération(s), quarante ans d'art urbain", à Roubaix, qui s'ouvre sur le futur sans couper ses racines. Vaste projet dont l'ampleur même en eût découragé plus d'un.

Passons sur les lacunes et oublis regrettables auxquels risquait de s'exposer une telle entreprise ; un musée plus conséquent, tant par la taille que les moyens, n'eût pas manqué d'y verser. Demeurait un risque majeur : comment témoigner, sur une période aussi large, d'un art majoritairement voué par la rue, autrement que par une collection de belles photos glacées, susceptible d'en éradiquer toute vitalité et toute rage ? Tout est question de doigté, de dosage, auxquels viennent s'ajouter quelques choix audacieux, qui font toute la différence.

• Street Génération(s) : des couleurs plein les yeux

L'histoire d'un mouvement qui allait modifier en profondeur nos codes visuels, se réapproprier tous les courants de l'art moderne pour mieux leur impulser de nouvelles directions est bien là, en filigrane. Des panneaux nous en rappellent toutes les circonvolutions. En témoignent également photos, mais également de magnifiques sérigraphies, des objets graphés, des tableaux réalisés par des pointures du street-art. Ce n'est point là pourtant que se situe l'œil du cyclone, ce vortex d'émotions visuelles qui dès l'entrée nous submerge.

• Street Génération(s) : des couleurs plein les yeux

La première idée phare qui sous-tend "Génération street art" est de donner carte blanche à des artistes actuels, toutes générations et tous pays confondus, pour s'approprier le lieu de la Condition Publique. Et là, c'est un éblouissement visuel, un généreux festin de formes et de couleurs. Tableau en relief (Jeff Aérosol), boîte à lettre ou extincteur détournés de leurs fonctions premières (C215), fresques murales et tags à même les murs. Être scotché par les fresques sur panneau de bois d'Yz, s'émerveiller des immenses visages noirs et blancs de Vhils, s'immerger dans les belles abstractions de Futura, redécouvrir le punch subversif de Bansky, les monumentales fresques d'Obey…

Les occasions de s'extasier ne manquent guère, dans une diversité de styles, de matériaux, de supports, qui font toute la richesse de cette exposition.

La seconde idée forte de "Génération Street Art", c'est d'avoir investi les espaces extérieurs. La cour, en premier lieu, principalement dédiée à la scène locale, dont vous n'oublierez pas de sitôt les majestueuses installations. Le toit, sur lequel Jeff Aérosol déploie tout son talent. La façade externe, avec le fabuleux oiseau de Ludo, qui fait polémique. Certains habitants du quartier jugent cette fresque agressive et souhaiteraient la voir retirer. Preuve s'il en est que même "avalisé" le street peut encore se révéler subversif. Les rues avoisinantes, enfin, où les artistes de l'expo ont pu donner libre cours à toute leur créativité.

Bien sûr, l'observateur tatillon relèvera quelques inévitables omissions : le peu de présence de certains pays européens, la quasi-absence du continent africain, le zapping de grands précurseurs comme Ernest Pignon Ernest ou de figures actuelles comme MIssTic ou Inti.

Mais nous savons qu'en l'occurrence toute exhaustivité s'avérait impossible. Aussi ne boudons pas notre plaisir : tel quel "Génération street Art" est une grande et belle expo, à laquelle tout homme et toute femme de goût se rendra séance tenante.

Jusqu'au 16 juin à la Condition publique
14, Place Faidherbe, Roubaix
Ouvert du mercredi au dimanche de 13h à 19h

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

• Street Génération(s) : des couleurs plein les yeux
• Street Génération(s) : des couleurs plein les yeux
• Street Génération(s) : des couleurs plein les yeux

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• Le graph dans tous ses états

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Depuis des années, chaque déplacement, chaque voyage est l'occasion d'assouvir l'une de mes multiples passions : la chasse au graph. Je ne parle pas ici de graffiti, mais de la beauté fulgurante que peut, dans ses plus intenses manifestations, revêtir le street art.

J'ai décidé de partager, de manière parfaitement subjective, les photos de mes plus belles "apparitions" à travers le monde, en créant le blog Géo Graph, qui commence à se remplir de manière conséquente.

Je l'avoue, je suis relativement peu sensible au charme du tag, ces lettres qui posent la marque d'un crew ou d'un street artist. Il y en aura donc peu, et principalement lorsqu'ils participent pleinement de l'ambiance d'une ville.


De Boston à Ménilmontant, de Beyrouth à Montreuil, de Séville au Kremlin-Bicêtre, de Lisbonne à la Sardaigne, ce sont de véritables fresques murales qui se sont déployées sous mes yeux éblouis.

Je vous en livre aujourd'hui la quintessence sur geo graph.over-blog.com

• Le graph dans tous ses états

Pascal Perrot

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• Transports communs ; point-virgule

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Texte de Gracia Bejjani, lu en vidéo-live sur facebook

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• La voix du Liban

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Texte de Gracia Bejjani, lu en vidéo-live sur facebook

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• Sara Bourre l'incandescente

Publié le par brouillons-de-culture.fr

Certains livres de poésie s'emparent de vous dès la première ligne, et vous emportent, haletant, jusqu'à la dernière. En une sorte de transe, d'hypnose textuelle rare qu'on ne ressent qu'en présence des grands textes. "À l'aurore, l'insolence" de Sara Bourre, est de cette nature-là. Un livre urgent, évident dont rien, pas même des comparaisons hâtives et écrasantes (Lautréamont et Dylan Thomas, excusez du peu,  selon son préfacier Hubert Haddad, qui se laisse quelque peu emporter par un compréhensible enthousiasme…)  n'est susceptible d'atténuer la portée.

Tant soumettent l'expression d'une pensée complexe à l'utilisation d'un langage hermétique qu'une poétesse si jeune résistant à l'appel de semblables sirènes relève pratiquement de l'ordre du miracle.
Sara Bourre dépoussière avec vigueur les mots pour mieux leur restituer leur éclat primitif. Elle les pétrit comme une argile engendrant des formes inconnues, détournant les sens et les expressions de ce qui nous était jusqu'ici familier.
En change l'ordre et la logique, se livre à d'inédits accouplements, d'où naissent de violentes métaphores.

Rien ici n'est au calme, et la paix est trompeuse. Mais que de puissance dans ce cri qui nous parvient d'un monde dont nous ne sommes pas sûrs de posséder l'accès.

Il pourrait résulter de ce torrent sauvage une prose résolument classique. Or chaque phrase est empreinte d'une modernité éblouissante. Il n'est jusque dans sa structure même qui ne soit superbement contemporaine. La poésie n'a guère, à priori, pour vocation de conter des histoires, fussent-elles narrées dans le désordre. Pas davantage qu'elle n'est celle du roman de nous soumettre à un déluge de métaphores. Or "À l'aurore, l'insolence" relève incontestablement du domaine de la poésie. Et une histoire s'y dessine : celle d'un amour violent et maladroit. Un amour au féminin, qui débouche sur les abîmes d'une chute sans importance, parce qu'au regard de l'univers elle n'est rien. Tout nait et meurt entre deux incendies. Au delà, il n'y a rien, et c'est ce rien qui constitue nos vies.

• Sara Bourre l'incandescente

Le soir venu nous buvons du vin attablées dans les cafés sanguinaires. Nous buvons à ce qui ne viendra pas. À la glace et au feu. Aux routes qui s'enroulent à nos nerfs. À nos corps furieux. À notre discrète disparition. Au sang. À l'océan. Aux autres qui n'y croiront pas. Aux enfants et aux morts.
Nous buvons à l'amour inespéré du plein pour le vide. Et que passe la nuit aussi vite que leurs corps sur le notre.
Merveilleuse Lou qui s'avance vers les gouffres dans un éclat de rire
Jolie danseuse que plus rien n'articule.

La plume fluide et féroce court tout au long d'une écriture d'une lumineuse noirceur.

Un jour nous sommes parties. Vers l'océan.
Quelques jours seulement.
Quelque jour dans la nuit et les lumières.
Quelques jours pour rendre au silence ses éclats de verre.
Quelques jours pour chercher des petits morceaux de soleil-les manger. Et se jurer de ne jamais plus rien recracher.

Ailleurs encore :
Il fait nuit. J'ai la ville entière dans la gorge.
Je sais tous les regards, les petites solitudes, le vertige lancinant des rues et la sécheresse de la nuit sur le corps, sa pourriture.
Je me tiens là où valsent les fantômes, ahurie par ma propre identité.

Prose troublante et singulière, qui, tout en nous entraînant à travers les méandres d'une certaine difficulté d'être, n'en est pour autant jamais anxiogène mais paradoxalement d'une tonicité, d'une vivacité toujours en éveil.

À moins de trente ans, Sara Bourre possède déjà un beau parcours. Un recueil de prime jeunesse -16 ans- oubliable mais peuplé de belles fulgurances. Mais surtout un background scénique surprenant. Qui l'a vue incanter ses textes, susurrement hypnotique, dans sa première formation, CLN, avec son frère Mathias Bourre ou son actuelle formation Crashing Dolls (s'y est adjointe la chanteuse Joy Pryor, quelque part entre Janis et Nico) en possède un souvenir intense.

Ici, dépouillés de toute dimension scénique, les mots plus que jamais vous empoignent, et leur sensualité cruelle, habitée par une grouillante vitalité, s'enspirale avec délices au plus intime de l'être.


Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans peau&cie

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• Toni Erdmann, tonique et généreux

Publié le par brouillons-de-culture.fr

"Toni Erdmann" est sans conteste ce qu'on appelle une bonne surprise. On n'avait guère vu un mélange si homogène d'humour et d'émotion, dans les productions d'outre-Rhin, depuis au moins "Goodbye, Lénin !". Du moins parmi celles qui sont parvenues jusques à nos rétines. C'est dire que cela remonte pratiquement à l'époque des dinosaures.

J'ai ri, me suis esclaffé même. Et ai été touché, souvent. Est-ce à dire qu'on se trouve ici confronté à un chef d'œuvre, ce précieux qualificatif que nombre de critiques trop enthousiastes n'ont pas craint d'utiliser ? Cannes a-t-il commis une grave injustice en l'excluant du palmarès ? Que non ! Il s'en faut de beaucoup, même s'il serait également coupable de minimiser le talent certain de Maren Ade.

Car "Toni Erdmann" est bien davantage que la simple pochade que ses détracteurs se sont attachés à voir, et signe fort probablement l'émergence d'une cinéaste d'importance. Parce que non, ce film n'est pas, même s'ils sont tous prodigieux jusque dans les plus petits rôles, uniquement un film d'acteurs. "Toni Erdmann" regorge de scènes d'anthologie qui doivent beaucoup à leur écriture.

Partir d'un thème usé jusqu'à la corde, propice à la grosse comédie lourdingue ou au mélo larmoyant, pour aboutir à une œuvre originale et corsée n'est pas une tâche à la portée du premier filmeur lambda. Un père blagueur (souvent niveau fin de banquet) confronté à une fille trop sérieuse, totalement investie dans son travail et les rapports complexes qui s'ensuivent : c'est une histoire que l'on a déjà vue mille fois, sur grand comme sur petit écran. Mais rarement racontée comme ici.

Parce que "Toni Erdmann", sur ce chemin balisé, se permet toutes les audaces. Non seulement Maren Ade donne à voir les plaisanteries un peu bourrines du père, au risque de se faire qualifier telle, mais n'hésite pas à plonger les mains dans le mauvais goût et l'humour un peu trash, qui désamorce le côté sucré façon romcom de son sujet. La scène des petits fours ou celle de l'anniversaire par exemple resteront dans les mémoires.

Du coup, à l'instar de l’héroïne face à son géniteur, nous sommes souvent partagés entre l'envie de rire et un certain malaise. Une sensation à laquelle contribue le jeu formidable des acteurs, Sandra Hüller (que "L'amour et rien d'autre" fit connaître aux spectateurs hexagonaux) et Peter Simonischek, qui n'est pas sans rappeler, dans sa maladresse bourrue, l'acteur belge Bouli Lanners, en tête.

Alors, bien sûr, "Toni Erdmann" est trop long mais dès que l'attention commence à se relâcher, une scène renversante nous cloue au fauteuil. Comme dans les premiers Despleschins. Il y a aussi quelques moments un peu limite et par moments le film est un joyeux bordel, qui part un peu dans tous les sens. Comme les premiers opus d'Almodovar. On peut rêver pires références.

• Toni Erdmann, tonique et généreux

Si les petits cochons ne la mangent pas, comme autrefois son compatriote Percy Adlon (pourtant auteur du succès critique "Céleste" et public "Bagdad Café") nul doute que Maren Ade ira loin.


Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans sur grand écran

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• Paul Delvaux, l'écho du rêve

Publié le par brouillons-de-culture.fr

• Paul Delvaux, l'écho du rêve

Moins célébré sous nos climats que son compatriote Magritte, Paul Delvaux n'en demeure pas moins l'un des plus grands peintres surréalistes belges. Il est, paradoxalement, fort peu exposé en France. Une raison, parmi tant d'autres, pour se précipiter au Centre Wallonie-Bruxelles (Paris), qui, jusqu'au 19 septembre, redonne à cet artiste hors-normes tout son éclat et sa stature.

• Paul Delvaux, l'écho du rêve

Paul Delvaux traça, en sept décennies, les contours d'un univers immédiatement identifiable. Peintre paradoxal, qui oppose à la violence de l'époque (la nôtre et celle qui le vit naître) le mystère et la grâce. Qui ose parfois frôler, sans jamais y sombrer, la mièvrerie pour mieux nous confronter à une déchirante douceur.

Au premier regard, Delvaux pourrait sembler désuet, mais à l'œil plus attentif, il apparaît d'une confondante modernité.

Chaque toile de Paul Delvaux semble une invitation à un voyage immobile ; elle nous susurre une histoire à l'oreille que nous sommes les seuls à pouvoir déchiffrer. Elle sera différente pour chaque scrutateur. Mais à chaque fois la clé d'une transcendante méditation.

• Paul Delvaux, l'écho du rêve

Jeunes filles ou femmes en tenue d'Eve, au beau milieu de nulle part, évoluant en somnambules au sein d'architectures fantômes. Gares désertées ou temples aux colonnes doriques, ce sont toujours lieux de solitude et d'absence, que la déambulation spectrale et énigmatique -comme en apesanteur- de ses protagonistes éminemment troublants.

• Paul Delvaux, l'écho du rêve

Nombre de tableaux de Paul Delvaux ne sont que variations autour d'un thème unique. Et pourtant chaque tableau demeure une expérience nouvelle. Un exploit que peu de peintres sont parvenus à accomplir.

À la couleur qui claque, façon nabi, le peintre privilégie souvent les couleurs douces, nuancées. Sans jamais basculer pourtant dans un excès de suavité qui en atténuerait la puissance. Emprunte d'une fausse candeur, distillant après coup un charme vénéneux, la peinture de Delvaux se joue des étiquettes.

• Paul Delvaux, l'écho du rêve

Post-impressionniste en ses balbutiements avant de s'adonner à une veine expressionniste, le peintre éprouvera un choc face aux toiles de De Chirico, qui détermineront le style de ses œuvres pendant plusieurs décennies, ou plutôt le nourriront.

À la quasi-abstraction chiriquienne, Delvaux greffe une chair fuligineuse, évanescente. Aux couleurs vives du maître espagnol, le génie belge substitue une pâleur trompeuse. Delvaux s'offrira la même liberté vis à vis du mouvement surréaliste. S'il participe à certaines de leurs manifestations, il n'en fera jamais officiellement partie.

Paul DELVAUX. Radioscopie. 13 mai 1981 - Extraits

Paul Delvaux est l'un de ces peintres dont les reproductions intriguent, et dont les œuvres en dimensions réelles subjuguent. Grandes et petites toiles, dont beaucoup méconnues, encres d'une prodigieuse acuité, l'expo du Centre Wallonie-Bruxelles (Paris) est l'introduction idéale à l'œuvre monumentale de l'artiste.

• Paul Delvaux, l'écho du rêve

Un parcours effectué dans des conditions idéales : salle climatisée, scénographie réellement éclairante et non dispensable. Oubliez les expos mammouths pour vous attarder avec délices dans cette petite galerie, à laquelle on accède en toute simplicité, sans queue préalable de trois kilomètres et où l'on peut prendre tout le temps nécessaire pour plonger intensément au cœur de chaque tableau.


Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans plein la vue, hommages !

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• Le combat ordinaire : Larcenet forever

Publié le par brouillons-de-culture.fr

• Le combat ordinaire : Larcenet forever

Avec "Le combat ordinaire", Manu Larcenet empruntait une voie relativement peu fréquentée dans le neuvième art.

Il y eut des prédécesseurs (Jean-Claude Denis, Cabanes, Gimenez, David B) et des successeurs (Marjane Satrapi, Riad Sattouf) mais jamais aucun ne le surpassa tant dans la finesse de l'observation que dans la justesse de l'émotion.

"La vie ordinaire" appartient à cette catégorie de BD qui ne cherche ni à provoquer le rire, ni à entretenir le suspense ou mettre en scène des personnages "bigger than life".

Ambition quasi-littéraire, fort éloignée en apparence des canons de l'univers des bulles.

• Le combat ordinaire : Larcenet forever

Larcenet se distingue nettement de ses coreligionnaires, en ne se revendiquant pas de l'autobiographie, ni même de l'auto-fiction. Si l'on peut raisonnablement supposer que s'y glissent de ci de là, de manière volontaire ou non, des éléments de la vie de l'auteur, là n'est pas l'essentiel du propos.

• Le combat ordinaire : Larcenet forever

Comme pour la plupart de ce type de récits, quel que fusse le genre auquel ils appartinssent, ce qui s'y dit compte bien davantage que ce qui s'y passe. De ce point de vue "Le combat ordinaire" se révèle d'une incroyable densité. Manu Larcenet brasse, avec une générosité sans faille, multitude de thématiques essentielles.

• Le combat ordinaire : Larcenet forever

Les rapports délicats à la paternité, au deuil, à l'engagement, tant humain que politique, au couple, à la fraternité, au pardon et au passé ; les ajustements nécessaires et quelquefois douloureux entre nos idéaux et la pesanteur du réel. Autant de sujets abordés avec un œil profondément lucide, où une forme mélancolique de désenchantement ne cède jamais la place à l'amertume. Interrogations ponctuées de réflexions d'une belle profondeur.

• Le combat ordinaire : Larcenet forever

"Le combat ordinaire" n'est pas pour autant un récit statique, où le poids de la parole étoufferait toute vie dans ses personnages. À chaque instant, ça vibre et ça respire avec une touchante humanité. Dans sa fragilité, sa force et ses errances, son anti-héros nous touche comme jamais. Chaque personnage secondaire possède une épaisseur que bien des romanciers ou cinéastes pourraient leur envier.

• Le combat ordinaire : Larcenet forever

Côté dessin, Larcenet parvient à trouver le juste équilibre entre le trait ludique du dessinateur d'humour et une dose de réalisme ancrant son trait dans une réalité quotidienne. Si le bédéaste n'en est pas à son coup d'essai en matière de "BD vérité" (on lui doit également la série "Le retour à la Terre"), il atteint avec le cycle du "Combat ordinaire" une dimension inédite, à laquelle peu peuvent prétendre. Incontournable ? Cela va de soi.

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

Publié dans avec ou sans bulles

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• L'art délicat de la provocation

Publié le par brouillons-de-culture.fr

• L'art délicat de la provocation

Provocation et transgression sont les mamelles de l'homme libre. Pourtant rarement ces deux mots auront-ils engendré autant de confusion qu'à l'époque qui est la nôtre. Beaucoup s'en revendiquent, dans une posture qui confine à l'imposture. Un peu comme la poésie en fait, mais ceci est une autre histoire.

Provoquer, c'est aussi inciter au duel. On ne provoquait guère en duel quelqu'un dont les idées étaient aux antipodes de celles que vous professiez. Ces dernières fussent-elles délirantes. Mais bien parce qu'il tentait de ridiculiser les vôtres, et était, la plupart du temps, à deux doigts d'y parvenir.

Faute d'une grille de lecture appropriée, un certain nombre de personnes en viennent à penser que Desproges, Coluche et Dieudonné sont bel et bien de la même famille. Ou qu'Alain Soral est un penseur libre, indépendant, non formaté.

Provoquer, c'est inciter à sortir de sa zone de confort intellectuel, déclencher un processus de réflexion en s'attaquant aux tabous et idées reçues d'une époque. Métier noble s'il en est. Ce n'est aucunement prêcher des convaincus et révulser les autres. Desproges, Coluche étaient provocateurs, Dieudonné et Soral ne sont que des pamphlétaires de bas étage.

Les fast-foods de la simili-provoc fleurissent d'ailleurs un peu dans tous les arts. Un signe qui trompe rarement : une tendance prononcée à l'auto-proclamation permanente. "Je suis un provocateur moi monsieur, un rebelle" avec bien entendu à la clé nombre de références ronflantes, de citations de ceux qui vous ont précédé (selon le domaine artistique, Bunuel, le surréalisme, Gainsbourg, Bukowski et j'en passe).

• L'art délicat de la provocation

Un exemple parmi tant d'autres : le relativement récent "Deadpool". À en croire ses promoteurs, nous serions en présence d'un film incorrect, impoli, grinçant, qui déboulonne le mythe des super-héros. Une déclaration à l'emporte-pièces qui semble ne pas prendre en compte les multiples tentatives (très souvent réussies) dans le neuvième art de décapage, accomplies depuis quelques décennies.

• L'art délicat de la provocation

Des travaux de Frank Miller sur Batman, qui en fit le psychopathe que nous connaissons à présent à la série "Preacher", en passant par le culte "Judge Dredd" à l'humour ubuesque. Soyons bons princes : sans doute ne se réfère-t-on ici qu'au versant cinématographique, où les tentatives sont plus rares.

L'ennui, c'est que la réalité est toute autre : Deadpool est un gros film bourrin (par ailleurs plutôt regardable en tant que tel) qui tente de se faire passer pour un film politiquement incorrect, en épiçant de ci de là son propos de jurons bien sentis et d'allusions salaces.

Des transgressions somme toutes très gentillettes, bien en deçà du tonitruant effet d'annonce. Bien moins dérangeant en fait que "Kick Ass"' ou même "Hancock", grinçants sans pour autant s'annoncer révolutionnaires.

• L'art délicat de la provocation

Verhoeven, Cronenberg, les films les plus réussis de la Sushi Typhoon ou de Troma Films demeurent autrement plus provocateurs.

"Deadpool", c'est un peu comme quand Michel Houellbecq tente de se faire passer pour Céline quand, dans la littérature qui dérange et gratte là où ça fait mal, il n'est, en dépit d'un talent certain mais souvent mal utilisé, même pas au niveau d'un Dantec ou d'un Ravalec.

Un vrai provocateur s'énonce rarement tel ; il ne l'est que parce qu'il tente des chemins peu explorés avant lui, et que certaines des voies qu'il prend dérangent. Il peut agir dans l'ombre comme dans la lumière, mais ne recherche pas nécessairement les sunlights. Son œuvre nait d'un besoin et non d'un plan carrière soigneusement orchestré.

Provoquer est un art qui ne s'improvise pas et supporte difficilement l'à-peu-près.

Pascal Perrot, texte
Gracia Bejjani-Perrot, graphisme

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